Prêtres pédophiles - Demi-victoire

Comme ailleurs au Canada, il ne suffira peut-être plus à l'Église et à des curés pédophiles de brandir ici le seul argument du délai de prescription périmé pour étouffer au civil une affaire d'agression sexuelle avant même qu'elle ne soit plaidée. Il y a là un potentiel de victoire à souligner.

C'est à tout le moins ce que l'on décode dans le jugement rendu hier par la Cour suprême du Canada à propos de l'histoire de Shirley Christensen, cette victime d'agressions sexuelles commises par le prêtre Paul-Henri Lachance, de l'archevêché de Québec, entre 1979 et 1981, alors qu'elle était âgée de 6 à 8 ans.

Il faut parler de possible triomphe, en effet, car la Cour suprême retourne aux tribunaux de première instance une poursuite au civil que ceux-ci avaient d'emblée refusée, jugeant que le temps écoulé entre les agressions sexuelles et la requête de la victime dépassait de loin les trois ans de délai prescrit par le Code civil — ce fameux délai de prescription. Le jugement d'hier ouvre la porte à cette poursuite en dommages et intérêts de 250 000 $ intentée en vain par Mme Christensen en 2007 contre le curé Lachance et l'Archevêché de Québec.

Pour les victimes de prêtres pédophiles, ce pourrait être le début d'une nouvelle dynamique judiciaire, principalement axée autour du délai de prescription. Ailleurs au Canada, on a accepté un précieux principe, selon lequel dans des histoires d'agressions sexuelles sur des enfants, il est tout à fait plausible que la victime prenne conscience du traumatisme subi une fois adulte seulement, longtemps après les faits allégués. C'est précisément ce qui est arrivé à la victime du curé Lachance en 2006.

L'ouverture manifestée hier par le ministre de la Justice Jean-Marc Fournier constitue également un espoir pour les victimes. Jugeant la «situation préoccupante», il se dit «ouvert» à modifier le Code civil, qui statue sur le délai de prescription. D'autres provinces l'ont fait bien avant le Québec. Ce signe politique est encourageant.

Le mutisme de l'Église quant au jugement d'hier est toutefois choquant. La politique du «pas de commentaires» appliquée par l'Archevêché de Québec est navrante, mais symptomatique d'un désintéressement généralisé. Dans cette cause, n'est-ce pas l'Église qui avait suggéré que la victime devrait plutôt poursuivre ses parents pour n'avoir rien fait alors que c'était encore le temps? Odieux retournement des choses.

Il y a depuis quelque temps tout un tumulte international autour des sévices sexuels commis par des prêtres — se tient d'ailleurs cette fin de semaine à Rome un rassemblement de ces victimes, qui souhaitent faire des agressions sexuelles commises contre les enfants un crime contre l'humanité.

Le Québec, qui compte malheureusement son lot de victimes agressées et de prêtres agresseurs, ne devrait pas se démarquer avec des règles juridiques qui donnent beau jeu aux agresseurs, prolongeant la souffrance des victimes.
5 commentaires
  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 30 octobre 2010 12 h 35

    Et les autres pédophiles?

    C'est un bon jugement qui vient d'être rendu. Ainsi, les victimes pourront poursuivre, lorqu'elles auront pris conscience de leurs agressions, les prédateurs toujours en liberté. Mais cet article laisse croire qu'il s'agit d'une question concernant spécifiquement l'Eglise catholique et ses prêtres... Alors que, par exemple, les accusations de pédophilie chez les professeurs d'éducation physique est beaucoup plus élevée que les religieux...

    Ce qui pose la question de l'objectivité et de l'honnêteté de la couverture journalistique. Que cherche-t-on? Rendre justice aux victimes d'agressions sexuelles, ou bien attaquer et tenter de démolir les institutions religieuses par haine personnelle et obsession religieuse? Je n'ai pas vu encore, parce qu'il y a eu beaucoup de cas d'agressions sur les enfants par des éducateurs physiques, de revendications contre les associations représentant les professeurs d'éducation physique du Québec. Cela serait ridicule et malhonnête. Tout comme le sont les attaques contre l'institution de l'Église pour lui faire payer les agissement de religieux déjà accusés devant les tribunaux. On le voit, L'Église seule comme institution est attaquée comme responsable des crimes commis par des particuliers. Et ce traitement différent de celui réservé à toute les autres institutions ne relève pas d'un esprit de justice, ni même, on peut se poser la question, d'un souci légitime et réel pour les victimes d'agressions sexuelles.

  • Michel Gaudette - Inscrit 30 octobre 2010 14 h 13

    A J L Lafitte : bonne nouvelle que l'autorité civile soumette enfin une Église romaine qui a toujours voulu depuis des siècles soumettre cette autorité civile à son pouvoir...

    Vous parlez comme si l'Église était victime.

    Non, nous sommes en présence d'une immense machine appelée Église romaine , avec de grands moyens et avec tout un immense réseau d'institutions et de personnes parmi lesquelles se retrouvent un pourcentage de prêtres pédophiles que les autorités catholiques ont souvent déplacés de pays en pays, de diocèses en diocèses lorsque pris sur le fait...

    Je me réjouis que l'autorité civile en arrive à mettre au pas le clergé romain catholique !!! Ce clergé hautain incapable de s'amender réellement...

    Ceci nest une véritable victoire face à une Église méprisant qui a toujours voulu depuis des siècles soumettre l'autorité civile à ses prérogatives...

  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 30 octobre 2010 23 h 01

    A M. GAUDETTE : MERCI D'AVOIR SI BIEN ILLUSTRÉ MES PROPOS

    Comme je le disais précédemment : deux poids, deux mesures. Je n'ai pas lu beaucoup de textes indignés que Roman Polanski n'ait jamais subi son procès.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 31 octobre 2010 09 h 44

    Le temps règle parfois si bien les choses...

    Nous retrouvons la pédophilie dans tous les milieux et probablement dans toutes les sociétés humaines: ce n'est donc pas uniquement l'affaire de l'Église catholique et nous en saurions protéger les jeunes enfants en s'attaquant seulement à celle-ci. Une société dispose de plusieurs moyens pour protéger ses enfants, leur indemnisation judiciairement forcée en étant un, mais encore faut-il que les victimes se manifestent et réclament justice! Le malheur veut que les autorités ecclésiastiques québécoises repoussent dans le temps le problème de l'indemnisation des victimes. Ainsi, elles espèrent que les agresseurs et complices souffriront de démence sénile ou mourront avant d'être confrontés avec leurs actes, autorisant ainsi un tribunal à rejeter une poursuite civile pour perte du droit constitutionnel à une défense juste et équitable. De plus, les victimes entraîneront elles aussi leurs secrets dans la tombe...
    Plus fondamentalement, les autorités ecclésiastiques actuelles ne voient pas ces personnes comme étant des victimes. Par contre, elles connaissent leurs agresseurs et ce sont souvent de bons amis. Elles auront alors tendance à injustement se déresponsabiliser civilement ainsi. «Les agresseurs et les institutions charitables qui les habritaient n'ont-elles pas elles aussi également fait beaucoup de bien à ces victimes et à l'ensemble de la société civile les abritant ! Alors pourquoi faudrait-il aider ces victimes à remonter le temps et obtenir ainsi plus d'argent pour elles-mêmes. L'Église n'a-t-elle pas besoin de cet argent et de sa bonne réputation pour rencontrer des besoins autrement plus essentiels et spirituels!»


    se servent de la «prescription» pour refuser d'indemniser toute victime: ainsi, elles conservent non seulement leurs «sous", mais aussi et surtout leur image, autant celle de l'institution que celle des prêtres pédophiles et l'image de centaines d

  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 31 octobre 2010 18 h 32

    Pardon???

    M. Lusignan,

    Je reprends votre commentaire : "Le malheur veut que les autorités ecclésiastiques québécoises repoussent dans le temps le problème de l'indemnisation des victimes. Ainsi, elles espèrent que les agresseurs et complices souffriront de démence sénile ou mourront avant d'être confrontés avec leurs actes, autorisant ainsi un tribunal à rejeter une poursuite civile pour perte du droit constitutionnel à une défense juste et équitable. De plus, les victimes entraîneront elles aussi leurs secrets dans la tombe...
    Plus fondamentalement, les autorités ecclésiastiques actuelles ne voient pas ces personnes comme étant des victimes. "

    Ce sont des accusations graves, des procès d'intentions, que vous ne pouvez pas justifier. Du Cardinal Turcotte au pape Benoit XVI, les autorités ecclésiastiques actuelles, pour reprendre votre expression, ont développés des procédures sévères pour protéger les victimes et remettre le plus rapidement possible les personnes fautives au bras séculier, à la justice civile. Votre assertion ne repose pas sur la réalité.