Échangeur Turcot - Le mieux, ennemi du bien

Tous ne sont pas d'accord avec la dernière mouture du projet d'échangeur Turcot, ce cœur autoroutier de la métropole, mais voilà tout de même un compromis intéressant qui peut encore être. De toute façon, si on tient vraiment à stopper la croissance du volume de voitures qui circulent inutilement sur l'île, matin et soir, ce n'est pas à la patience des gens qu'il faut s'attaquer, mais à leur portefeuille.

Après quelques années de contestation, d'affrontements et finalement de consultation, le ministère des Transports du Québec (MTQ) a compris que la reconstruction de l'échangeur Turcot devait tenir compte d'une grille de facteurs plus complexe qu'il y a 40 ans. À cette époque où l'automobile était le seul moyen de déplacement efficace en tout temps, personne ne se souciait des bouchons, encore moins des gaz à effet de serre.

Les choses ont changé, certes, mais pas au point de parler de révolution. Alors que certains auraient voulu qu'on fasse complètement disparaître les remblais au profit de structures en hauteur et qu'on réduise purement et simplement le flot de voitures dans le nouvel échangeur, la dernière version de ce projet de 3 milliards concoctée par le MTQ se contente de mieux intégrer le complexe autoroutier à l'environnement urbain sans en réduire la capacité, en y ajoutant toutefois des voies réservées en permanence pour le transport collectif. Ce n'est pas l'idéal, mais c'est nettement mieux.

Le printemps dernier, les élus montréalais avaient fait l'unanimité derrière un concept d'échangeur circulaire, en hauteur, dont la construction aurait exigé la démolition préalable des infrastructures existantes. Des années d'enfer pour les automobilistes et une note de frais de 6 milliards pour les contribuables.

Le maire s'est finalement rallié au dernier projet du ministère, mais le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, l'a qualifié de «sournois» et de «malhonnête». Selon M. Bergeron, il aurait d'abord fallu construire un tramway reliant le Sud-Ouest au centre-ville avant de rebâtir l'échangeur, dont la capacité aurait aussi dû être réduite pour forcer les automobilistes à utiliser le transport en commun. Doubler la facture pour faire circuler moins de voitures en plus de construire un tramway au coût de 1 milliard dont il faudra financer l'important déficit de fonctionnement par la suite... Essoufflant!

Le projet qui est sur la table aujourd'hui n'est pas parfait et la prochaine année devra servir à adoucir les angles, surtout au chapitre de la qualité de vie des résidants. On a trop souvent vu des maquettes bucoliques se révéler des coins merdiques une fois le projet complété.

Quant à la circulation au centre-ville de Montréal, ce n'est certes pas en construisant de nouveaux ponts comme celui de la A25 qu'on améliorera la situation, mais ce n'est pas non plus en créant de toutes pièces des goulots d'étranglement. Ce qu'il faut, c'est accroître l'offre de transport collectif grâce à un financement accru provenant des usagers de la route par la hausse de la taxe sur l'essence, la vente de vignettes coûteuses pour le stationnement sur rue des visiteurs partout dans la ville, une taxe sur le stationnement réservé aux employés par leur entreprise, le péage routier, les radars photo, etc. Le jour où les centaines de milliers d'individus qui prennent leur voiture pour se rendre à l'école ou au travail assumeront la totalité des coûts cachés de leur mode de transport pour la société, on aura les moyens de financer des transports collectifs efficaces en même temps qu'on aura réduit la congestion.

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j-rsansfacon@ledevoir.com

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8 commentaires
  • PClermont - Inscrit 10 novembre 2010 10 h 14

    réduire offre = congestion? non.

    Vous êtes, désolé de le dire ainsi, à côté de la plaque. Partout où on a remplacé de la capacité routière par de la capacité en transport collectif, la fluidité s'est améliorée. San Francisco, Milwaukee, Lyon, etc., tous des exemples à portée de Google pour quiconque en prend la peine. Allez voir le site du Congress for New Urbanism, vous aurez plein d'exemples de villes qui ont décidé de réduire l'offre automobile pour améliorer la mobilité. Il faut lâcher le gros bon sens un peu svp!

  • Bernard Terreault - Abonné 10 novembre 2010 11 h 36

    Bergeron a raison, théoriquement

    Mais on n'a PAS préalablement bonifié l'offre de transport en commun, alors on n'avait plus le choix. Citoyens, si vous voulez du transport en commun au lieu d'une autoroute, dites-le haut et fort à vos députés et comseiilers, comme les gens de Québec qui demandent un aréna. Les politiciens ne sont pas plus visionnaires que les gens ordinaires, ils suivent.

  • François LeBlanc - Inscrit 10 novembre 2010 11 h 53

    Des bonnes idées, mais...

    C'est vrai que la population semble indifférente (surtout celle de l'ouest de Montréal, dont un grand nombre ne s'imagine pas sans voiture - mais il ne s'agit pas de leur enlever, seulement les inciter à l'utiliser judicieusement). Les idées de différents tarifs relatifs aux véhicules individuels ne sont pas mauvaises.

    Comme le dit justement monsieur Clermont, il y a plein d'exemples probants aux États-Unis et en Europe qui démontrent la faisabilité et la grande utilité d'une réduction de l'offre d'accès par automobile.

    Mais il faudrait faire vite pour offrir un moyen de transport collectif plus efficace (genre, tramway moderne), qui réduirait la congestion aux périodes normales de circulation accrue. Il y a vraiment urgence, en termes d'années.

    C'est justement idéal pour l'activité économique (puisqu'on parle de gros sous $$$) : meilleure fluidité pour le transport de marchandises, moins de problèmes de stationnement (puisque moins de voitures), plus d'espace pour les résidences et les services de proximité, plus d'achalandage de CONSOMMATEURS en ville et non de véhicules (qui occupent l'espace urbain inutilement, sans dépenser ce que dépensent quatre personnes - et l'on sait qu'il n'y a souvent qu'un passager par voiture, à savoir le conducteur).

  • François Dugal - Inscrit 10 novembre 2010 12 h 11

    Cote-part

    Quelle est la cote-part de la Mafia dans ce contrat?

  • 54lili - Inscrit 10 novembre 2010 18 h 50

    @Francois Dugal

    encore une fois, vous m'enlevez mes mots, faudrait demandé des droits d'auteur sur les commentaires maintenant (une blague)

    d'après moi, ce serait environ 35%