Les accrocs coréens - Mèche courte

C'est aussi simple que grave: le dernier affrontement entre les deux Corées a été d'une amplitude jamais vue au cours des dix dernières années. Et Dieu sait si entre ces deux pays les escarmouches ont été nombreuses depuis l'an 2000. Cela rappelé, l'état d'alerte pourrait se traduire en état d'urgence.

Depuis une vingtaine d'années, lorsque la famine sévit en Corée du Nord les dirigeants de celle-ci emploient une recette qui a fait ses preuves. Dans un premier temps, ils commandent une petite attaque sachant que leurs homologues du Sud hésiteront à appuyer sur le bouton de la riposte par crainte d'une escalade. Dans un deuxième temps, ils réclament une négociation sur le troc suivant: en échange de nourriture, on s'en tiendra là.

Cette fois-ci, il est probable que la recette s'accompagne d'un autre objectif. Lequel? Renforcer les liens entre l'armée et le successeur désigné de Kim Jong Il, soit son plus jeune fils, Kim Jong Un, afin d'éteindre la volonté de changement souhaité par le clan des réformistes. En fait, quand on connaît l'inclination prononcée du dictateur pour la manière forte, c'est à se demander si le verbe éteindre ne devrait pas être remplacé par effrayer. On se souviendra que lors de la succession antérieure, les militaires, les enfants archigâtés du régime, avaient fait le coup de feu avec la Corée du Sud pour mieux asseoir l'autorité de Kim Jong Il.

Cela étant, lorsqu'on ajoute le dernier fait d'armes à la guérilla navale d'octobre dernier, au tir d'artillerie du mois d'août, au torpillage d'une frégate sud-coréenne au printemps et autres assauts d'aigreur guerrière au cours de l'hiver, on peut avancer que Kim Jong Il tente également de forcer la main de Barack Obama. Forcer la main d'un président qui a reconduit la série de sanctions décrétées contre ce régime de satrapes en raison notamment, voire essentiellement, de son ambition nucléaire.

Comme par hasard, quelques jours avant qu'une pluie d'obus s'abatte sur une île sud-coréenne, les cols Mao de Pyongyang ont fait visiter une usine d'enrichissement d'uranium à un physicien américain. Ancien patron du programme atomique américain de Fort Alamo, Siegfried Hecker, c'est son nom, s'est dit sidéré par le perfectionnement de la mécanique nord-coréenne en la matière. Il assure avoir vu des centaines de centrifugeuses à l'oeuvre. Bref, de quoi produire de l'uranium enrichi à 90 %, le niveau nécessaire à la confection d'une bombe.

Pour les États-Unis, ainsi que pour la Corée du Sud et le Japon, il va sans dire que le dernier bombardement leur pose un sacré dilemme; soit on réinvite le belligérant à rejoindre la table des Six (les deux Corées, la Chine, la Russie, le Japon et les États-Unis) en sachant qu'on prend le risque que Kim Jong Il claque encore une fois la porte une fois qu'il aura obtenu des vivres et de l'essence, soit on refuse et on permet à la Chine d'instrumentaliser son allié à d'autres fins.

Dans cette histoire, la grande inconnue s'appelle la Chine. Depuis des lunes et des lunes, Pékin a manoeuvré son incorrigible voisin dès que les rapports de force avec le couple Corée du Sud-États-Unis atteignaient un seuil critique ou délicat. Autrement dit, le sujet du jour ne peut se conclure que sur une question: pourquoi la Chine s'abstient-elle actuellement de discipliner son vassal alors qu'elle dispose de tous les moyens pour ce faire?
1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 24 novembre 2010 10 h 09

    Coalition

    À quand une coalition OTAN-Russie-Chine pour mettre fin aux caciques de la Corée du nord?