Kamouraska-Témiscouata - Le désaveu

Toutes les conditions étaient réunies lundi pour une victoire relativement facile du Parti libéral à l'élection complémentaire de Kamouraska-Témiscouata. Mais les électeurs ont plutôt sanctionné massivement le gouvernement Charest, se tournant dans une proportion de 64 % vers les partis d'opposition. Un vote miroir de l'état de l'opinion publique du Québec, qui depuis des mois ne cesse de dire dans les sondages son insatisfaction à l'endroit de l'équipe libérale.

Ce qu'il faut retenir de cette élection, c'est d'abord cette manifestation de non-confiance qui, selon les mots mêmes du premier ministre Jean Charest, exprime le sentiment de la population et son désabusement à l'égard de la politique. Un message qui se trouve à reprendre celui que portent unanimement les trois partis d'opposition qui ont fait campagne dans Kamouraska-Témiscouata quant à la nécessité d'une enquête publique sur la construction.

Le désaveu du gouvernement est d'autant plus clair que cette élection complémentaire s'est tenue quelques jours seulement après le débat à l'Assemblée nationale sur la motion de censure du gouvernement Charest pour son refus de tenir une telle enquête. Certes, il y avait des enjeux locaux qui ont été évoqués par les candidats, tout particulièrement par la candidate libérale, France Dionne, mais ils ont été occultés par ce débat.

N'eût été du respect que portent les électeurs de cette circonscription à Mme Dionne, qui fut autrefois leur députée, et des efforts faits par le gouvernement pour ramener à La Pocatière la construction des voitures de métro de Montréal, la chute de 18 points de pourcentage subie par rapport à l'élection de 2008 aurait pu être beaucoup plus grande. La victoire du candidat péquiste par une faible marge est avant tout le résultat du rejet des politiques libérales.

Cette élection dans Kamouraska-Témiscouata, comme toute élection complémentaire, ne doit pas être vue comme scellant le sort du gouvernement Charest. Il reste à celui-ci au moins deux ans avant la prochaine élection générale. Le temps peut jouer en sa faveur pour peu qu'il sache rétablir le lien de confiance avec l'électorat. Quel geste posera-t-il à cette fin? Ce ne sera toujours pas l'institution d'une enquête publique. Sur ce point, il n'est prêt à aucune concession. Suffisent à ses yeux la poursuite des enquêtes policières et l'adoption de mesures préventives, comme la mise sur pied d'une unité permanente de lutte contre la corruption et la collusion dans l'industrie de la construction qu'il annonçait hier.

Cette annonce vient illustrer la stratégie du gouvernement, qui consiste à gagner du temps en proposant à la pièce, sans plan arrêté, des mesures pour lutter contre la corruption comme cette unité dite permanente dont on ne sait ce qu'elle sera réellement. On improvise, en espérant que cet activisme suffira à redonner confiance aux électeurs. Cette stratégie a conduit à cette défaite dans Kamouraska-Témiscouata. Si devait persister l'état de non-confiance actuel, le premier ministre devra admettre son échec et, le cas échéant, il lui faudra conclure qu'il n'est plus celui qui peut conduire le gouvernement.
6 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 1 décembre 2010 05 h 03

    Perdre des élections partielles et gagner l'élection générale

    Ce n'est pas une tradition immuable, mais elle s'est appliquée sous René Lévesque qui perdait toutes ses élections partielles et gagnait les élecions générales.

    Ce qui nous invite à ne pas toujours tirer des conclusions définitives à partir de défaites locales.

  • France Marcotte - Abonnée 1 décembre 2010 08 h 07

    Désavouer Jean Charest tout en le soutenant

    C'est le sentiment que me laisse la lecture de cet éditorial.
    Il commence par: "Toutes les conditions étaient réunies lundi pour une victoire relativement facile du Parti libéral". Ah bon. Plusieurs conditions étaient aussi réunies pour sa défaite. Ensuite, le résultat de cette élection serait une manifestation de non-confiance qui "exprime le sentiment de la population et son désabusement à l'égard de la politique". Désabusement à l'égard de la politique? On a plutôt la démonstration que plusieurs Québécois ont suivi avec intérêt la politique des derniers temps mais on prétend ainsi que tous les partis sont touchés, par seulement le Parti libéral; on noye le poisson dans l'eau trouble. Aussi, on dit que cette élection "ne doit pas être vue comme scellant le sort du gouvernement Charest". Répétez après moi: elle ne scelle pas le sort de ce gouvernement...
    Ce n'est qu'à la fin de l'éditorial, si le lecteur se rend jusque là, qu'on gronde un peu M.Charest: "On improvise, en espérant que cet activisme suffira à redonner confiance aux électeurs".
    Donner confiance aux électeurs? Plutôt tromper les électeurs.
    Il y a le révisionnisme de l'histoire et, dirait-on, le révisionnisme des sentiments.

  • Geoffroi - Inscrit 1 décembre 2010 09 h 24

    Maquignonnage, maquillage et résultat électoral

    « Sa surprise à ce mot a paru manifeste ; Son teint en a changé, sa parole et son geste. »

    CORNEILLE

  • Bernard Terreault - Abonné 1 décembre 2010 11 h 15

    Un peu de crédit à M. Simard aussi

    Le candidat Simard n'était pas un parfait inconnu dans son coin ni un deux de pic comme le laissent entendre les commentaires condescendants. Et il a trimé dur pour son élection. Il n'est pas flamboyant ni démagogue, mais on sent un homme calme, respectueux, intelligent et compétent.

  • vision - Inscrit 1 décembre 2010 11 h 53

    début d'un temps nouveau

    C'est peu etre le début de la fin pour James Charest???