Enquête Villanueva - Une affaire de respect

Du respect. De la dignité. Davantage d'éthique dans les rapports entre les policiers et la communauté. Ce n'est pas seulement le souhait formulé par le nouveau chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent; c'est aussi un monumental défi. L'enquête sur la mort de Fredy Villanueva le démontre sans l'ombre d'un doute: il subsiste une immense fracture entre les discours officiels et la zizanie du terrain.

La journée d'hier à l'enquête Villanueva a fourni une autre solide démonstration du fossé qui sépare les voeux solennels et la collaboration que veulent vraiment consentir la Ville

et les policiers. Alors que le coroner André Perreault a — heureusement! — décidé de déposer en preuve les deux incriminants rapports internes du SPVM sur le profilage racial et le «racisme», tant la Ville de Montréal que le Service de police ont continué à discréditer leur contenu.

Le simple fait que ces documents soient restés confidentiels — ce sont Le Devoir et La Presse qui en ont révélé les grandes lignes — est troublant. Le rapport du criminologue Mathieu Charest note une augmentation troublante du nombre de personnes noires «interpellées» par la police dans les quartiers Montréal-Nord (126 %, de 2001 à 2007) et Saint-Michel (91 % au cours de la même période). Il juge cette hausse «alarmante». Le rapport du psychologue Martin Courcy, dans un style impressionniste qui n'en est pas moins percutant, s'est attardé au mode d'interpellation des policiers avec les jeunes du quartier Saint-Michel. Ses observations sont bouleversantes.

Si le chef Marc Parent souhaite réellement faire du respect liant les policiers à la population un axe crucial de son mandat, il ne pourra pas rester indifférent au travail de terrain effectué par M. Courcy. Les jeunes qu'il a rencontrés ont été unanimes: ils souhaitent être respectés. Or, ils ne le sont pas. Ils sont plutôt harcelés, intimidés, provoqués. L'attitude des policiers est malsaine. Elle contribue à envenimer les échanges.

Le psychologue conclut même qu'il s'agit parfois de «racisme pur et simple» plutôt que de profilage racial. Il ne s'étonne pas qu'une telle «marmite» ait explosé, menant à une émeute.

Les avocats de la Ville de Montréal et des policiers objecteront que l'un des rapports porte la mention «brouillon» en page frontispice et que la méthodologie du second n'est pas «scientifique». Il faudra leur rappeler que c'est nul autre que le SPVM qui a commandé ces deux analyses! Produits à la suite des événements tragiques d'août 2008, où une de ces fameuses interpellations a tourné au drame, ils constituent une pièce maîtresse pour mieux comprendre le contexte dans lequel aurait pu se produire le décès de Fredy Villanueva. Leur pertinence est évidente.

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a clairement mandaté le chef du SPVM pour régler cette problématique de profilage racial, dont les communautés noire, latino-américaine mais aussi arabo-musulmane sont notamment les cibles. «Tolérance zéro», a-t-il demandé. Le chef de police souhaite instaurer un nouveau climat basé sur le respect. Ces beaux discours, hélas, ne trouvent aucun écho chez les représentants tant de la Ville que des policiers à l'enquête sur la mort de Fredy Villanueva. Au point où l'on risque de douter bientôt de leur véracité.

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4 commentaires
  • Marc L - Abonné 1 octobre 2010 05 h 30

    En pratique, ça veut dire quoi ?

    C'est beau le respect et le refus du profilage racial, mais suggère-t-on comme solution concrète aux policiers ? En terme de statistiques la criminalité est-elle plus forte dans les communautés ethniques que dans les communautés "de souche" ? Si la réponse est oui, ce serait un peu illusoire de demander aux policiers d'agir de la même façon dans des milieux à risque que dans les quartiers blancs et bourgeois. Quand la rectitude politique rime avec les compressions budgétaires, les chances d'arriver à une solution heureuse sont plutôt faibles. Il m'apparaît essentiel d'être autant capable de nous mettre dans la peau des policiers que dans la peau des jeunes des communautés "de couleur". Si nous sommes capables et à l'aise de de le faire, alors nous tenons peut-être une solution réelle au problème, sinon nos prétendues solutions ne sont que du vent.

  • Marie Mance Vallée - Inscrite 1 octobre 2010 08 h 17

    Trop d'immigrants...

    C'était à prévoir. Intégrer, s'ils le veulent bien, correctement 50 000 nouveaux immigrants par année devient une mission impossible, malgré la bonne volonté des uns et des autres.

    Trop, c'est comme pas assez, dit-on.

  • Michel Chayer - Inscrit 1 octobre 2010 10 h 04

    Le racisme comme moyen de défense


    Les policiers communautaires de Longueuil avec qui j’ai eu à discuter à propos du manque de civisme des communautés culturelles qui occupaient presque l’ensemble des HLM qui étaient voisins de chez-moi m’ont tous unanimement avoués qu’avec ces gens-là ils avaient les mains liés et qu’ils leur fallait impérativement mettre des gants blancs sous risque de plaintes et que donc leurs interventions se limitaient à des arrestations dans ces circonstances.

    De même, la directrice d’alors de l’Office municipale d’habitation abondait dans le même sens, et elle ne s’est pas gênée pour rajouter que l’appel au racisme était un réflexe courant de ses locataires ethniques lorsqu’un litige survenait avec son administration.

  • Nelson - Inscrit 13 octobre 2010 13 h 23

    IMMIGRANTS MAL CHOISIS = CHÔMAGE ÉLEVÉ = PAUVRETÉ = DELINQUANCE ÉLÉVÉ.

    Étant donné le niveau de chômage très élevé à Montréal-Nord et St-Michel, il faut des interventions massives avec beaucoup des ressources pour aider au moins à une partie à sortir de la marginalité et l'incapacité de s'intégrer au marché du travail.

    Si nous acceptons des immigrants très fragiles provenant des pays fragiles, il faut les réadapter, les former, les alphabétiser, les apprendre à travailler, les prendre en charge comme des jeunes enfants, par-ce que c'est ça ce qu'ils sont.

    L'immigration fédéral et provincial devraient se remettre en question.