Potash Corp. - Un pays à vendre ?

Peu de Québécois suivent le feuilleton qui met en scène le gouvernement Harper et celui de la Saskatchewan dans la tentative de prise de contrôle d'une importante société minière canadienne, Potash Corp., par le géant australien BHP Billiton. Pourtant, voilà un autre exemple du risque qui guette ce pays de ressources en ces temps de mondialisation exacerbée des échanges.

Potash Corp. est une société d'exploitation de la potasse, ce minerai rare qui entre dans la composition des engrais. Jadis société d'État, Potash Corp. a été privatisée en 1989 et contrôle aujourd'hui le cinquième des réserves mondiales de potasse.

Depuis quelques semaines, Potash est l'objet d'une tentative de prise de contrôle hostile de la part de BHP, qui a offert 38,6 milliards à ses actionnaires. Malgré ce chiffre impressionnant, plusieurs d'entre eux considèrent que l'offre est largement insuffisante compte tenu du potentiel de valorisation de l'action dans le contexte prévisible d'accroissement exponentiel de la demande agricole mondiale. Descendue sous la barre des 50 $ pendant la récession, l'action de Potash Corp. se négocie maintenant autour de 142 $, soit plus que les 130 $ offerts par BHP, mais beaucoup moins que le plafond de 239,50 $ atteint en juin 2008 et dont plusieurs prévoient qu'il sera largement dépassé d'ici quelques années.

Là ne s'arrête pas l'opposition puisque le gouvernement de la Saskatchewan de Brad Wall est aussi contre cette transaction, qu'il juge inacceptable au plan stratégique pour l'avenir économique de sa province. Le hic, c'est que la décision relève d'Ottawa, qui doit l'annoncer mercredi prochain.

La semaine dernière, le premier ministre Harper a laissé entendre qu'Ottawa n'opposerait pas son veto puisque la majorité des actionnaires de Potash Corp. est déjà étrangère et que 9 de ses hauts dirigeants sur 15, dont le président, sont des Américains qui travaillent de Chicago. Mais le gouvernement de la Saskatchewan n'en démord pas: Potash doit rester une société canadienne.

Devant une telle détermination de la part d'un allié politique, les ministres fédéraux Tony Clement (Industrie) et Bill Boyd (Énergie et Ressources) se sont montrés plus nuancés que leur chef au cours des derniers jours. Après tout, même si le Canada conservateur se veut ouvert aux investissements étrangers et qu'il faut tenir compte du fait que l'Australie vient elle-même d'autoriser la prise de contrôle de deux sociétés nationales par des intérêts canadiens, 13 des 14 députés fédéraux de la Saskatchewan sont des conservateurs qui tiennent à leur siège!

Après la colère du Terre-Neuvien Danny Williams, qui a nationalisé les actifs hydroélectriques d'AbitibiBowater lorsque celle-ci a fermé son usine, en 2008 — un geste qui a coûté 130 millions en pénalités à Ottawa —, c'est donc au tour du gouvernement de droite de Brad Wall de faire preuve de nationalisme économique. Imaginez la réaction de Bay Street et du Canada anglais si le gouvernement du Québec avait adopté le même comportement lors de la vente d'Alcan et de Domtar à des intérêts étrangers!

Le Québec et le Canada sont des nations commerciales qui doivent entretenir des relations ouvertes avec leurs partenaires, cela s'entend. Il en va différemment lorsqu'il est question du contrôle et de l'exploitation des ressources naturelles qui appartiennent autant aux futures générations qu'à la nôtre. Après tout, libre-échange n'est pas synonyme de bonne poire!
4 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 29 octobre 2010 10 h 17

    Je ne vous suis plus

    Un gros pourcentage de l'économie canadienne, y compris dans le pétrole et les mines, est détenu par des étrangers. Et par ailleurs, des entreprises canadiennes ou québécoises possèdent des avoirs à l'étranger, et veulent garder l'opportunité d'en acquérir d'autres. Alors pourquoi ce sursaut chauviniste quand on parle des mines de potasse de la Saskatchewan -- qui, en passant, n'a rien à foutre du Québec. La mondialisation, si on est pour, ça marche dans les deux sens. Est-ce qu'on n'était pas fier quand Bombardier a acquis une avionnerie en Irlande du Nord et des fabricants de locomotives en Alllemagne?

  • Pierre-E. Paradis - Inscrit 29 octobre 2010 11 h 46

    La mondialisation achève le Canada

    Le marché intérieur canadien n'a jamais été très significatif, et existe de moins en moins.

    La mondialisation et l'ALENA sont en train d'achever ce grand rêve d'unité bâti le long d'un chemin de fer.

    Mis à part la capacité coercitive de prélever des impôts et emprisonner des manifestants, à quoi se résume le Canada? Ce pays n'a même plus de politique étrangère indépendante ou cohérente.

    Si les gens ne font pas commerce entre eux, et n'appartiennent pas au même espace culturel, que font-ils ensemble?

    Ce n'est pas avec les « légendes » (sic) du hockey, Tim Hortons et des relents monarchistes que ce pays va survivre. Alors si la mort est inévitable, finissons-en au plus sacrant.

  • France Marcotte - Inscrite 29 octobre 2010 17 h 39

    Pas sorcier

    M.Sansfaçon fait ici une distinction entre les échanges commerciaux en général et ceux relatifs à l'exploitation des ressources naturelles de ce pays "qui appartiennent autant aux futures générations qu'à la nôtre". Différent des avions et des locomotives M.Terreault. "Un gros pourcentage de l'économie canadienne, y compris dans le pétrole et les mines, est détenu par des étrangers", dites-vous. C'est justement ça qui doit cesser.

  • Jean-Michel Carrier - Inscrit 29 octobre 2010 21 h 50

    La potasse, stratégique ou pas ?

    La potasse est une ressource épuisable et à ce titre, nous devrions l'exploiter comme le pétrole, mais à la façon norvégienne! À court terme, c'est une ressource stratégique pour nourrir une planète de plus en plus populeuse (on copule comme des lapins que voulez-vous). Mais attention, lorsqu'elle sera épuisée, qu'aurons-nous comme fertilisant de remplacement ? En ce sens, la tactique la plus brillante serait d'instaurer une taxe sur la potasse (et toute autre exploitation de ressources d'ailleurs). Je vous garantie qu'après cela l'intérêt pour Potash diminuera et nous conserverons le contrôle de la ressource. Éventuellement, on pourra accepter la vente de Potash. Mais seulement une fois que nous aurons constituer un fonds souverain digne de ce nom (à l'image de la Norvège)...

    Je suis un idéaliste je crains bien.