Motion de censure - Présence obligée

Jeudi, il était clair que le premier ministre Jean Charest ne modifierait pas son séjour en France pour faire face à la motion de censure déposée par le Parti québécois. Mais à l'instar des journalistes, son entourage a dû calculer qu'en agissant ainsi, sa majorité se révélait bien fragile. M. Charest s'en est bien défendu hier («Ça n'a jamais été l'enjeu»), mais outre le fait qu'il sera finalement présent mercredi à Québec, il aura aussi à ses côtés le ministre Clément Gignac, qui devait pourtant s'envoler pour la France. Tout bien compté, la survie du gouvernement est maintenant garantie.

Ce virement de cap stratégique ne doit pas nous empêcher d'en saluer la pertinence pour la démocratie. Le chef du gouvernement ne peut s'éclipser au moment où c'est la confiance à son égard qui est en jeu. La majorité libérale aurait été fermement assurée, sa présence aurait quand même été requise. La motion péquiste doit être comprise dans le contexte d'une exaspération populaire qui fait boule de neige, au rythme des clics qui font grossir la pétition réclamant la démission du premier ministre sur le site de l'Assemblée nationale.

Il est clair que dans notre système parlementaire, même si la moitié du Québec la signait, une telle pétition n'a aucun impact concret. Le premier ministre a été légitimement élu et on ne peut lui reprocher rien d'autre que des mauvais choix politiques, ce qui n'a rien d'illégal.

Il est toutefois trop facile de cantonner les signataires soit au rôle de militants politiques ou, à l'inverse, de gens qui agissent à la légère parce qu'ils n'ont qu'à appuyer sur un bouton pour s'exprimer. La pétition s'ajoute à une pléthore de sondages et d'opinions affichées sur toutes les tribunes qui dénoncent la manière dont les libéraux gèrent la crise actuelle. À quoi s'ajoute l'unanimité des organismes de la société civile pour réclamer une commission d'enquête publique.

M. Charest doit donc regagner la confiance des Québécois et leur faire savoir qu'il les entend. Il y a maintenant plus d'un an que les révélations et soupçons de malversations monopolisent la vie politique. Et cela, toutes les salles de presse le savent, ne s'arrêtera pas, au risque de causer bien plus de dommages que la tenue d'une commission bien encadrée — le retrait en catastrophe de Jacques Duchesneau de l'unité anticollusion du ministère des Transports n'en étant qu'un exemple.

On peut miser sur l'enquête policière, comme le répétait hier M. Charest, et malgré tout mener une enquête publique qui mettra en lumière les magouilles (qui ont toutes — précisons-le pour ceux qui s'inquiètent du mandat trop large d'une éventuelle commission d'enquête — pour point de départ le monde de la construction) qui se jouent avec l'argent des Québécois.

Si M. Charest ne change pas d'avis à ce sujet, ce dont nous ne désespérons pas, il faudra alors qu'il s'explique. Le vote de confiance passé, il lui restera encore, et cela presse, à parler directement aux Québécois qui n'en peuvent plus du climat actuel.

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10 commentaires
  • Socrate - Inscrit 20 novembre 2010 01 h 27

    Droits

    Les citoyens qui se croient lésés dans leurs droits auront toujours le loisir de poursuivre eux aussi et un à un au besoin tous les actuels promoteurs des gaz de schiste qui se préparent à arnaquer un bien public pour en redistribuer l'usufruit à leurs anciens petits-z-amis du Gouvernement et qui ont maintenant perdu leurs célèbres culottes à Vautrin devant tous leurs commettants. Rendez-nous notre butin!
    Duplessis.

  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 20 novembre 2010 10 h 38

    non-confiance envers la structure

    La prochaine motion de non-confiance viendra-t-elle directement des citoyens? Moi je n'ai plus confiance dans la structure : changez le pantin ou le parrain pour un autre sans changer la structure et ce sera "buisness as usual"...

    "Il est clair que dans notre système parlementaire, même si la moitié du Québec la signait, une telle pétition n'a aucun impact concret. Le premier ministre a été légitimement élu et on ne peut lui reprocher rien d'autre que des mauvais choix politiques, ce qui n'a rien d'illégal."

    Tout comme les citoyens peuvent donner un mandat politique, tel un conducteur auquel on retire le permis de conduire après trop de points de démérite, les citoyens doivent pouvoir retirer un mandat (un scrutin "à la loft") puis pouvoir poursuivre par la suite.

    Jean Charest a eu un mandat clair à temps plein : député de Sherbrooke. Peut-t-on réellement considérer quelqu'un dont le nom n'est pas apparu sur mon bulletin de vote comme légitime?
    Si la législature n'a plus confiance au gouvernement, pourquoi ne pas s'élire directement, au suffrage universel à 2 tours, un PM séparément.

    Guillaume Blouin-Beaudoin

  • Hélène Poulin - Inscrite 20 novembre 2010 11 h 42

    valeurs libérales

    Tiré du livre de Claude Ryan : Les valeurs libérales et le Québec moderne http://www.plq.org/files/documents/9v/a7/valeurs-l

    Page 9 de la préface signé de la main de Jean Charest

    "À travers les époques et les grands leaders qui les ont
    marquées, le Parti libéral du Québec a assumé une responsabilité
    historique qui est celle du changement et du
    renouveau. Pour le Parti libéral du Québec, la remise en
    question n’est pas un sacrilège, elle est inhérente au devoir
    d’État".

    Quelqu'un peut-il remémorer à M.Charest cette ligne:" Pour le Parti libéral du Québec, la remise en question n’est pas un sacrilège, elle est inhérente au devoir d’État"

  • Catherine Paquet - Abonnée 20 novembre 2010 13 h 36

    Mme Boileau, que voulez-vous dire?

    Est-ce que vous voulez dire que Mme Marois a fait un mauvais calcul.

  • Gajepi - Inscrit 20 novembre 2010 16 h 34

    Kwibek Liberal Party

    Mme Boileau, la loyauté servile, la cupidité et le silence sont des caractéristiques propres à la grande famille libérale. Tenter d'amener JJ Charest et son parti à la raison est une mission impossible. Ces derniers savent très bien que les enquêteurs de l'Opération marteau ne peuvent faire le ménage dans la gouvernance et l'administration publique comme une commission d'enquête publique pourrait le faire; pour cette raison les députés serviles libéraux seront tous à l'Assemblée nationale lors du vote sur une motion de confiance et maitenir ainsi le secret sur les malversations multiples alléguées depuis plus un an.