Fonds de recherche - Logique comptable

Les conseils subventionnaires de recherche québécois ont raison de craindre le pire de la logique du comptable, car c'est elle, agrémentée d'un brin d'improvisation, qui commande la fusion qui les attend, sans égard à leur culture et à leur spécificité.

La communauté scientifique s'inquiète à juste titre d'une fusion imminente des conseils d'administration des trois fonds québécois de recherche, passés aux cisailles du dernier budget. En soi, l'exercice de rationalisation des structures publiques n'a rien de mauvais: il a déjà permis d'éliminer des coquilles vides, d'harmoniser certains services et d'engendrer quelques précieuses économies.

Des chercheurs inquiets, passés au Devoir cette semaine, n'en ont d'ailleurs pas contre l'opération elle-même. Ils reconnaissent même les potentiels bienfaits d'une optimisation des ressources et d'une augmentation de la recherche interdisciplinaire. Si seulement ils avaient la certitude que la fusion les y mènera!

Mais voilà. L'union du FRSQ (Fonds de la recherche en santé du Québec), du FQRSC (Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture) et du FQRNT (Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies) a été proposée dans la précipitation, voire l'improvisation. Comme d'autres organismes — on pense à l'abolition pure et simple du Conseil permanent de la jeunesse, par exemple —, ils subiront un charcutage qui n'a été précédé d'aucune analyse. Aucun chiffre. Pas de démonstration savante.

Les chercheurs sont éberlués: ils n'ont même pas été consultés. Ils ont fait valoir leurs positions, mais on n'en a apparemment pas tenu compte. Ils s'étonnent en outre de voir un modèle fructueux passer ainsi dans le tordeur de la rationalisation, d'autant plus que la proposition gouvernementale — nommer un scientifique en chef à la tête du nouveau Fonds unifié et conserver trois directions sectorielles — ne garantit même pas les économies recherchées. Ils craignent que les spécificités des trois fonds de recherche ne soient pas respectées dans un conseil fourre-tout éloigné de la communauté scientifique.

Un brin de consultation aurait peut-être évité cette agitation qui échauffe les esprits. Et permis de trouver une solution mitoyenne favorisant le respect des cultures propres à chaque univers de recherche — pourquoi ne pas maintenir trois conseils d'administration distincts, dans une structure administrative unifiée? On ne brouille pas impunément gouvernance et opérations sans égard aux conséquences, par exemple sur le succès de chacun des fonds. Ils récoltent actuellement tous plus que leur part relative des subventions fédérales.

En même temps qu'il catapulte sans préavis ni justification ce nouveau modèle, Québec prévoit, dans sa Stratégie de recherche et d'innovation, de nouveaux programmes de soutien axés sur la commercialisation des résultats de recherche. Les chercheurs se permettent tous les doutes: le potentiel de commercialisation deviendra-t-il dorénavant le guide suprême? Voilà un lot de confusions qu'une action politique réfléchie permettrait d'effacer.

machouinard@ledevoir.com