Fécondation in vitro - À l'aveuglette

Tous ces professionnels de la santé qui ont grincé des dents lorsque Québec a lancé son programme de gratuité universelle pour la fécondation in vitro (FIV) avaient raison. L'improvisation génère rarement la qualité. Nous voilà aux prises avec un généreux programme, mais un réseau incapable de le soutenir. C'est une aberration.

Accusés d'être rabat-joie et de troubler l'ambiance festive qui suivait le lancement de l'accès gratuit à la FIV pour les couples infertiles, des médecins avaient prédit exactement ce qui est en train de se produire. Le réseau de santé public n'a tout simplement pas la capacité d'octroyer les traitements de fertilité. Pas assez de médecins, pas suffisamment de locaux, pas de plages horaire, pas d'équipement de pointe. Le socle financier sur lequel tout ceci repose est à ce point friable que des corrections imminentes sont impensables.

On nous accusera de critiquer une fois de plus un programme dont les immenses vertus sont de bonifier la natalité au Québec. Ont d'ailleurs été taxés d'insensibles tous ceux qui ont osé remettre en question le choix politique et financier du gouvernement du Québec de soutenir ce programme. L'analyse n'est pourtant ni déplacée ni insolite quand on l'attache à son contexte, soit l'immensité et la variété des besoins en santé.

Il n'est toutefois même pas nécessaire de s'arrêter aux enjeux politiques ou même philosophiques liés à la FIV gratuite pour noter que le programme chancelle. Voilà que dans certaines des cliniques privées habilitées à fournir tous les traitements de fertilité, les activités sont stoppées car les plafonds de rémunération imposés par le ministère de la Santé ont été atteints. Ceux-ci sont en vigueur depuis 1995: comment n'a-t-il pas été possible de prévoir le cul-de-sac actuel?

Inutile de démoniser ici le privé ou de laisser croire à l'avidité financière des médecins. La vérité est plus simple: le programme fut lancé avec éclat, mais dans la plus totale précipitation. Hormis le Centre universitaire de santé McGill, qui fournit déjà ces services, aucun des centres hospitaliers du réseau public ne peut soutenir la demande. Les médecins veulent suivre des patientes dans le réseau public, mais ils en sont incapables. Le manque de locaux et d'équipement les empêche de pratiquer les interventions fines, telles la fécondation en éprouvette ou l'implantation des embryons. Les patientes sont donc refoulées aux portes et devront attendre janvier pour mettre en branle leur projet. Le programme n'est pas victime de son succès, mais plutôt de sa désorganisation.

D'autres indices soutiennent la théorie de la déroute. On attend toujours un registre exhaustif des FIV et des naissances, qui ne serait pas seulement administratif, mais s'attarderait aussi au contrôle de la qualité. Le programme promettait de diminuer le nombre de grossesses multiples, qui entraînent des soins de santé coûteux; or, rien ne garantit dans le chaos actuel qu'on réalisera les économies planifiées.

Le gouvernement encourage les naissances, mais dans les hôpitaux, on peine à accueillir les femmes enceintes le jour de l'accouchement. Les gynécologues-obstétriciens sont en nombre insuffisant. Les parents se plaignent aussi d'une pénurie de places en garderie! Toute cette opération est menée à l'aveuglette.
1 commentaire
  • Fernande Trottier - Abonnée 10 décembre 2010 22 h 04

    F I V

    Si les pros ont grincé des dents, moi j'ai rugi et voici pourquoi :

    Quand une femme a déjà eu trois ou quatre enfants, qu’elle s’est fait ligaturer, on ne peut pas dire qu’elle ne peut pas avoir des enfants. Survient un divorce, une nouvelle union, et un nou-
    veau conjoint vasectomisé. Et voilà, que ce couple veut un enfant à eux. On doit renverser la
    démarche initiale. Dans ce cas là, je ne veux pas payer pour une procréation assistée. Là où je
    veux bien contribuer, c’est quand un couple en est à une première ou une deuxième grossesse… mais dans le cas d’un couple reconstitué, ayant déjà des enfants, je crois que l’on se doit d’assumer nos propres décisions et leurs conséquences. Ce n’est plus une ques-
    tion d’infertilité, ils en ont déjà fait la preuve ! Des cas comme celui-là, il y en a plus que moins… vous n’avez qu’à trouver les forums où l’on en discute et vous
    serez surpris de le constater. NON aux nouveaux couples ayant déjà eu des enfants avec des premiers conjoints. Je ne veux pas que mon argent serve
    à payer pour leur inconséquence. La preuve est faite qu'ils ne sont pas infertiles ayant déjà eu des enfants d'une première union !

    Avoir des enfants n'est pas un droit... c'est un désir ! Pensons à tous les avortements qui se font, souvent comme moyen de contraception, que
    l'on laisse vivre ces foetus pour les donner aux parents qui souhaitent en avoir.