Services de garde - Tradition vs religion

Oui au sapin de Noël à la garderie. Non à la récitation de versets d'un livre saint. Oui à la prière d'un éducateur, si elle est faite à des fins personnelles plutôt que d'enseignement. Non au bricolage d'une crèche s'il vise à imprégner les enfants d'un rite chrétien. Mais oui s'il sert à soutenir une tradition culturelle.

Le danger est bien réel que les nouvelles règles édictées hier par Québec pour exclure l'apprentissage religieux des garderies donnent lieu à un spectaculaire cafouillis. Si nécessaire soit la directive du ministère de la Famille, elle comporte un risque de dérapage. Ce terrain est fort glissant, on l'a vu avec le controversé cours Éthique et culture religieuse: en imposant ce cours à toutes les écoles, privées subventionnées comprises, on a justement fait le pari de l'enseignement des cultures qui ne sombrerait pas dans le dogme. Cela fait encore l'objet de contestations devant les tribunaux.

Les libéraux poursuivent, avec l'annonce confirmée hier, leur volonté de mieux encadrer le réseau de garderies dont l'image a souffert, il faut le dire, sous le règne de l'ex-ministre Tony Tomassi. D'ici juin 2011, la centaine de garderies qui «enseignent» la religion devront se conformer aux règles, faute de quoi les vivres leur seront retirés, en partie ou complètement.

L'objectif est de délaisser l'«apprentissage religieux» et de permettre la «tradition culturelle». Sous une mesure qui renferme le gros bon sens, des chicanes d'interprétation sont possibles si d'aventure les inspecteurs envoyés en commando par le ministère ne savaient pas manier l'art de la nuance. Autour de la présence de la religion à la garderie, il faut espérer ne pas revivre une saga à saveur accommodements raisonnables.

«Il faut faire la part des choses», a dit la ministre de la Famille Yolande James hier en dévoilant le contenu de cette directive et de son guide d'application. Après le scandale des écoles religieuses subventionnées, et la ferme intention du gouvernement de les inciter à se conformer au même régime pédagogique que les autres écoles, Québec n'avait d'autre choix que d'appliquer le même principe aux garderies.

Il s'agit toutefois d'un défi de taille, tant pour le système de vigie qui devra se mettre en branle du côté du ministère que de celui des groupes religieux qui se verront contraints soudain à un véritable changement de culture. Au ministère, on a triplé le nombre d'inspecteurs chargés de veiller à la bonne marche du nouveau système. Mais certains craignent une application technocrate dénuée du grand discernement dont il faudra faire preuve pour réprimander les récalcitrants.

Et il y en aura, qu'on ne se fasse aucune illusion. Ces garderies, dont le coeur du programme est ancré autour de la religion, auront du mal à changer ainsi leur âme sur commande, sous peine de perdre leur subvention. L'histoire dira si ces nouvelles règles n'ouvriront pas un nouveau bal de contestations juridiques.

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11 commentaires
  • Pierre Zwngli - Inscrit 18 décembre 2010 01 h 22

    Où est le bon gros sens ?

    Je n'ai pas très bien compris où est le « le gros bon sens» de cette mesure...

    «Gros bon sens » le plus souvent ne signifie que « conforme à mes préjugés personnels ».

    Mais où est le bon sens de vouloir empêcher de (rares) parents d'éduquer leurs très jeunes enfants comme ils le veulent même si cela implique la récitant d'un bénédicité avant de manger ou l'explication "religieuse" (et non culturelle) des symboles religieux qui pourront rester dans les garderies ?

    Et 40 fonctionnaires de plus pour ça ! (Combien pour le français à Montréal?)

    Si l'immigration musulmane récente pose des problèmes dans la diversité des parents, Québec devrait le dire plus franchement et ne pas priver les libertés de tous les Québécois et de faire grossir l'appareil gouvernemental par une « police religieuse des garderies » !

    Personne ne saisit donc le ridicule de cette nouvelle police ?

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 18 décembre 2010 07 h 21

    On sort la religion?

    Est-ce qu'on va interdire le port du voile chez les éducatrices? Pas du tout.

  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit 18 décembre 2010 07 h 53

    L'alarmisme ?????

    Il aurait été pertinent de la part de l'auteure de rappeler que cette directive touche que 2,000 places en garderie sur un total de 214,000. Alors il serait peu probable que cela engendre le congestionnement des tribunaux ou la fermeture de grandes artères par des manifs monstres. S.V.P Mme Chouinard, on se calme !!!!

    Pour ce qui est de la gestion administrative, on verra. Mais il y des intentions louables du gouvernement à faire un pas vers l'interdiction de l'enseignement religieux dans les garderies subventionnées, soulignons le.

  • Michel Page - Inscrit 18 décembre 2010 10 h 10

    Le nihilisme de nos traditions est la porte ouverte à plus d'égfarements à moins que

    Deux mots rassembleurs, essentiellement:
    1. L’intégration positive est une condition de la pérennité d’une société stable et viable.
    La responsabilité ultime de l’intégration incombe aux nouveaux arrivants. La société d’accueil doit certes fournir un cadre et des moyens d’intégration, et faire preuve d’attitudes tolérantes, mais il incombe aux nouveaux arrivants de participer aux traditions, au patrimoine culturel et religieux de la société où ils émigrent.
    Ici, notre tradition est d’essence démocratique, l’égalité des hommes et des femmes prévaut, la langue commune de la société québécoise est le français et notre tradition, notre histoire relèvent de la contribution de la religion chrétienne (ne pas mélanger religion avec tradition, nous sommes de traditions judéo-chrétiennes, que cela plaise ou non.
    Voilà essentiellement des données de notre être identitaire.

    Toutes ces questions autour de la religion n'auraient pas été nécessaire si la société d'accueuil avit été claire et fière de ses tradtions et de son Histoire.
    Le nihilisme de nos traditions est la porte ouverte à plus d'égfarements à moins que .. la société d'accueil, à 93% ou quelque de tradtion religieuse chrétienne( catholiques, protestants, juifs, orthodoxes..) cesse de se replier pour ne pas provoquer de revendications excessives des nouveaux arrivants.

  • I. Belanger - Inscrit 18 décembre 2010 14 h 18

    la religion n'a pas sa place dans les garderies et les écoles subventionnés

    Si une garderie ou une école suventionnée fait la promotion d'une religion et que des parents ne souhaitent pas que leur enfant subissent cet endoctrinement, ils ne peuvent pas y inscrire leur enfant. L'état subventionne par conséquent des garderies qui ne sont pas ouvertes à tous. C'est donc tout à fait normal de leur couper les vivres.

    L'état devrait abolir le cours d'éthique et de culture religieuse pour la même raison, car ce cours fait la promotion de la religion en général, alors que les enfants sont à un âge où ils croient encore au père-noël et à la fée des dents. Un taux pourtant non négligeable de la population est athée et elle n'a aucune solution de rechange à part faire manquer l'école à leurs enfants pendant ce cours ou leur enseigner le côté sombre de la religion pour les désendoctriner.