Enseignement de l'histoire - Il était une fois...

Invariablement, le même constat s'abat sur les autorités scolaires: l'histoire en général est trop peu enseignée, celle du Québec ignorée, ce qui compromet la culture générale des étudiants. Si connu soit-il, ce triste refrain doit être joué et rejoué encore, jusqu'à ce que s'opèrent les changements souhaités.

En 2008-2209, seuls 2424 cégépiens avaient suivi un cours d'histoire du Québec. Un négligeable groupuscule sur le lot de 153 000 étudiants. Pire: les trois quarts des collégiens séjournent au cégep sans approcher le champ de l'histoire, ni de près, ni de loin.

Le résultat? En 1996, le rapport du Groupe de travail sur l'enseignement de l'histoire, présidé par l'historien Jacques Lacoursière, le soulignait avec un à-propos troublant: «Comme aucun cours n'est obligatoire pour l'ensemble des élèves du collégial, il en résulte que la vaste majorité des techniciens, des médecins, des ingénieurs, des journalistes ou des artistes récemment diplômés ou en voie de l'être n'ont eu ou n'auront eu pour toute formation historique et civique» que les cours d'histoire du secondaire. Troublant!

Une étude de la Fondation Lionel-Groulx dévoilée cette semaine sonne le glas de l'histoire au collège. Malheureusement, la rengaine n'est pas neuve. Les chercheurs ont parsemé leur ouvrage d'épithètes annonciatrices d'une sorte de fin du monde. Mais les sages du rapport Parent avaient déjà noté d'immenses lacunes. Depuis, les recommandations de plusieurs groupes ont toutes misé vers un enrichissement des cours d'histoire offerts aux élèves et aux étudiants. Malgré la relative unanimité des cris, la formation au collégial n'a pas changé d'un iota.

Les remises en question entourant l'histoire, comme matière, sont saines. Elles relèvent en quelque sorte de la nature même de ce champ de connaissances au caractère instable et appelé — contrairement à d'autres — à être réinterrogé en fonction des préoccupations du jour. Elle est révolue l'époque où le programme d'histoire du primaire (Histoire du Canada) s'attardait principalement aux missionnaires et aux martyrs, soulignant au passage le «caractère religieux, moral, héroïque et idéaliste de nos ancêtres».

Le rapport Lacoursière posait il y a 15 ans une question essentielle: «Le collégial n'est-il pas la dernière véritable occasion de formation fondamentale?» À côté des cours de littérature, de philosophie, d'anglais et d'éducation physique et à la santé, pourquoi pas un cours obligatoire d'histoire, à ce moment charnière du parcours scolaire, où se fixent des apprentissages intellectuels définitifs? Il nous apparaît que cette piste, maintes fois proposée, doit être explorée. On n'insistera jamais assez sur l'importance de l'histoire enseignée, ne serait-ce que pour éviter de sombrer dans ce que l'équipe de Lacoursière nommait «l'analphabétisme social».

Toutefois, laissons de côté les discours catastrophistes, comme celui qui nous laisse imaginer des cohortes d'élèves incultes et ignares. Gare aux généralités. Cette semaine, dans les pages opinion du Devoir, le jeune et prometteur Benjamin Boivin a convié son député (un libéral) à adopter la motion de censure. Dans un texte admirablement ficelé, l'auteur âgé de 14 ans a nommé François-Xavier Lemieux, Vincent F. Chagnon, Jean Garon, Lesage, Bourassa, Lévesque et Louis-Joseph Papineau. Un tour d'histoire plutôt riche!

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machouinard@ledevoir.com
 
12 commentaires
  • Claude Jean - Inscrit 26 novembre 2010 06 h 06

    Citations sur l’histoire

    Jacques Lacoursières

    ( un peuple qui ne connait son passé est un peuple amnésique)

    http://tv.uqam.ca/?v=52254

    François Mitterrand conseil des ministres 1982

    ( un peuple qui n’enseigne pas son histoire est un peuple qui perd son identité )

    Soldat Sanspareil
    2ème bataillon du régiment de la Sarre
    Vive le Roy !
    http://www.regimentdelasarre.ca
    http://www.tagtele.com/videos/voir/46581
    http://www.ameriquebec.net/actualites/2009/08/03-r

  • Jacques Légaré - Inscrit 26 novembre 2010 06 h 26

    L'Occident, c'est pour les esprits vastes, libres et d'envergure. C'est ce qu'il faut pour les jeunes Québécois.


    Il y a 25 ans, j'ai convaincu Claude Ryan, ministre de l'Éducation, pour qu'il remplace «Histoire du Québec» par «Histoire de la civilisation occidentale» dans le programme des Sciences humaines.

    Non au cours d'Histoire du Québec; mais Oui à un cours d'Histoire de la civilisation occidentale pour tous les cégépiens.

    1. Tous les autres cours de la formation (de la philosophie, aux lettres, aux arts, voire aux techniques) sont mieux servis par une culture historique plus large.

    3. C'est l'Occident tout entier qui imagina, pensa et élabora la quasi totalité des institutions du Québec, ses mouvements littéraires et artistiques, ses techniques et ses moeurs. Très, très peu furent d'origine québécoise. Or l'histoire forme par la connaissance des origines, et de l'évolution qui modifie tout. Au Québec, il y eut que tardive implantation.

    4. Depuis la chute du communisme et la montée récente de la Chine: c'est l'occidentalisation du monde qui est le moteur de la mondialisation.

    C'est la philosophie des Lumières (18e siècle) qui est le coeur de ce grand mouvement. Au Québec on l'importa par bribes (1840, 1867, et la révolution tranquille 1960).

    Bref, nous sommes massivement des Occidentaux, et localement québécois. Aucun mépris dans cette analyse. Je suis fier d'être un Québécois parce qu'Occidental, et dans sa meilleure part.

    5. Penser petit, penser étroit, penser bas de laine et ceinture fléchée, c'est se rapetisser à la mentalité bigote de Lionel Groulx, à la misère personnelle culturelle de Maria Chapdelaine, à la pensée presque arriérée d'un Duplessis.

    6. Le nationalisme étroit n'aide pas ou si peu à l'acquisition d'une véritable culture universelle. Shakespeare lui-même fut nourri par la littérature antique.

    7. Vive l'Occident et ses Lumières ! Vive les Anciens grecs créateurs de presque tout ce qui pense souverainement sur terre ! Vive les héros renaissants et libéraux qui nous donnèrent à la fois la

  • ysengrimus - Inscrit 26 novembre 2010 07 h 34

    Par contre...

    Par contre, notre littérature historique se porte à merveille... Un exemple.

    http://ysengrimus.wordpress.com/2010/10/15/le-queb

    Tout un terreau exploitable en enseignement...
    Paul Laurendeau

  • Bernard Gervais - Inscrit 26 novembre 2010 08 h 13

    Mise au point

    Assez d'accord avec vous.

    Comme vous l'écrivez, évitons de sombrer dans les généralités généralités un peu faciles.

    Ce n'est pas parce que quelques étudiants, interrogés lors d'un reportage de la télé de Radio-Canada diffusé cette semaine, ne savaient pas vraiment qui étaient Robert Bourassa et Jean Drapeau qu'il faut conclure pour autant que tous les cegepiens ne savent rien de l'histoire du Québec.

    S'il est vrai que les cours d'histoire québécoise, au niveau collégial, sont actuellement peu populaires, il importe de rappeler que ces mêmes cours, quand j'ai fait moi-même mon cegep vers 1971, étaient aussi facultatifs à cette époque et attiraient un nombre beaucoup moins considérable d'étudiants que ceux, par exemple, de psychologie ou de mathématiques.

    De toute manière, c'est plus tôt, soit vers la fin du primaire et pendant les études secondaires, qu'il convient d'enseigner l'histoire du Québec et du Canada, comme cela se faisait dans les années 1960 et 1970.

    Comme de nombreux Québécois adultes, c'est à la petite école et au collège secondaire (privé, dans mon cas) que j'ai étudié l'histoire de la colonisation de notre pays par les Français, puis les Britannique et ai su un peu comment et pourquoi celui-ci était devenu une confédération.

    Cependant, n'allez pas croire que, lors de mon inscription au CEGEP, je savais déjà très bien qui étaient, par exemple, Maurice Duplessis, Louis Saint-Laurent ou l'ancien maire de Montréal Camilien Houde. Si je l'ai appris, c'est par moi-même, notamment en lisant les journaux et certains livres.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 26 novembre 2010 08 h 31

    @democrite

    Est-ce que vous pensez que les Américains font passer l'histoire de l'occident avant celle de leur pays? Est-ce que vous pensez que les Polonais font passer l'histoire de l'occident avant celle de la Pologne?

    Et quel mépris pour notre Histoire? La mentalité bigote de Groulx!!! Combien de morts déjà juste pour le Nazisme en Europe? Pour la suprématie japonaise en Asie?

    La démocratie québécoise est l'une des plus vieilles au monde tellement que le pédant de Mitterand en avait été ébranlé lors de sa visite à l'Assemblée nationale. 219 ans de démocratie non-stop cette année.

    Est-ce qu'on peut avoir votre nom svp afin qu'on vous garroche quelques chaussures par la tête?