Stade olympique - Plus qu'un toit

Ils ont raison de rager ces contribuables qui viennent de se rendre compte que leur gouvernement va consacrer entre 200 et 300 millions de dollars pour apaiser la colère des dieux du stade frustrés depuis la déchirure de leur toit, en 1999!

Dévoilée officiellement en 1972, la maquette du Stade olympique de Montréal n'a jamais pu voir le jour dans sa forme originale. On a accusé l'architecte Taillibert d'avoir imaginé un concept de toit rétractable incompatible avec nos hivers et, jusqu'ici, aucune firme de génie n'a réussi à corriger l'erreur.

Cela étant admis, malgré sa réputation méritée d'éléphant blanc, le stade Taillibert s'est imposé avec le temps comme une oeuvre architecturale d'envergure mondiale. Si l'idée de le transformer en pot de fleurs ou de le démolir purement et simplement a traversé l'esprit de tous les Québécois, le projet récent de toit rétractable conçu par l'ingénieux François Delaney a fait renaître l'espoir d'ajouter enfin une vocation utile à ce coûteux décor touristique. Surtout si sa réalisation par le consortium Dessau-EllisDon coûte moins cher qu'un toit fixe en acier.

Mais ici s'arrête l'enthousiasme, car bien des obstacles se dressent encore entre le rêve du maire mégalomane et la réalité 2010. D'abord, les firmes de génie: Dessau est une grande entreprise, mais c'est aussi celle qui est impliquée dans le cafouillage des compteurs d'eau de Montréal, celle qui a donné un job à Frank Zampino peu après avoir décroché ce contrat. Depuis que les médias se sont intéressés au milieu de la construction, le nom de Dessau est revenu dans l'actualité plus souvent qu'à son tour. Peut-on faire confiance à des gens pour qui l'éthique n'est qu'une variable parmi d'autres dans une équation financière?

Puis, il y a le concept lui-même: c'est la troisième fois que des ingénieurs nous annoncent un projet définitif pour le stade. À ce jour, aucun n'a tenu ses promesses. Comment être certain que cette fois sera la bonne?

Mais la principale question, celle qu'on ne peut pas esquiver malgré l'évidente nécessité de trouver une solution, est de savoir ce qu'on fera du stade une fois qu'il sera recouvert d'un nouveau toit. Chaque année, Québec doit verser 20 millions de dollars à la RIO, soit presque autant que ses revenus autonomes. Même à l'époque des Expos, le stade était déficitaire. La tenue d'activités tout au long de l'année réduirait certainement les besoins en subventions, mais elle ne les éliminerait pas pour autant.

Ce n'est donc pas tant une commission parlementaire à saveur partisane qu'il faut pour rentabiliser le stade, encore moins une «vente de feu» au secteur privé qui s'empresserait d'exiger qu'on couvre ses déficits et sa marge de profit, que d'une réflexion plus large mettant à contribution les acteurs des industries culturelles, sportives et touristiques du Québec. Le stade existe, nous n'y pouvons rien! Autant consacrer nos énergies à chercher des solutions nouvelles pour le rentabiliser.

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j-rsansfacon@ledevoir.com
8 commentaires
  • Jacques Lafond - Inscrit 28 septembre 2010 03 h 21

    Oui on l'aura notre beau stade dans notre beau Québec

    Monsieur Sansfaçon. Je ne peux pas croire que dans votre article vous arrivez encore avec le bateau de Tony et encore avec une suggestion pour d’autre études et concertations. Vous ne trouvez pas que votre article est plus usé que le stade olympique lui-même ? Peut-on parler d’autres choses au Québec que de corruption et d’études ? Peut-on réaliser au Québec qu’il n’est pas corrompu de construire des choses et qu’il est normal que des gens qui construisent des choses fassent de l’argent. Oui, de l’agent. Ce n’est pas beau ça, hein; de l’argent…

    Montréal aura bientôt un toit rétractable et le stade olympique deviendra ce qu'il est réellement, c'est à dire un monument architectural exceptionnel et une fierté pour tous les montréalais et québécois.

    Oui, on est capable. Oui, on l'aura notre stade olympique avec toit rétractable. Et oui on sera fier. Et oui, on sera grand en enviable. Et oui, toute la planète viendra visiter notre fantastique pays. Et oui, on parlera en français.

    lafond.overtome@gmail.com

    JL

  • Georges Allaire - Inscrit 28 septembre 2010 03 h 23

    Une leçon d'antiquité

    Le stade existe. Nous y pouvons quelque chose: l'oblitérer.

    Autrement, pour ceux qui adorent les vestiges imposant, nous pouvons toujours lui donner la reconnaissance des lieux historiques: lui permettre de tomber en ruines et le vénérer comme l'Acropole d'Athènes. Qu'il aille reposer parmi les valeurs intemporelles plutôt que d'en faire le voleur des besoins actuels.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 28 septembre 2010 07 h 46

    Un sondage?

    Le Devoir a fait un sondage pour savoir si le Gouvernement du Québce devait donner 180 millions pour un Nouveau Colisée.
    Est-ce que Le Devoir va faire un sondage sur les 300 millions du Nouveau toit, pour un édifice qui ne sert que 50 jours par année et qui coute plus de 20 millions par année à garder ouvert?

  • Bernard Terreault - Abonné 28 septembre 2010 11 h 09

    Plus un sou

    La seule chose qui pourrait justifier le maintien de ce stade serait qu'il y ait à Montréal un vrai marché pour soit (1) une équipe de football américain, soit (2) une équipe de baseball professionnel, soit (3) une équipe de soccer de classe internationale, ou mieux deux de celles-ci, avec les dizaines de millions de dollars de droits de télévision correspondants. Comme on sait que ça ne se fera pas, plus un sou pour ce stade ni pour l'aréna de Québec.

  • camelot - Inscrit 28 septembre 2010 12 h 21

    Réparer les erreurs

    La construction du stade dès le début, a été sabotée. Les exigences indues des entrepreneurs qui y voyaient le pactole a bien mal orienté son devenir. On se souvient des camions qui faisaient le tour du chantier pour passer une deuxième et troisième fois à la guérite, ceux-ci étant payés au voyage. On n'a pas fait de commission d'enquête sur ces entrepeneurs verreux.

    En choissisant ce concept, Jean Drapeau voulait léger à Montréal des infrastuctures sportives de calibre international non seulement à Montréal, mais à tout le Québec. C'est un peu une affirmation identitaire.
    Ce complexe est dédié à la jeunesse québécoise. Elle doit se l'approprier. Il faut qu'on y programme des rencontres entre les jeunes athlètes de toutes les régions du Québec, dans toutes les disciplines sportives.

    Les monuments de cette envergure ont toujours suscité les critiques. Qu'on se souvienne de Versailles, oublié des Français, et restauré au début du XXe siècle grâce à un mécène... américain ! Qu'on se souvienne De Louis de Bavière et de ses splendides folies. Qu'on se souvienne de la tour Effeil, vouée aux géhennes par plusieurs grands esprits de l'époque. Toutes ces réalisations aujourd'hui, rapportent des revenus collosaux en tourisme. Ils font partie du patrimoine mondial.
    Il en est de même avec le parc olympique. Qu'on songe un instant que son créateur a été cavalièrement évincé de sa réalisation,comme un père privé de sa progéniture. Encore plus, d'avoir transformé le vélodrome en biodôme est une insulte aux cyclistes québécois, une erreur monumentale.
    Ce biodôme devrait être déménagé et soutenu par des intérêts privés. Ces multinationales qui profitent des largesses de nos ministères devraient prendre la relève.

    Ce projet de toît rétractable est le meilleur projet jamais présenté. Il faut voir plus loin que son nez.