Affrontements en Côte d'Ivoire - Le pourrissement

En Côte d'Ivoire, les jeux sont faits: Laurent Gbagbo, le président sortant, a opté pour le pourrissement. À preuve, les troupes qui lui sont fidèles ont tiré hier sur les partisans d'Alassane Ouattara, vainqueur des récentes élections présidentielles, alors qu'ils se rendaient au siège de la télévision nationale. L'espoir de ces derniers? Remplacer le patron nommé par Gbagbo par celui choisi ces jours-ci par Ouattara.

Cette histoire de télévision résume à elle seule la situation surréaliste qui prévaut actuellement à Abidjan. Il y a deux présidents, deux premiers ministres, deux gouvernements et surtout deux armées ou milices rassemblant des milliers d'individus le doigt sur la gâchette de leur fusil. Deux gouvernements qui nomment des fonctionnaires, ordonnent des missions et tentent de mettre la main sur le trésor d'État. Vu l'évolution du dossier, il ne serait pas étonnant que ce pourrissement se transforme en une guerre civile.

Car cette division par deux colle par ailleurs aux frontières géographiques, ethniques et religieuses de la Côte d'Ivoire. Bastion d'Ouattara, le nord est majoritairement musulman. Le sud, on l'aura évidemment deviné, est chrétien; on précisera que Gbagbo est un chrétien évangéliste sensible aux discours disloqués des évangélistes américains. Le sud est par ailleurs l'objet de toutes les convoitises pour une raison bien simple: c'est là que sont concentrées les richesses du pays, soit le cacao, le café et le pétrole.

Cela étant, Ouattara dispose dans sa manche d'un soutien de poids: la communauté internationale est derrière lui. De la Russie aux États-Unis, en passant par l'ONU, l'Union africaine, l'Union européenne et bien d'autres, tout un chacun rappelle et souligne à l'intention de Gbagbo qu'il a perdu la présidentielle. Et qu'il doit donc céder la place, plier bagage. L'homme s'entêtant, de premières mesures ont été décidées. Celles commandées par Barack Obama les résument: restriction des visas et surtout gel des avoirs détenus par Gbagbo et ses proches dans les pays étrangers.

Ce mur de protestations et de gestes posés pourrait bien déboucher sur un retournement, celui de l'armée. Voilà, depuis qu'il est président officieux Ouattara s'est appliqué à contre-attaquer sur le flanc de l'argent, celui que l'État perçoit. Cela va de la signature officielle de l'État à la perception des sommes versées par les entreprises pour divers services, etc. Toujours est-il que les caisses du gouvernement s'asséchant, Ouattara et les siens calculent que d'ici deux à trois mois, Gbagbo ne sera plus en mesure de payer les engagés dans l'armée.

Aujourd'hui, beaucoup craignent que le perdant opte pour ce qu'il a fait dans le passé, soit la fuite en avant, soit la stratégie du hérisson. En effet, il ne serait pas étonnant, au vu de son comportement depuis une quinzaine de jours, que Gbagbo se replie sur ses terres du sud et entraîne le pays dans une autre guerre civile. Et ce, par fanatisme plus que toute autre chose.