Espace aérien - Les béni-oui-oui

Le projet de loi C-42 n'annonce rien de bon. Présentée en douce au début de l'été par le gouvernement conservateur, la législation est conçue sur mesure pour satisfaire les obsessions des États-Unis en matière de sécurité. Déterminé à contrôler son espace aérien, l'Oncle Sam compte distribuer les autorisations de vol à tout voyageur, canadien compris, qui oserait traverser sa zone, même s'il n'y pose pas le pied.

On comprend sans mal toutes les réticences qu'entraîne un tel projet, qui donne aux conservateurs un très mauvais rôle de béni-oui-oui prêts à approuver les demandes de l'«empire». Les libéraux et le Bloc québécois tolèrent d'ailleurs, sans que l'on comprenne trop bien pourquoi, cette soumission aux appétits de contrôle américains. À Ottawa, on abdique mollement, quitte à torpiller la souveraineté canadienne et à fragiliser les droits des citoyens. Voilà une position impossible à soutenir.

Devant le comité permanent chargé d'étudier le C-42, des groupes sont venus la semaine dernière exiger le retrait de ce projet de loi, dont la portée inquiète considérablement la commissaire à la protection de la vie privée du Canada, Jennifer Stoddart. Si C-42 est adopté, les compagnies aériennes seront autorisées à fournir des informations personnelles — nom, sexe, date de naissance, numéro de passeport, itinéraire — sur les voyageurs appelés à survoler les États-Unis (et non pas à y atterrir) pour autoriser le départ, l'objectif étant de repérer les indésirables figurant sur la No Fly List américaine.

La mesure demeure floue. On ne sait pas par exemple combien de temps au juste ces renseignements seront conservés — sept jours, si aucun problème n'est soulevé, mais «des années» si un doute subsiste — et à quelles fins tordues ils pourraient être employés. On ignore ce qui pourrait survenir à un passager en route vers un séjour de repos au Mexique, mais dont le nom ressemblerait à s'y méprendre à celui d'un indésirable sur la liste noire américaine. Serait-il forcé de rester au sol le temps qu'on éclaircisse son identité, ce qui compromettrait ainsi le début de ses vacances au soleil?

On sait en outre que Maher Arar, que toutes les cours canadiennes ont blanchi, ne pourrait obtenir le feu vert pour survoler les États-Unis, car son nom figure toujours sur la No Fly List américaine, et il en serait de même pour d'autres cas particuliers. Absurde!

Voilà une porte entrouverte sur des torts considérables pour la liberté et la sécurité des voyageurs canadiens, que l'on peut aussi imaginer coincés à l'étranger et porteurs d'une étiquette de possibles «terroristes». Le Canada, dont les propres normes de contrôle de l'espace aérien et la liste de surveillance devaient suffire à rassurer les États-Unis, ne peut aussi aisément se faire complice de l'ambition dominatrice américaine. Plutôt que d'abdiquer faiblement, au point de concevoir une législation de style «prêt-à-porter», il doit militer pour ses propres droits.

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machouinard@ledevoir.com
2 commentaires
  • tohi1938 - Inscrit 29 novembre 2010 01 h 25

    Scandaleux d'aplatventrisme et d'absurdité effectivement!

    Peut-être faudrait-il rappeler à nos voisins du sud que leurs avions ont été déroutés vers le Canada, qu'ils ont atterri dans nos aéroports un certain 11 Septembre, et que leurs passagers avec ou sans visa pour le Canada ont été chaleureusement accueillis et hébergés?
    Pour ajouter l'insulte à la blessure, si on en croit les nouvelles de la CBC, on devrait apprendre Mardi le peu d'estime que les Américains ont pour le Canada...
    Béni-oui-oui est encore trop doux...

  • Pierre Rousseau - Abonné 29 novembre 2010 11 h 08

    Et les vols domestiques?

    Que va-t-il arriver des vols entre 2 villes canadiennes qui survolent maintenant les ÉU? Comme par exemple entre Vancouver et Montréal ou Toronto, la route la plus courte passe au-dessus des ÉU... va-t-on abdiquer notre souveraineté dans ces cas-là aussi? Où sont nos politiciens nationalistes? Le Bloc est pour? Je n'en reviens pas.