Le rapport de Transparency International - Le corrupteur

À cette époque de l'année, et depuis des années, l'ONG allemande Transparency International dévoile les résultats toujours violents de l'étude qu'elle consacre à la corruption dans le monde. Sa dernière édition est à l'image des précédentes: déprimante. Voire davantage, car si l'on a bien lu les chiffres, le fléau va augmentant. Qu'on y songe: les trois quarts des 178 pays étudiés sont considérés comme très corrompus.

Les derniers de la classe sont bien évidemment les pays en guerre: l'Afghanistan, la Somalie et l'Irak, qui n'est pas encore tout à fait pacifié. Les premiers? Les petites nations, géographiquement parlant, que sont le Danemark, la Nouvelle-Zélande et Singapour. Si des progrès ont été constatés, on pense notamment à Haïti, des reculs ont été observés.

On a retenu les noms de trois de ces derniers parce que situés en Europe, où les règles dites de gouvernance sont censées être mieux respectées. Toujours est-il que la Grèce figure au 3e rang des États au sein desquels cette gangrène a le plus progressé, devant la Hongrie et l'Italie. Ce dernier a ceci de particulièrement intéressant qu'il permet de poser la question suivante: pourquoi la corruption légale n'est-elle pas prise en compte?

Tout un chacun sait que les activités mafieuses occupent une place prépondérante dans la confection du PIB. On sait aussi qu'en Italie, comme ailleurs en Europe, des fonctionnaires perçoivent des pots-de-vin, quand ils ne ferment pas les yeux sur les entorses faites à la justice. Mais qu'en est-il de ces élus qui votent des lois permettant à tel groupe d'intérêts d'avoir la mainmise sur telle ou telle activité?

Dans une analyse du sujet, Daniel Kaufman du Brookings Institution rappelle que si la corruption est effectivement répandue en Afrique ou en Asie, elle l'est davantage qu'on le croit en Amérique du Nord ou en Europe. Reprenons son exemple des prêteurs hypothécaires Freddie Mac et Fannie Mae. Kaufman raconte qu'après avoir dépensé des milliers et des milliers de dollars en lobbying, des mandarins de la fonction publique ainsi que des membres du Congrès ont changé les balises juridiques qui obligeaient ces entreprises à avoir des coffres mieux garnis. Celui ou celle qui a usé de son pouvoir à l'avantage de Freddie et Fannie n'est-il pas aussi coupable de corruption que le fonctionnaire italien?

Si Transparency International prenait en considération la corruption légale, les États-Unis, selon son analyse, occuperaient le 53e rang et non le 22e, comme c'est le cas dans le tableau de l'ONG allemande. Cela permettrait en tout cas de gommer un certain nombre de vices, de soustraire bien des incongruités. Que la Suisse, le Luxembourg et autres paradis fiscaux, donc artisans de la corruption internationale, figurent en bonne place est tout simplement indécent. Oui, l'Ouganda, la Chine et bien d'autres sont aux prises avec cela. Mais la Suisse et compagnie le sont tout autant. Point!
2 commentaires
  • Yves Nadeau - Abonné 27 octobre 2010 02 h 04

    Corruption légale

    Merci d'avoir choisi une définition plus large de la 'corruption': cette définition devrait inviter à la réflexion et j'ose espérer qu'on sera plus critique face à notre mode de financement des partis politiques. Le principe était fort louable au départ, mais la pratique l'a... corrompu.

    Il ne reste plus qu'à espérer qu'on cessera d'utiliser 'éthique' pour parler de 'déontologie'. Car si un certain premier ministre avait un grand sens de l'éthique, il ne serait pas nécessaire d'attendre la présentation d'un projet de loi relatif à la déontologie pour qu'il cesse de toucher son 'salaire d'appoint'. Puisqu'on verse une somme d'argent au chef du gouvernement, devrait-on parler ici d'une affaire de corruption? À moins de la corruption n'ait une définition à géométrie variable... selon les lattitudes!

  • oracle - Inscrit 27 octobre 2010 07 h 21

    L'argent et le sexe !

    De quoi devrait-on s'étonner dans un univers où l'argent et le sexe sont devenus les "valeurs" suprêmes, aux dépens du savoir ?

    Pierre-Michel Sajous