Amiante - Un devoir moral

La pression s'accentue pour obtenir des gouvernements canadien et québécois une interdiction de l'exploitation de l'amiante au Canada. Hier, le député Amir Khadir déposait un projet de loi en ce sens à l'Assemblée nationale. De son côté, le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, demandait au premier ministre Harper d'agir en ce sens. Le silence des deux gouvernements devant les enjeux moraux que pose la poursuite de l'exploitation de ce minerai est de plus en plus troublant.

Le plus immédiatement concerné par ce dossier est le gouvernement Charest, qui a par-devers lui une demande de garantie de prêt de 58 millions de laquelle dépend la réouverture de la mine Jeffrey à Asbestos. Le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Clément Gignac, a posé des conditions qui semblent remplies, mais il tergiverse, reportant de mois en mois sa décision comme s'il était incapable de trancher le dilemme que pose ce dossier.

Ce dilemme est somme toute simple. D'un côté, il y a l'économie. La réouverture de la mine Jeffrey, c'est 450 emplois pour les 25 prochaines années dans une ville mono-industrielle qui dépend uniquement de l'exploitation de l'amiante. Sans cette nouvelle mine, Asbestos deviendra une ville fantôme. On imagine facilement le drame qui en résulterait. Et à l'économie se mêlent des questions politiques. Il y aura un prix politique à payer à un refus d'octroyer cette garantie de prêt lors de la prochaine élection.

De l'autre côté, il y a les enjeux de santé publique reliés à l'utilisation de l'amiante. La variante chrysotile exploitée à Asbestos est certes la moins dangereuse des variétés d'amiante, mais elle tue aussi. Si elle n'est pas dangereuse utilisée dans des conditions sécuritaires, on sait que, dans les pays de l'Asie où elle est exportée, il est impossible de garantir le respect des normes d'utilisation que le ministre Gignac voudrait imposer aux importateurs. Des syndicalistes indiens et sud-coréens présentement en tournée au Canada l'ont démontré clairement.

Entre ces enjeux moraux et les enjeux économico-politiques, le gouvernement Charest préférerait ne pas avoir à trancher, comme le suggèrent ses hésitations à donner le feu vert demandé. On peut comprendre qu'il ne veuille pas laisser tomber la population d'Asbestos, mais tôt ou tard il devra trancher. La campagne mondiale pour le bannissement total de l'exploitation et de l'utilisation de l'amiante ne s'arrêtera pas. Elle s'appuie sur des questions morales que personne ne peut ignorer en se réfugiant derrière la fausse caution morale que sont des normes d'utilisation sécuritaires incontrôlables.

Donner le feu vert au projet Jeffrey est le plus mauvais service à rendre aux citoyens d'Asbestos, car à court ou moyen terme il faudra en venir à interdire l'exploitation de l'amiante. Asbestos se retrouvera alors devant le scénario de la fermeture de la ville qu'elle cherche à éviter. La responsabilité du gouvernement Charest est de dire non à ce projet.

Ce non ne peut et ne doit pas être un non tout court. Il faut l'accompagner d'une solution de remplacement. Les citoyens d'Asbestos ont droit à un avenir qui soit autre que l'assurance-emploi et l'aide sociale. Ils ont droit à de bons emplois chez eux. Ils se sont mobilisés autour de ce projet de la mine Jeffrey parce que l'amiante est leur seule ressource. Il appartient aux gouvernements de leur apporter un autre projet. Ils ont un devoir moral à assumer à la fois envers Asbestos et envers les travailleurs d'ailleurs, dont on sait qu'ils paieraient de leur santé la survie de cette ville.
7 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 10 décembre 2010 00 h 28

    PAUT-ON COMPRENDRE MIEUX POURQUOI IL NE FAUT NATIONNALISER LE GAZ DE SCHISTE...

    Parizeau a eu une idée de génie: nationaliser l'amiante. Cela a fait de la m... On n'a pas besoin de nationaliser ce produit là. Pierre Trudeau a nationaliser le pétrole et regardez ce que cela a fait aussi. Aussitôt que cela ne fonctionne pas au goût des employés, on fait le grès et on met le gouvernement dans l'ambarras.

  • Marcel Bernier - Inscrit 10 décembre 2010 02 h 58

    Une question de santé publique...

    Le gouvernement ne peut aller de l'avant dans ce dossier, en permettant l'ouverture de la mine Jeffrey, sans se déconsidérer chez nous et auprès des travailleurs étrangers.

    Après toutes les études qui nous disent que ce produit est dangereux pour la santé des travailleurs, tel qu'utilisé sans encadrement dans les pays émergents, on ne peut plus se mettre la tête dans le sable.

  • Marie-Maude Chevrier Nature Québec - Abonnée 10 décembre 2010 03 h 13

    Une forêt en Australie, un cimetière en Inde ?

    Communiqué - Si les Québécois ont pu ressentir de la fierté de voir une forêt australienne baptisée du nom de leur premier ministre Jean Charest pour ses actions en matière de changements climatiques, seraient-ils tout aussi heureux si un jour on baptisait un cimetière du nom de leur premier ministre pour commémorer les victimes de l’amiante du Québec dans le monde? C’est la question que se pose la coalition Québec meilleure mine! devant le projet de garantir un prêt de 58 millions $ pour relancer les activités de la mine d’amiante Jeffrey dans la région d’Asbestos. Québec meilleure mine! demande au gouvernement de ne pas donner suite à ce projet et d’utiliser son argent pour la création d’un Fonds régional de diversification économique....

    Lire le reste ici:
    http://www.naturequebec.org/ressources/fichiers/En

    Ou ici:
    http://quebecmeilleuremine.org/content/une-for&eci

  • Mario Jodoin - Inscrit 10 décembre 2010 06 h 58

    Hypocrisie !

    Et que dit le PQ ?

    «Le critique péquiste dans le domaine des mines, Scott McKay, a réitéré que sa formation politique soutient toujours que l’emploi sans danger de l’amiante est possible. Il a répété qu’il existe deux sortes de fibres, dont une est «sensiblement moins dangereuse».»
    http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/affaires/actua

    Et quels sont les principaux pays où on exporte notre amiante ? Voici les dix premiers, par ordre d’importance :

    Inde
    Indonésie
    Mexique
    Thaïlande
    Sri Lanka
    Émirats arabes unis
    Pakistan
    Bangladesh
    Philippines
    Colombie

    Source : données sur le commerce en direct,
    http://www.ic.gc.ca/sc_mrkti/tdst/tdo/tdo.php#tag

    Répétez après moi :
    «l’emploi sans danger de l’amiante est possible»

    Tout cela pour ne pas perdre de votes dans cette région...

    Merci à Amir Khadir qui place l'humanisme en tête, bien avant les considérations électoralistes !

  • Catherine Paquet - Abonnée 10 décembre 2010 07 h 14

    Est-ce qu'Amir Khadir n'aurait pas quelquechose de positif à proposer?

    C'est beau, même facile de s'opposer à ceci ou à celà. Mias pourquoi, un député à l'Assemblée nationale n'aurait pas une petite idée de ce qu'il faudrait faire pour encourager ces travailleurs que sa résolution promet de mettre dans la rue.

    L'Éditorialiste nous dit avec assurance que les travailleurs paieront de leur santé la survie de cette mine. Est-ce qu'on pourrait savoir sur quelles données il se fonde.