Gaz de schiste - Un nouveau Klondike ?

Le débat sur les gaz de schiste est à peine commencé que l'émotion prend déjà le dessus sur la raison. Deux exemples nous en ont été donnés mardi. L'un par la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, pour qui le maintien à 7 $ par semaine le prix des services de garde sera tributaire des redevances que tirera le Québec de l'exploitation de ces gaz. L'autre par le porte-parole de cette industrie, André Caillé, qui liait imposition d'un moratoire sur l'exploration en cours et mise au chômage de travailleurs. Allez leur dire!, lançait-il à des citoyens de Bécancour qui réclamaient un tel moratoire. De la démagogie primaire qui ne fera pas avancer le débat!

Le recours à des arguments de peur montre que les tenants de l'exploitation des gaz de schiste sont sur la défensive. Ils comprennent mal que la perspective pour le Québec de devenir l'Alberta de l'est du Canada ne crée pas un engouement immédiat. Voilà dix ou vingt ans, la magie aurait probablement opéré. Plus aujourd'hui. Non que les Québécois soient opposés à la mise en valeur de leurs ressources naturelles, mais on leur a tant dit qu'il fallait réduire les gaz à effet de serre qu'ils se demandent où est la logique. Ils pourraient se rallier pour peu que les choses soient faites de manière ordonnée... ce qui est loin d'être le cas.

Le gouvernement québécois a d'emblée ouvert la porte à l'exploration et à l'exploitation gazière et pétrolière. Il l'a fait avec un enthousiasme aveugle, délivrant en quelques années quelque 600 permis d'exploration. Certains de ces permis sont sur l'île de Montréal, ce qui montre bien à quel point on a agi sans réflexion aucune. Ce n'est que voilà quelques jours que le gouvernement a amorcé une démarche devant conduire à l'adoption d'un cadre particulier à cette activité.

Laisser croire comme le font Nathalie Normandeau et André Caillé que les gaz de schiste sont un nouveau Klondike est tout sauf utile pour éclairer l'opinion publique. Une démonstration rationnelle reste à faire que la sécurité énergétique du Québec est en cause. Puis la présentation d'un «business case» sérieux. Celui-ci devra mettre en relation les coûts sociaux et environnementaux de cette activité avec ses retombées économiques et financières. Selon la ministre, des redevances de 12,5 % entraîneront des revenus pour le gouvernement de 230 millions par année pour des investissements de 1 milliard. Ce n'est pas rien 230 millions, mais ce ne sont pas les milliards nécessaires au financement des garderies, des universités, des hôpitaux. Et que restera-t-il de ces 230 millions une fois enlevé le coût que représentera les impacts environnementaux de cette activité? On aimerait bien partager la conviction des Normandeau et Caillé, mais leur parole seule ne suffit pas.

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