Privatisation de la guerre - Fin de monopole

Parmi les documents secrets que le site WikiLeaks vient de divulguer, il en existe un qui mérite une attention d'autant plus soutenue qu'il illustre, beaucoup d'exemples à l'appui, les ravages portant l'empreinte exclusive des mercenaires et donc du défi qu'ils posent à la démocratie. Il s'agit de la privatisation de la guerre. Il s'agit de ces entreprises qui, étant habitées par le strict intérêt financier, ont fait du chaos, sur le champ de bataille s'entend, un élément clé de leur actif, au sens le plus économique du terme.

Il y a quarante ans de cela, dans un discours désormais célèbre parce qu'en partie prophétique, le président Dwight Eisenhower — un républicain! — quitta sa fonction en formulant une mise en garde: «Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu'elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d'une désastreuse ascension d'un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques.»

À cause d'un républicain, George Bush Jr, la crainte d'Eisenhower est devenue une réalité. L'addition des pouvoirs accordés par l'administration précédente aux dizaines d'entreprises, à la faveur des guerres en Afghanistan et en Irak, peut être qualifiée de «désastreuse ascension d'un pouvoir illégitime.» Illégitime, jugée très violente par les... militaires «officiels» et contre-productive.

En effet, les informations publiées par WikiLeaks révèlent que les sociétés Blackwater, Custer Battles, DynCorp International et consorts ont toutes multiplié les erreurs, allant parfois jusqu'à tuer des soldats de la coalition sans oublier évidemment des milliers de civils, sans jamais être véritablement inquiétées. L'origine de ce vice? La quasi-impunité que l'ex-patron du Pentagone Donald Rumsfeld leur a allouée avec la bénédiction légale, si l'on ose dire, du ministère de la Justice.

Eh oui... Contrairement aux personnes sous les drapeaux, les mercenaires engagés par les compagnies ne sont pas «imputables» ou si peu. En fait, pour bien s'assurer qu'elles ne seraient pas ennuyées par l'État américain, ces entreprises américaines ont pris soin d'engager des étrangers, avec une prédilection pour les Chiliens et les Sud-Africains. Quid de l'état-major de la coalition: comment coordonner telle ou telle action avec des gens ayant suivi une formation différente de celle dispensée aux Américains?

Dans le cas de Blackwater, fondée par des partisans farouches du Parti républicain et de la chrétienté, sa direction est allée jusqu'à se livrer à l'exportation illégale d'armes en Afghanistan et en Irak. Dans le cas de Custer Battles, ses patrons ont multiplié les fraudes en gonflant le nombre de salariés à des fins que l'on devine. etc. Le pire, c'est que l'actuel président ne semble pas enclin à étouffer le danger évoqué par son lointain prédécesseur.
2 commentaires
  • oracle - Inscrit 26 octobre 2010 07 h 23

    "Le monde est fou".

    On pourrait expliquer, sans jamais les justifier, les atrocités commises pendant une guerre, au nom du patriotisme ou autres motivations. Par contre, juste à interroger les mobiles d'un mercenaire, nous comprendrons qu'il ne peut avoir la capacité de digérer les Conventions de Genève, encore moins de s'émouvoir devant le Tribunal Pénal International
    Belligérants de tous les pays unissez-vous derrière vos mercenaires pour travestir vos responsabilités. Les chefs d'armée, autrefois si "fiers de leurs régiments", seraient-ils devenus de simples patrons de maffia ?

    Pierre-Michel Sajous

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 26 octobre 2010 21 h 58

    Cinquante et non quarante

    Eisenhower, c'était il y a 50 ans. Petite erreur!