Fusion SGF-IQ - Quel rôle pour l'État ?

La fusion de la Société générale de financement (SGF) et d'Investissement Québec (IQ) annoncée cette semaine par le ministre Clément Gignac est un premier pas vers la rationalisation des interventions gouvernementales en matière d'économie. Mais par delà cette fusion d'organigrammes, la vraie question est de savoir s'il faut continuer de s'endetter autant malgré les échecs retentissants.

Les acteurs de la scène économique s'entendent: la fusion de la SGF et d'Investissement Québec est une bonne chose parce qu'elle créera un guichet unique pour les entreprises.

Jusqu'à ce jour, chaque organisation gouvernementale avait sa propre mission, et dans certains cas, elles allaient jusqu'à se faire concurrence pour venir en aide à la même entreprise tant les bons dossiers ne courent pas les rues.

Le mandat de la SGF était d'identifier des entreprises susceptibles de choisir le Québec en leur faisant miroiter une participation minoritaire, et patiente, du gouvernement au capital de l'entreprise.

Dans le cas d'Investissement Québec, il s'agissait surtout d'aider les PME à se sortir d'une mauvaise passe, ou à lancer un projet en leur accordant une garantie de prêt ou un prêt remboursable. Ces dernières années, on lui avait aussi confié la gestion des nouveaux crédits d'impôt à l'innovation et au développement régional à travers les Fonds d'intervention économique régionale (FIER) qui ont tant fait couler d'encre à la suite d'allégations de conflits d'intérêts.

En théorie, tout cela semble logique, mais en pratique, les choses sont moins claires.

Le Québec s'est beaucoup diversifié depuis la Révolution tranquille. C'était l'époque des offices de planification et des plans quinquennaux, vite abandonnés pour cause d'inefficacité, mais aussi de la création d'outils de développement comme la SGF, dont on peut se demander aujourd'hui si la survie n'est pas due essentiellement au besoin des politiciens de montrer qu'ils interviennent toujours en faveur de l'emploi.

D'une décennie à l'autre, le mandat de la SGF a changé. Depuis l'apparition d'intervenants plus nombreux et plus efficaces dans le domaine du capital de risque, on lui a demandé de consacrer son énergie à la recherche de projets majeurs et d'investissements étrangers qui ne pourraient voir le jour sans l'apport d'importants capitaux publics. Or, force est d'admettre aujourd'hui que les résultats ont été médiocres, pour ne pas dire négatifs.

Il suffit de lire les rapports annuels pour constater qu'un grand nombre d'entreprises dans lesquelles la SGF a investi depuis quinze ans ont échoué, ou n'avaient tout simplement pas besoin de cet argent pour choisir le Québec. L'aluminerie Alouette, par exemple, voulait d'abord notre électricité, mais puisqu'on lui offrait aussi du capital...

En fait, pour quelques succès discutables, on trouve bien des échecs lamentables comme la Gaspésia, Pétromont et Magnola. Au cours des dix dernières années, la SGF a inscrit à elle seule des pertes d'un milliard tout rond. De l'argent emprunté pour lequel il faudra payer des intérêts pendant des décennies!

Dans son rapport de 2009, le vérificateur général, Renaud Lachance, dénonçait l'incapacité du gouvernement à «évaluer la performance globale du Québec en matière d'investissements étrangers». Malgré cela, la SGF continue d'investir chaque année entre 200 et 300 millions dans des projets dont certains sont aussi farfelus que l'achat de terres à bois.

Dans un autre rapport, produit l'hiver dernier celui-là, le Comité consultatif sur l'économie et les finances avait établi à deux pour un l'aide consentie par le Québec aux entreprises comparativement à l'Ontario. Comment expliquer qu'un gouvernement de centre droit élu il y a sept ans sur le thème de la réingénierie de l'État n'ait toujours pas fait le ménage dans un secteur qu'il connaît si bien?

En conférence de presse, mercredi, le ministre Clément Gignac expliquait que la fusion de la SGF et d'IQ était devenue nécessaire à cause de la «convergence» de leur mandat respectif. Sans doute, mais ne devrait-on pas aussi procéder à une évaluation et à une réorientation plus profondes de ce modèle de soutien industriel avant de dessiner un nouvel organigramme?

Revoir tout cela, ce n'est pas remettre en question le modèle québécois, mais la logique bureaucratique propre aux organisations qui dépensent l'argent des autres avec la bénédiction de politiciens préoccupés par leur réélection.

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