Ticket modérateur - Pas touche !

C'était l'électrochoc du dernier budget Bachand, mais l'idée d'un ticket modérateur en santé est maintenant recalée. Après réflexion, le ministre des Finances, ardent défenseur du projet de franchise santé, s'est rangé au courant de désapprobation généralisée. On ne joue pas avec le système universel des soins de santé.

Il s'agit d'un recul imposant. Et sage. D'autres avant Raymond Bachand ont tenté de bousculer les habitudes et d'écorcher quelques principes «sacrés» en brandissant sous diverses formes des projets de participation des utilisateurs au financement des soins de santé. Ils se sont tous heurtés, en bout de processus, à un barrage. Pas touche! Malgré certaines apparentes ouvertures, comme le disait mercredi le ministre, «quand on l'a dans la face les gens changent d'idée».

Pour soulager d'immenses besoins en santé — et une croissance des dépenses de l'ordre de 8 % chaque année —, Québec avait avancé au printemps deux idées pour renflouer la caisse. La franchise santé, qui fait l'objet d'une volte-face, mais aussi la «contribution santé», dont la mise en oeuvre est déjà assurée pour financer les soins de santé jusqu'en 2013 (à terme, elle atteindra 200 $ par année). Ne l'oublions pas: pendant qu'on dissertait sur l'utilisateur-payeur, la taxe santé, elle, est passée!

Ce changement de cap survient, paradoxalement, au moment où un rapport économique tout juste publié par l'OCDE enjoint au Canada à réduire le fardeau de ses dépenses précisément en puisant dans la poche des citoyens-patients. Au nom du maintien de la qualité, soutiennent les économistes, le temps est venu de heurter quelques préceptes.

Personne ne songerait un instant à contester les effets pervers de ce sous-financement. Il se traduit notamment par une pénurie de personnel qu'il faut soulager — deux millions de Québécois n'ont toujours pas de médecin de famille, ce qui constitue pourtant la base d'un système... en santé!

Mais d'autres effets pervers pointent. On a vu cette semaine, à la faveur de reportages dans les médias, que l'accès aux services de santé est tributaire d'un paiement d'argent. Dans quelques coopératives de santé dont l'objectif — tout à fait louable! — est d'élargir l'accessibilité aux soins de santé, des dérives déplorables associent justement le versement d'une «part sociale» à une offre de services privilégiée. On paie sa part annuelle? On a accès à des infirmières à domicile et des plages horaires réservées. On ne paie pas? On prendra simplement ce qui reste, s'il en reste.

La Régie de l'assurance maladie du Québec a confirmé qu'elle enquêtera dans quatre endroits où on aurait observé de ces «maladresses» qui bafouent carrément la loi. À côté d'un ticket modérateur, qui proposait ouvertement de solliciter les utilisateurs, ces glissements se font en douce, mais entravent de manière tout aussi inacceptable l'accès aux soins.

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machouinard@ledevoir.com
 
2 commentaires
  • Marco - Inscrit 24 septembre 2010 10 h 06

    À la case départ...

    Et comme certains d'entre nous ne veulent pas non plus changer leurs habitudes d'utilisateurs de services quand, au moindre bobo, on accourt à l'urgence..

    Comme les dirigeants politiques ne vont pas au bout de leurs idées et n'investissent plus, (ou à peu près plus) d'argent neuf dans le réseau...

    Comme les médecins, (généralistes et spécialistes) ne sont pas prêts à mettre de l'eau dans leur vin concernant des demandes d'augmentation de salaire indécentes... et comme ils ne sont pas non plus plus en faveur d'un décontingentement du nombre de finissants sortant des universités, ce qui a pour effet (volontairement recherché!!) de créer artificiellement une rareté de médecins dans le réseau et de maintenir un rapport de force inébranlable au temps des négos...

    Voilà que que ça donne!... Nous acceptons de maintenir en place les 3 roues d'un carriole en santé, usée, bringuebalante, disfonctionnelle et non sécuritaire qui continuera toujours d'aller cahin-caha sur les routes très mal entretenues d'un réseau de santé déficitaire...

    À moins d'être capable de se payer une voie royale d'évitement qui passe par les airs afin de contourner, de cette façon, les interminables files d'attente..., nous moisirons encore longtemps dans la poussière de ces chemins de misère si peu recommandables mais trop longtemps fréquentés... ce qui est le lot de bien des utilisateurs!

  • Fernande Trottier - Abonnée 24 septembre 2010 18 h 23

    pitié pour les médecins...

    Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'ajouter encore de l'argent dans le système, ce qu'il faut faire c'est de réorganiser le fonctionnement du système de santé, couper dans le gras, etc.. Je ne me donne pas le droit de critiquer quand je nous compare aux USA. Les médecins qui peine à faire vivre leur clinique font bien pitié... ils devraient se souvenir qu'ils ont étudié en très grande partie aux frais
    des québécois qui travaillaient et payaient taxes et impôts pour qu'ils aient accès
    à l'université, et qui paient encore pour leur permettre de faire une vie de "Gens riches et Célèbres"; se sont-ils déjà demandé s'ils étaient redevables à la société qui leur a permis de devenir médecins et si oui, ont-ils pensé qu'ils avaient un dû envers ladite société ? si non, il est grand temps qu'ils osent y réfléchir, cela les rendrait peut-être moins cupide ! f.t.