Dossier de santé du Québec - Coquille vide

En 2006, on parlait de ce projet d'informatisation des dossiers des patients dans l'ensemble du réseau québécois comme de l'élément indispensable à une réforme de la santé. Les médecins jurent qu'avec cette pièce maîtresse, qui colligerait les résultats d'examens, notes médicales et profil pharmacologique d'un patient dans un même canal, ils réussiraient à augmenter de 20 % leurs consultations. Cela correspond exactement au pourcentage de Québécois espérant toujours le luxe d'un médecin de famille.

Ils devront toutefois encore rêver. L'avènement du DSQ, prévu pour 2010, est maintenant reporté à 2015. À trois reprises, le vérificateur général du Québec a analysé ce coûteux projet; chaque fois, les critiques furent vives. En mai, il a pointé des problèmes et risques à ce point importants qu'ils «réduisent la probabilité d'atteindre l'objectif initial visé». Tout ça pour rien?

Lors d'un colloque Informatique-Santé organisé cette semaine par l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), la déconvenue informatique du Québec a fait l'objet de nombreux griefs, passant des coûteux retards dans l'échéancier jusqu'à l'absence totale de leadership en haut lieu. L'image utilisée par Lise Denis, directrice générale de l'AQESSS, est éloquente: «Il y a un an, on se demandait s'il y avait un pilote dans l'avion. Aujourd'hui, l'avion n'apparaît même plus sur les écrans radars.»

D'autres provinces, note le vérificateur dans son rapport, ont connu quelques ratés dans l'implantation de ce virage. Mais la prestation du Québec est pitoyable. Soutenu financièrement par Inforoute Santé Canada, le dossier québécois n'a touché à ce jour que le tiers des sommes auxquelles il a droit, car l'organisme fédéral exige de voir des résultats avant de payer. Santé Canada espère avoir implanté cette infostructure dans la moitié du pays en 2011, pour l'étendre partout en 2016. Il faudra un redressement majeur chez nous pour entrer dans cette cible.

Depuis son lancement, quatre directeurs se sont succédé à DSQ. En décembre 2009, Inforoute Santé Canada a proposé un changement de stratégie à Québec, suggérant de financer d'abord les initiatives locales (l'implantation des dossiers patients électroniques dans les cliniques par exemple), dans le but précis de semer un germe sur le terrain, pour passer ensuite à une vision plus globale. La proposition a été refusée, ce qui a interloqué le vérificateur.

La trame de ce fiasco n'est pas banale. Non seulement en raison des enjeux importants qui y sont liés — une meilleure efficacité du réseau de la santé! —, mais aussi à cause de l'ampleur des fonds publics investis, potentiellement en pure perte. Une véritable honte.

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machouinard@ledevoir.com

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