Politique canadienne - Obsessions conservatrices

Le Parlement fédéral a ajourné jeudi ses travaux. Le bilan législatif de cette année est mince. Moins d'une douzaine de projets de loi ont été adoptés. Par contre, en dehors du Parlement, le gouvernement Harper s'est livré à un activisme plus intense que jamais pour accorder plusieurs politiques ou programmes gouvernementaux au conservatisme social qu'il défend.

Cette deuxième année du deuxième gouvernement Harper ne s'est pas déroulée comme annoncé. Il disait vouloir profiter de la prorogation des chambres pour repenser ses politiques économiques et son programme législatif. Mais le but était autre. Il s'agissait de donner à l'opposition l'occasion de défaire le gouvernement lors des votes de confiance qui allaient suivre un nouveau discours du Trône et le discours sur le budget. Celle-ci évita ce piège grossier. Heureusement!

On réalise bien, en cette fin d'année, que le travail législatif n'était pas sa priorité. Onze projets ont été adoptés en tout, dont certains très mineurs, comme celui créant la Journée nationale des aînés. Tout en persistant à accuser les partis d'opposition d'être des empêcheurs de danser en rond, les conservateurs ne firent rien pour forcer l'adoption de la longue liste de projets promouvant la loi et l'ordre inscrits au feuilleton depuis deux ans. Plutôt que de perdre leur temps à confronter une opposition devenue plus aguerrie, ils reportèrent leur activisme là où ils avaient tout le loisir d'agir, soit le champ gouvernemental. Ils en ont profité pour réaliser leurs obsessions.

Ce sont ces décisions qui ont rythmé l'année politique. Parmi plusieurs, rappelons le retrait du Canada du protocole de Kyoto; la modification du recensement décennal de la population canadienne; le retrait des subventions à plusieurs groupes prônant des politiques contraires à celles du gouvernement, notamment pour ceux faisant la promotion de l'avortement dans le cadre de programmes de santé maternelle dans des pays en voie de développement; le procès fait à l'organisme Droits et Démocratie mis sous tutelle pour avoir soutenu financièrement des groupes intervenant en Palestine.

Au pouvoir depuis quatre ans, le gouvernement Harper n'aura en fait jamais été aussi actif que cette année pour imprimer sa vision idéologique partout dans le gouvernement. Ce qui motive un Stephen Harper n'est pas de passer à l'histoire comme le père d'un accord de libre-échange ou l'auteur d'une charte des droits. Il n'a d'ailleurs pas de tels projets. Ce qu'il souhaite, c'est être celui qui aura changé les valeurs du pays pour les rendre conformes au conservatisme social économique qu'il prône et qui aura ainsi modifié de façon durable sa gouvernance.

En cette fin d'année, la capacité des conservateurs d'atteindre cet objectif est plus que jamais à portée de main. Ils disposent d'un bloc d'appuis qui en quatre ans a toujours été d'un minimum de 30 % de l'électorat et qui par moments s'est approché du seuil des 40 % où un mandat majoritaire devient possible, tandis que les partis d'opposition demeurent divisés. La tentation de jouer leur va-tout dès le retour en Chambre en février sera forte. Au pire, ce serait un autre mandat minoritaire; au mieux, un mandat majoritaire. Ce n'est pas sans raison qu'on entend de plus en plus souvent le mot «coalition» du côté des partis d'opposition, seule véritable façon de barrer la route à Stephen Harper. Ils feraient bien d'y penser sérieusement.
1 commentaire
  • Françoise Breault - Abonnée 18 décembre 2010 15 h 28

    On comprend mieux pourquoi Harper est au pouvoir quand

    on a lu le livre de Daniel Gutstein: How business propaganda hijjacks democracy. Quel dommage que ce livre ne soit pas traduit en français.

    Incroyable la manipulation de la droite. Évidemment, elle a les $$$$$$ pour financer les think tanks et les journaux qui leur servent de courroie de transmission.

    Cela prendrait des citoyens très bien informés pour contrer cette propagande. Malheureusement, dans nos écoles, il n'y a pas d'éducation civique comme en Suède et nous avons des citoyens analphabètes politiquement qui ne peuvent détecter les faussetés et manipulations dans les discours des politiciens.