Droits et Démocratie - Sans fondement

La veuve de Rémy Beauregard, président de Droits et Démocratie mort, en fonction, d'une crise cardiaque il y a bientôt un an, ne recevra pas les excuses qu'elle réclamait haut et fort en avril dernier, mais on sait maintenant qu'elle y aurait droit.

Non, son mari n'a pas été coupable de mauvaise gestion, comme le soutenaient des membres du conseil d'administration de l'organisme nommés par le gouvernement Harper. Le rapport de la firme Deloitte et Touche, mandatée pour se pencher sur la controverse, confirme qu'il n'y avait rien, nada, se rapprochant un tant soit peu des rumeurs de malversations qui couraient depuis des mois.

C'est une fuite journalistique qui permet de mettre au clair une situation qui a sali la réputation d'un homme et d'un organisme. Sinon, l'indécent jeu de cache-cache qui dure depuis le décès de M. Beauregard, le 8 janvier, se serait poursuivi loin en 2011.

Le rapport de Deloitte et Touche devait être discuté jeudi au Comité des affaires étrangères des Communes. C'était déjà un exploit: le comité avait réclamé à quatre reprises à Droits et Démocratie de lui faire parvenir cette vérification externe, commandée le 19 février, qui devait être prête trois semaines plus tard et qui ne sera finalement livrée qu'à la fin d'août. Mais, à cette date, pas question de rendre le rapport public: il faut, explique le nouveau président, Gérard Latulippe, qu'il soit vu par des avocats, traduit, soumis au conseil d'administration... Le temps passe, octobre arrive: ça s'en vient, assure l'organisme.

En décembre, toujours rien. Le comité parlementaire lève le ton et une rencontre — à huis clos! — est fixée. Le jour venu, l'heure de la rencontre est toutefois modifiée... Et, juste avant qu'elle n'ait lieu, les travaux parlementaires sont ajournés! Au printemps, les conservateurs avaient fait de l'obstruction pour que le comité n'entende pas certains témoins sur la crise, cette fois ils sont sauvés par la cloche... Il y a décidément bien des façons de contourner les débats! La fuite a permis de mettre fin à ces tergiversations.

Vendredi, M. Latulippe déplorait «la divulgation non autorisée du rapport Deloitte». Mais, comme pour les WikiLeaks, il faut au contraire s'en réjouir: sinon, comment aurions-nous su à quel point la vérité avait été déformée? La crise à Droits et Démocratie n'a jamais relevé de problèmes d'argent mal administré, ni de difficultés de gestion. Le conflit était idéologique. De nouveaux membres du conseil d'administration ont voulu donner un virage pro-Israël à l'organisme et abandonner des projets d'aide qui n'étaient pas en phase avec ceux des conservateurs. Tout le reste n'est que balivernes, qui ont conduit au décès d'un homme respecté dans son milieu, au départ du tiers des employés et à des centaines de milliers de dollars dépensés pour couvrir ce gâchis.

Cette histoire est un concentré de manipulations, d'abord pour asseoir une commande politique, ensuite pour camoufler ce qui s'est passé. Après, on se demandera pourquoi tant de citoyens réclament la transparence absolue de leurs gouvernants, sans égard aux conséquences: parce qu'on leur ment absolument, en dépit des conséquences.

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jboileau@ledevoir.ca

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