Registre des armes à feu - Le test de M. Layton

Touchant le registre des armes à feu, c'est plus qu'à un inconfort politique ou un embêtant dilemme qu'est confronté le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jack Layton. Il doit passer sous peu un véritable test de leadership.

On comprend sans mal les profonds déchirements qui secouent le NPD au sujet de l'avenir du registre des armes à feu, soumis à un autre vote vital à Ottawa le 22 septembre. Le tiers du caucus de M. Layton s'oppose en effet à l'idée même d'un registre. Comme les conservateurs, qui proposent avec le projet de loi privé C-391 de retirer les armes d'épaule de ce registre, une douzaine de ces députés néodémocrates se font les porte-voix d'électeurs du monde rural qui boudent le registre, y voyant une tracasserie inutile et coûteuse qui enfreint les libertés individuelles et stigmatise les porteurs d'arme!

Cette vive opposition déchire le parti, dont la souche fondatrice est la communauté agricole de Saskatchewan. Toute une autre branche milite au contraire pour le maintien de cet outil dépeint cette semaine par ses tout premiers utilisateurs, les policiers, comme efficace, rentable et nécessaire. Dans un rapport tout juste dévoilé, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) conclut notamment que l'enregistrement a permis de réduire de 12 % les décès par arme à feu entre 2001 et 2004.

La mesure proposée à nouveau par les tenaces conservateurs, tributaires eux aussi d'un électorat attaché aux armes, effacerait du registre quelque 7 millions d'armes à feu. Tout cela sous le léger prétexte qu'il vise injustement de pauvres chasseurs, fermiers et amateurs de plein air incommodés par une obligation administrative.

M. Layton a cru sortir de cette impasse en proposant une solution de rechange, soit un projet de loi privé qui prévoirait une amende plutôt qu'une accusation criminelle pour les propriétaires oubliant d'enregistrer leur arme. Mais cette manoeuvre est faible et, surtout, vaine: le gouvernement Harper veut tenir ce vote crucial deux jours à peine après la rentrée parlementaire, ce qui ne laisse aucun espace pour bousculer l'agenda.

Que faire alors? Le chef libéral Michael Ignatieff ne rate ces jours-ci aucune occasion de tourmenter son vis-à-vis néodémocrate en l'invitant à suivre son exemple: qu'il impose donc la ligne de parti plutôt que de laisser les députés voter comme ils l'entendent, ainsi que le commande la tradition parlementaire sur des projets de loi privés. M. Ignatieff peut bien fanfaronner: il compose dans ses troupes avec une faible résistance au registre.

À moins de déployer d'ici le 22 septembre des trésors d'imagination et de persuasion, Jack Layton ne semble avoir d'autre choix que de forcer le vote lui aussi. Si le registre des armes à feu tombait le jour fatidique pour cause de division néodémocrate, il pourrait lui en coûter cher. Qu'on pense seulement à l'extrême vulnérabilité dans laquelle se trouverait le leader adjoint du NPD Thomas Mulcair, dont le comté d'Outremont est dans la mire des libéraux. Réunis en caucus hier, ceux-ci ont prévenu qu'ils feraient du maintien du registre une bataille de tous les instants.

Alors que M. Layton est aux prises avec ce test de leadership, la confusion politique désagrège en douce la réputation du registre et édulcore le respect des règles. C'est en tout cas ce que soutient la GRC dans son rapport, en soulignant que les avis incohérents autour de l'utilisation du registre ont créé confusion et malentendus. Le «débat politique a beaucoup nui».

Pendant que les parlementaires s'écorchent autour de ce dossier chaud, le gouvernement conservateur a instauré depuis 2006 un pernicieux système d'amnistie pour les propriétaires d'armes à épaule qui les dispense de l'obligation de s'inscrire au registre. Une manière cautionnée par le gouvernement de se soustraire à la loi. Une imposture qui traduit la nécessité pour les partis d'opposition, le NPD compris, de tout mettre en oeuvre pour claironner la nécessité d'un registre qui fonctionne.

***

machouinard@ledevoir.com
 
7 commentaires
  • Guy Fauteux - Abonné 1 septembre 2010 01 h 45

    Quel partis osera criminaliser a nouveau les proprietaires d'armes.

    En admettant que les conservateurs perdent prochainement leurs elections quel partis politique oserais dans de telle condition criminaliser a nouveau les citoyens impliques.
    Avec un registre deja en debandade il y as quatre et non tenus a jour depuis ,comment sera t'il possible pour la police de sevir.La GRC ne s'en cache pas d'ailleur dans son rapport.
    Le chef liberal proposait lui aussi il y as quelque temps la decriminalisation dans certaine condition des offences lie a ces loi .
    Hier dans le devoir on faisait etat d'un cout annuel de $63 milions pour la tenue a jour de ce registre.
    C'est peu etre paye un peu cher pour quelque chose qui ne fonctionne pas.

  • Jean-Guy Dagenais - Inscrit 1 septembre 2010 05 h 57

    Mulcair et Outremont

    Les jeux son t faits. Le parrain du registre des armes à feu Martin Cauchon revient en action dans Outremont et le NPD fait la valse hésitation que l'on sait. Une bataille à quatre dans ce comté ?

  • André Loiseau - Inscrit 1 septembre 2010 08 h 01

    Un parti de droite

    Que vaut un NPD de gauche représentant les paysans droitistes des fermiers du pays, sous peine de renvoi?
    Ce parti se retrouve sur les terres de Harper qui s'en pourlèche les babines.
    Le carriérisme politique est une absurdité.

  • Pierre Rousseau - Abonné 1 septembre 2010 10 h 55

    Faut pas partir en peur...

    Toute cette histoire de registre est du vent pour pas grand chose et n'a rien à voir avec la droite ou la gauche. Le système de contrôle des armes à feu au Canada comprend plusieurs composantes, la plus récente étant le registre des armes longues. Il comprend d'abord les permis et les autorisations nécessaires pour acquérir et / ou posséder des armes à feu. Ces permis font l'objet d'une enquête plus ou moins sommaire par la police pour déterminer si la personne pourrait constituer un danger si elle acquiert ou possède des armes à feu.

    Ensuite, il y a les dispositions relatives à l'entreposage et au transport des armes à feu et des munitions. Par exemple, les armes doivent être remisées dans une armoire verrouillée ou chaque arme doit comporter un verrou qui bloque la gachette pour éviter l'usage intempestif (comme pendant une crise conjugale) ou encore accidentel (enfants). Les munitions doivent aussi âtre remisées dans un endroit sécuritaire, verrouillé. Le transport doit aussi se faire avec l'arme sous verrou pour empêcher une décharge accidentelle. Il faut aussi noter qu'il est interdit de transporter une arme à feu chargée dans un véhicule.

    La loi donne aussi des pouvoirs de perquisition et d'enlèvement des armes qui pourraient servir à commettre une infraction. Toutes ces dispositions ne sont pas touchées par le débat actuel et vont demeurer quelque soit l'issue du vote.

    On comprendra que le seul fait d'enregistrer pour constituer une banque de données est extrêmement marginal et ne sert qu'à la police pour collecter des renseignements sur les citoyens. C'est donc plutôt une tempête dans un verre d'eau et, heureusement, la sécurité du public n'est pas touchée par ce débat quoi qu'en dise le démagogue Ignatieff.

  • Claude Archambault - Inscrit 1 septembre 2010 12 h 32

    Le régistre maudit

    Dans ce dossier il n'y a que partisannerie et désinformation. On nous dit que le registre sera aboli ce qui ne peu être plus faux. On nous dit que le registre prévient le crime, je ne suis pas convaincu on n'a qu'à regarder le CEGEP Dawson ou les armes étaient enregistré.

    Ce que le gouvernement veu faire est seulement logique. Il veu abollir l'obligation d'enregistrer les armes de chasse, qui se trouve en grande majorité en milieu rural chez les fermiers. Et si on regarde la crimnalité dans ces régions il est fou de dépenser de l'argent à ce niveau.

    Jamais il a été question d’abolir le registre en entier. L'obligation d'enregistrer tous les autres armes, de poing de combat et autre demeure et demeurera.

    Arrêter de faire la propagande gauchiste qui veu apeurer le petit peuple.