Détresse chez les enfants - Tous responsables

Tare occidentale, la négligence faite aux enfants n'épargne pas le Québec. Et encore moins le Grand Nord québécois, où les taux de détresse sont nettement plus élevés qu'ailleurs, plaçant les plus jeunes dans des tableaux de désolation extrême. Cette négligence subie par une jeunesse sans défense nous renvoie toutefois tous, population et gouvernements compris, à notre propre indifférence.

Les bilans tracés lundi tant par les directeurs de la protection de la jeunesse (sur le portrait des enfants signalés aux DPJ) que par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (sur la situation des enfants au Nunavik) sont désolants. Au Québec, 38 % des signalements retenus cachent des cas de négligence, dont 42 % compromettent la sécurité des petits. Dans le Grand Nord, le tiers des enfants fait l'objet d'un signalement auprès des directeurs de la protection de la jeunesse — alors que la moyenne provinciale oscille plutôt autour de 5 %.

Les DPJ proposent cette année de «faire face à la négligence». Cela suppose d'y être attentif à titre de parents, d'amis, de voisins, d'éducateurs. Cela sous-entend une responsabilité collective du bien-être des enfants. Cela implique de s'extraire du confort de l'indifférence. Cela invite à détecter les manquements dont un enfant souffre. Au Québec, 11 656 enfants négligés, qui ont manqué de l'essentiel, ont retenu cette année l'attention des DPJ. C'est l'équivalent de toute la population des 14 villages du Nunavik.

Faire face à la négligence, c'est aussi une responsabilité politique. Trop aisément les autorités s'en dégagent, même si les rapports venus des organismes de protection des droits des enfants s'accumulent: ils dénoncent tous l'apparente tolérance gouvernementale envers ce tiers monde planté dans le nord du Québec. En 2007, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse avait brossé un tableau très noir des services de protection de la jeunesse au Nunavik. Bien qu'il souligne des améliorations dans la prestation des services, le rapport de suivi publié lundi conclut que «la situation des enfants demeure aujourd'hui très alarmante, car la détresse sociale semble s'intensifier». L'inaction politique est l'une des causes premières de cette détérioration.

Il n'y a pourtant rien d'inédit dans ce triste compte-rendu. Rien que les gouvernements ne savent pas, et depuis nombre d'années. Aux prises avec d'aigus problèmes de surpeuplement, qui accentuent les difficultés et favorisent les abus et la négligence, les communautés du Nunavik manquent cruellement de logements. Le gouvernement Charest a annoncé cet été une majoration de 60 % des budgets destinés à la santé et aux services sociaux du Grand Nord. Il faut espérer que cet argent frais servira véritablement à construire des dizaines de nouvelles unités, non seulement pour la population, mais pour les travailleurs.

Car l'efficacité des services sociaux est tributaire du recrutement et du maintien du personnel en place — des conditions alléchantes ne pourraient certes pas nuire. Le compte-rendu de la Commission rappelle que le personnel ne suffit pas à la tâche, qu'il est épuisé, ce qui attaque directement la stabilité des postes. Ceux-ci restent souvent vacants. Ils sont parfois occupés par des intervenants inuits trop intimement liés aux victimes ou si vulnérables eux-mêmes qu'ils deviennent inefficaces.

Ces rappels d'une détresse vécue à la fois si près et si loin de nous choquent et dérangent. Apprenons, population et gouvernements, à y être sensibles non pas seulement au moment du dévoilement des rapports-chocs, mais en tout temps. Apprenons à combattre notre propre négligence.
3 commentaires
  • Paul Gagnon - Inscrit 22 septembre 2010 08 h 59

    Occidentale vous dites?!?

    En quoi est-ce une «Tare occidentale»?.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 22 septembre 2010 10 h 43

    Encore et toujours la rectitude

    La situation des enfants au nord et dans les réserves indiennes est un scandale. Qu'autant d'enfants soient maltraités, battus, abusés sexuellement est tout simplement inacceptable au 21e siècle.
    Or, à cause de la rectitude politique, on se garde bien de dénoncer la situation. Pire, on met la faute sur les gouvernements!
    Depuis quelques semaines, la Grosse Presse n'en finit plus de dire que c'est à cause des problèmes de logement! (en passant, un logement au nord coute un demi-million de dollars, payé évidemment par vous et moi)
    Mais de la culture autotchone qui tolère pareils abus: pas touche. On ne parle pas de cela. Pire, on fait encore une fois le procès de l'Occident, source évidemment de tous les maux de la planète.

  • Michele - Inscrite 22 septembre 2010 11 h 27

    Négligence, vraiment?

    Au Québec, il existe de nombreuses possibilités d'aide pour les personnes défavorisées.

    Dans le Sud de la province, on dénote entre-autres les programmes offerts dans les C.L.S.C., les C.P.E.. À tout ceci, nous avons des groupes communautaires par exemple les fondations Chagnon, Dion et la D.P.J.. Dans les écoles, de nombreux spécialistes travaillent avec les enfants et les parents. De surcroît, le programme de formation de l'école québécoise prend compte des différences entre les élèves afin de favoriser la réussite du plus grand nombre.

    Dans le Nord, outre plusieurs services aux enfants, il existe d'autres stratégies moins paternalistes afin d'aider les populations nordiques. Par exemple, depuis 1978 le gouvernement régional du Kativik vise à accroître son autonomie politique. En outre, les représentants de ce gouvernement négocient afin d'obtenir les droits d'exploiter les ressources naturelles. Les pourparlers se poursuivent, à l'heure actuelle, selon les informations que j'ai consultées.

    Conséquemment, lorsque l'on parle de négligence de la part de la population ou des gouvernements cela sonne faux. C'est vrai qu'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Les politiques désastreuses des années 1950 ont causé des ravages au sein des populations autochtones, entre-autres des problèmes de toxicomanie. Toutefois, si on considère les succès obtenus auprès de sa population Inuit du Danemark grâce à la mise en place d'un gouvernement autonome au Groenland, tous les espoirs sont permis.