Élèves en difficulté - Socio 101

Un cancre! Selon un bulletin comparant les différents systèmes scolaires du Canada, le Québec fait figure de véritable cancre dans sa manière d'encadrer à l'école les enfants souffrant d'un trouble de déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité — le célèbre TDAH.

Il n'y a rien de bien renversant dans cet «échec» du Québec compte tenu de la zizanie associée au dossier des élèves en difficulté. Le bulletin provincial 2010 produit cette semaine par le CADDAC (Center for ADD/ADHD Advocacy) conclut que le système scolaire québécois échappe nombre de ces enfants, les perdant dans un fourre-tout d'«élèves à risque» dont certains bénéficient de plans d'intervention — la clé du soutien — et d'autres pas.

Cette mauvaise note tombe tout juste après une Rencontre nationale des partenaires de l'éducation centrée sur l'épineux problème des élèves en difficulté. Jouant l'audace, du moins dans le discours, la nouvelle ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a promis qu'elle était prête à «déranger et bousculer» afin de mettre un brin d'ordre dans ce coûteux fouillis. Tout le monde attendra impatiemment que les gestes suivent la parole.

Le TDAH est un trouble neurologique. Mais nombreux sont encore les enfants qui en souffrent sans autre étiquette que celle de fauteurs de trouble — on estime qu'il y aurait de un à trois de ces enfants dans chaque classe. Sans identification et soutien approprié, c'est amplement de quoi déranger le déroulement d'un cours et épuiser l'enseignant.

Dans un numéro spécial portant sur les enfants (Enfants, ce que la science révèle, août-septembre 2010), le magazine Québec Science pointe l'un des effets possibles de l'augmentation «vertigineuse du nombre d'écoliers présentant des problèmes attentionnels depuis 20 ans». Outre la composante génétique, l'environnement contribuerait à amplifier le problème, plus précisément l'omniprésence des écrans dans la vie des enfants, et ce, avant même qu'ils célèbrent leurs trois ans!

Des chercheurs ont analysé l'effet sur le cerveau d'une surabondance de stimuli liés à la télévision et l'ordinateur en bas âge. Leur verdict est... troublant. Cela nuirait à l'acquisition du langage et au développement psychomoteur, au point où la France diffuse depuis 2008 un message d'avertissement sur les effets néfastes des chaînes télé destinées aux tout-petits. Le Québec n'a pas franchi ce pas.

L'univers des enfants d'aujourd'hui — bébés flanqués devant la télé, enfants adeptes des consoles vidéo, ados boulimiques de réseaux sociaux — n'est pas sans conséquence sur le type d'élèves qui se retrouve aujourd'hui en classe. Cela influe sur leur capacité de concentration et provoque des manifestations d'impulsivité qui, forcément, dérangent. Ultimement, le fourre-tout des enfants problèmes gonfle sans cesse. Dans l'éventualité où un nouveau modèle d'intégration serait pensé au Québec, ces données sociologiques devraient en constituer une des bases.

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machouinard@ledevoir.com

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