Transport collectif - La facilité ne mène à rien

La Société de transport de Montréal (STM) veut doubler ses recettes publicitaires d'ici cinq ans et, pour y parvenir, elle cherche des idées. Après la publicité sur les bus, les abribus, les wagons et les murs du métro, voilà qu'elle jongle avec la proposition de rebaptiser les lignes de métro du nom d'un commanditaire. On pourrait ainsi prendre la ligne Telus pour se rendre au Centre Bell et la ligne Jean Coutu pour assister aux tournois du Stade Uniprix...

Au fil des ans, un nombre croissant de lieux publics ont été rebaptisés en échange d'une somme d'argent parfois ridicule compte tenu de la notoriété générée par cette association. Le paysage toponymique de Montréal en est de plus en plus altéré.

Le métro appartient à tous les Québécois qui paient très cher pour le maintenir en bon état de fonctionnement. En rebaptisant une ligne de métro du nom d'une marque de commerce, on laisse la fausse impression que le commanditaire est un partenaire majeur du transport collectif. À l'heure actuelle, la publicité ne rapporte que 13 millions sur le milliard de dollars dépensés, soit moins de 1,3 %! Que l'on souhaite doubler ce pourcentage, pourquoi pas? Mais, de grâce, que l'on s'y prenne autrement qu'en associant des infrastructures financées par tous à une marque de bière, à une banque ou à un service Internet!

Cela dit, il faut louer les efforts de la STM qui tente sans relâche d'améliorer le service sans creuser le déficit. Mais pour assurer un financement adéquat, d'autres mesures doivent être envisagées, plus importantes et plus stables.

Dans leurs prochains budgets, les maires de l'île de Montréal annonceront une augmentation de la taxe sur l'immatriculation qui pourrait varier entre 10 $ et 50 $ selon l'importance de la cylindrée. Encore là, l'idée est mauvaise parce que cette taxe sera réservée aux résidants de l'île dont la plupart n'utilisent même pas leur véhicule aux heures de pointe, qu'elle alourdira le fardeau fiscal des jeunes familles déjà incitées à fuir la ville et qu'elle n'aura surtout aucun effet sur les banlieusards qui traversent les ponts matin et soir.

Au lieu de choisir la facilité, il faut adopter des mesures qui incitent vraiment les individus à laisser leur voiture à la maison au profit du transport collectif et du covoiturage. La hausse immédiate du litre d'essence d'au moins 10 ¢ à 20 ¢ dans la grande région de Montréal fait partie de ces moyens (les pétrolières le font sans gêne à leur seul profit!), tout comme l'introduction des péages et des parcomètres partout dans la ville, y compris dans les quartiers résidentiels où les résidants devraient se procurer une vignette pour jouir d'une place à prix réduit sur la voie publique. Toutes les grandes villes du monde le font, pourquoi pas Montréal? Ainsi, les commerçants du Plateau ne pourraient plus se plaindre du fait que c'est plus cher chez eux que dans les quartiers voisins!

Si les élus sont vraiment sincères lorsqu'ils disent vouloir combattre la congestion et développer le transport collectif, il leur faut chercher l'argent là où il est, c'est-à-dire dans la poche de ceux qui ont les moyens d'utiliser une voiture individuelle chaque jour de la semaine pour leurs déplacements.

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j-rsansfacon@ledevoir.ca
4 commentaires
  • FlavieDE - Inscrit 22 novembre 2010 10 h 06

    Le métro commandité? Oui, mais pas à n'importe quel prix.

    Le point de vue d'experts en commandite sur la question: www.lemondedefusion.com

  • Peter Kavanagh - Inscrit 22 novembre 2010 20 h 10

    Toujours les memes

    Si demain matin 25% des gens qui prennent leur voitures décidaient d'utiliser les transport en commun, le système serait inutilisable. Les différents niveaux de gouvernement ont encouragé l'étalement et maintenant, de votre point de vue, tout devrait être retourné rapidement et on devrait faire payer les méchants automobilistes. Avant de voler plus d'argent dans nos poches, qu'on nettoie les finances publiques, qu'on donne de réelles alternatives de transport en commun. Après on verra. Dans mon cas, c'est déja règlé. J'ai laissé mon emploi a Montreal et suis parti m'installer assez loin pour etre a l'exterieur de la couronne de taxation éventuel de la grande région de Montreal. Le salaire est moins bon mais le cout de la vie aussi....et oui je voyage seulement en auto.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 23 novembre 2010 08 h 38

    Dépendance

    @ Pierre Ka
    Pauvre dépendant des pétrolières... Allez plus loin pour ne pas faire face à la réalité, faut vraiment en avoir épais sur les yeux, faut vraiment être devenu accroc de l'auto. Alors quand le coût du carburant bondira l'an prochain, puis l'année suivante et encore la suivante, tu imploreras Exxon, Shell et BP...

    Mais non, l'augmentation du coût de l'essence, la fin de cette énergie fossile à bon marché, c'est une lubie des écolos. Ben oui, continue à te mettre la tête dans le sable. Tu me fais penser à l'un des personnages du film Matrix.

    Matrix, machine, char... serait-ce la même hallucination?

  • Peter Kavanagh - Inscrit 23 novembre 2010 10 h 13

    @ Pierre-Alain Cotnoir

    Mon cher ne t'inquiete pas pour moi, j'ai toujours assumé mes choix et mes décisions. Récupérer 10 heures de vie par semaine parce que je ne voyage plus dans le traffic m'apparait aussi important que quelque $$. Tant qu'a la dépendance, meme si le litre augmenterais de $3 ou $4, je continuerais a rouler parce que ca me reviendrait moins cher que ce que ca me coutait de vivre a Montreal. Continue a profiter de la grande ville. Moi elle ne me manque pas.