AbitibiBowater - Les parasites

Ce manque de savoir-vivre typique de la direction d'AbitibiBowater est d'autant plus choquant que voilà une compagnie qui exploite nos forêts depuis cent ans en profitant de droits de coupe exclusifs et d'ententes plus que généreuses avec Hydro-Québec et le gouvernement provincial. Même après avoir frôlé la faillite et s'être placée sous la protection des tribunaux, l'an dernier, l'entreprise a eu droit à une garantie de prêts de 120 millions de dollars de la part de Québec.

Toujours sous respirateur artificiel, AbitibiBowater présentera bientôt son plan de restructuration à ses créanciers, dont ses propres travailleurs à qui elle doit des millions sous forme d'indemnités de départ, de contributions à la caisse de retraite, etc. En fermant Gatineau et Dolbeau maintenant, sans attendre le retour à la normale, elle contourne les règles habituelles et économise beaucoup d'argent sur le dos de ses employés.

L'industrie du papier traverse une crise majeure, mais, dans le cas d'AbitibiBowater, l'entreprise est elle-même responsable de ses déboires pour s'être lourdement endettée en multipliant les acquisitions à prix très élevés au cours de la décennie. Lorsque la crise est survenue, en 2008, il a fallu fermer les usines les moins rentables et congédier 6000 employés pour réduire les coûts.

À Terre-Neuve, la fermeture des installations de Grand Falls a tellement choqué le premier ministre Danny Williams qu'il a fait adopter une loi d'expropriation des territoires de coupe, des barrages et de l'usine de papier. À Bay Street, on a crié au socialisme, mais comme Terre-Neuve est devenue une province qui revendique ses droits, c'est Ottawa qui a accepté de verser 150 millions à AbitibiBowater après avoir été poursuivi en vertu de l'accord de libre-échange (ALENA).

Même si elle ne produit plus de papier dans la région du Lac Saint-Jean, AbitibiBowater y détient toujours plus de 80 % des droits de coupe exclusifs et refuse de laisser quelque concurrent que ce soit reprendre ses installations. Or, contrairement à Terre-Neuve, notre propre gouvernement du Québec ne fait rien pour protéger les siens.

Combien de temps encore faudra-t-il endurer des élus qui se comportent en entremetteurs serviles de ces parasites sociaux que sont les AbitibiBowater de ce monde?

***

j-rsansfacon@ledevoir.ca

À voir en vidéo