Francophonie - D'abord la langue

À chacun de ses sommets se pose invariablement la question de la pertinence de la Francophonie. À Montreux, treizième de ces grands-messes, nous avons eu droit à un début de réponse. Dans cet espace culturel, la défense de la langue française semble pouvoir devenir enfin une préoccupation de premier plan. Les consensus restent toutefois à faire quant aux gestes à accomplir.

Ce début de réponse est venu, faut-il s'en surprendre, du Québec qui a proposé la tenue en 2012 d'un forum mondial de la langue française, forum qui se répétera périodiquement pour nourrir la réflexion et les actions des pays et gouvernements membres de la Francophonie. Depuis 40 ans que celle-ci existe sous une forme institutionnelle, ce n'est que la deuxième fois qu'on s'arrête à débattre de l'avenir de la langue française.

Il faut bien sûr souligner l'ironie de la situation. Le premier ministre Jean Charest a fait cette proposition tout juste cinq jours après avoir voté à l'Assemblée nationale la loi 115 sur les écoles passerelles. Proposition appuyée d'ailleurs par la France dont le président n'était cependant pas présent à Montreux au moment de son adoption. Nicolas Sarkozy n'y a fait qu'un saut, se faisant représenter non pas par son premier ministre, mais par l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui est son représentant personnel pour les questions de la francophonie. Ici aussi se trouve une forme d'ironie dont le comble durant ce sommet est toutefois allé à la Suisse avec sa proposition d'un réseau francophone d'ingénieurs dirigé par une école de Lausanne qui enseigne... en anglais son programme de «master».

La volonté de placer la promotion du français au «coeur des missions de la Francophonie» est sincèrement partagée, croyons-le, par tous les pays membres. Par contre, souvent leurs politiques contredisent le message que l'on tente d'envoyer au reste de la planète quant à la valeur de la langue et de la culture françaises. Que comprendre lorsque des porte-parole de la France privilégient l'anglais pour communiquer dans des instances internationales ou lorsque de grandes institutions d'enseignement choisissent l'anglais comme langue de formation?

L'attitude de la France n'est pas exempte d'ambiguïté. Elle plaide pour l'ouverture aux autres langues et aux autres cultures, en particulier à l'anglais. Son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, écrivait la semaine dernière que «l'heure n'est plus aux combats d'arrière-garde», affirmant qu'il est important que l'Afrique francophone, dont on dit pourtant qu'elle est l'avenir de la francophonie, parle aussi anglais, et réciproquement.

L'ambiguïté tient à la capacité de domination de l'anglais, qui est en train de pervertir le français sur le territoire même de la France. Comme en réplique à Bernard Kouchner, le chroniqueur Jacques Julliard écrivait pour sa part dans Le Nouvel Observateur la semaine dernière qu'on est en train d'assassiner la langue française. Celle-ci est «humiliée, ridiculisée, violée à tous les carrefours, réduite à l'état de petit nègre! [...] Par ceux-là mêmes dont la fonction serait de la défendre et de l'illustrer». Heureux de le lire cette fois sous une plume française.

Le Québec et les Québécois ne sont pas exempts de reproches en matière de langue. Mais ils attendent de la France, qui demeure le coeur de la francophonie, un engagement exemplaire. Autrement, l'espace culturel que veut être celle-ci perdra sa raison d'être. À suivre lors de ce forum mondial qu'accueillera le Québec en 2012.
19 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 26 octobre 2010 02 h 17

    L'avenir du français ne se joue pas qu'au Québec.

    Jean Charest, grâce à son inktiative, fera peut-être la preuve que la vitalité et la progression de la langue française, dans le monde, seront mieux servies par des efforts et des initiatives concertées de l'ensemble de la communauté francophone que par des lois nationales.

  • Catherine Paquet - Abonnée 26 octobre 2010 02 h 21

    Intéressante coincidence.

    La prochaine élection générale, au Québec, devrait avoir lieu en 2012. Probablement peu de temps après la tenue du forum mondial de la langue française dans la Capitale nationale.

  • Y. Morissette - Inscrite 26 octobre 2010 03 h 20

    Le Québec : le pays qui défend le mieux la langue française.

    Bravo le Québec pour sa proposition d'un forum sur la langue française. Cela ne m'étonne pas du tout que cette initiative vienne d'un pays aussi énergique que le Québec. J'observe tous les jours que la France défend mal sa langue. Le chroniqueur Jacques Julliard affirme une triste vérité en reconnaissant que son pays est en train d'assassiner sa langue par bifurcation déplacée et opportuniste vers l'anglais. Ce maudit monopole de l'Anglais partout en Europe. Même Kouchner va dans ce sens au 13e somment de Montreux en Suisse.Cela devient un désastre au niveau de l'Europe et de la Planète entière. Les Québécois sont admirables de résister fièrement à cette anglicisation de la planète. Les scientifiques ici en France se croient obligés de publier d'abord leurs articles en anglais pour raison de rayonnement international !!! (américain, devrait-on dire ... !!!!).
    Où va-t-on ??? Que fait-on des possibilités techniques et informatiques de la traduction instantanée ??? Nous sommes actuellement dans un monde où des écoliers et des étudiants ne savent même plus écrire correctement le français ou tout autre langue maternelle.. Et des responsables ont le culot de demander à ces jeunes de maîtriser l'anglais, voire même plusieurs langues. Fausse Utopie que tout cela comme celle de la mondialisation que l'on mêle à toutes les sauces.

  • Y. Morissette - Inscrite 26 octobre 2010 03 h 41

    Suite : Québec: le pays qui défend le mieux la langue française.

    Que l'on sache une fois pour toutes que le fait de parler plusieurs langues, dont en priorité l'Anglais, ne suppose surtout pas qu'un locuteur les maîtrise toutes d'une manière égale. La langue maternelle finit toujours par avoir une place pivilégiée, ce qui reste normal. Maîtriser une langue dans toutes ses subtilités, cela ne se fait que si on a la possibilité de la pratiquer tous les jours, et de l'écrire devrais-je ajouter. Ceux qui se vantent de parler plusieurs langues oublient de préciser qu'ils le font généralement de manière superficielle. Et pour diverses raisons, on ferait mieux d'apprendre à nos jeunes à manger correctement et à faire du sport. Cette Domination Ecoeurante de l'Anglais a pour effet scandaleux d'appauvrir le paysage linguistique de la planète : combien de langues meurent tous les ans ? Hors du Mamouth Monopolisateur de l'Anglais, il doit s'implanter la diversité de plusieurs langues aussi belle et riches que le Russe, l'Espagnol, le Suédois, l'Arabe, le Grec, le Chinois... c'est tout ça la richesse d'un vrai paysage linguistique. Qu'on en finisse une fois pour toutes avec cette suprématie assommante de l'Anglais. Y en a marre de cette BETISE ENORME à laquelle contribue Charest avec sa loi 115.

  • Normand Carrier - Inscrit 26 octobre 2010 06 h 42

    Bon a l'extérieur et pourri chez lui ......

    Nous avons tous noté que Jean Charest a l'air d'un champion lorsqu'il est a l'extérieur du pays mais se comporte comme un molusque lorsque c'est le temps de protéger la langue et la culture francaise dans son propre pays ...... Faudrait qu'il demeure en permanence a l'extérieur .......