Souveraineté sur l'Arctique - Le pari du dialogue

Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a rendu public hier un énoncé de politique sur l'Arctique destiné aux pays qui ont des intérêts dans cette région du monde. Le gouvernement Harper maintient sa politique d'affirmation de la souveraineté du Canada sur cette portion de son territoire, mais, fait nouveau, il manifeste son ouverture au dialogue.

L'exercice de sa souveraineté sur l'Arctique n'a jamais été une priorité pour le Canada. Nous le rappellent les excuses présentées mercredi aux Inuits exilés de force par Ottawa 2000 kilomètres au nord dans les années 1950 pour assurer une présence canadienne dans la zone arctique. À part quelques opérateurs de stations radars, on croyait qu'il suffisait d'y implanter de force une présence «esquimaude» pour dire au reste du monde que ce désert blanc appartenait au Canada. Oui, ce pays a déjà été colonisateur!

L'intérêt pour l'Arctique n'a véritablement émergé, sauf sursaut sporadique, qu'avec l'arrivée du gouvernement Harper. Celui-ci a pris acte des changements géopolitiques et climatiques qui feront de l'Arctique le «Far West» du XXIe siècle. Il s'est doté d'une stratégie qui, si elle demeure pauvre en moyens comparativement à ce que fait la Russie ou même le petit Danemark, a le mérite d'exister. Chaque mois d'août, le premier ministre

Stephen Harper ne manque pas d'y faire une tournée. Il y sera la semaine prochaine.

L'énoncé de politique rendu public hier n'annonce rien de nouveau, sinon un changement de ton qui facilitera la résolution de conflits. Des quatre piliers de la politique canadienne en Arctique — affirmation de la souveraineté, promotion du développement économique et social, protection de l'environnement et prise en main par les habitants du Nord de leur avenir —, le gouvernement conservateur s'est jusqu'ici surtout soucié du premier objectif. Il a voulu faire comprendre que, quoi qu'il advienne, le Canada défendra bec et ongles son territoire et ses intérêts. Ainsi, les interceptions d'avions russes aux abords de l'espace aérien canadien se sont multipliées, de même que des exercices militaires dirigés par des ministres allant planter, tel un Jacques Cartier, l'unifolié sur un îlot rocailleux.

Ce qui change aujourd'hui, c'est l'arrivée des diplomates. À moins que le Canada ne déclare une guerre qu'il n'a pas les moyens de mener et dont personne ne voudra, le réalisme politique lui impose de rechercher le dialogue avec ses voisins arctiques. Même si la souveraineté canadienne est un principe non négociable, il existe des zones grises quant au tracé des frontières (avec le Danemark pour la propriété de l'île Hans et avec les États-Unis pour la mer de Beaufort) qu'il faut clarifier. La résolution de ces deux contentieux l'aidera lorsque viendra le temps de se présenter en décembre 2013 devant la Commission des Nations unies chargée de définir l'extension de son plateau continental sous-marin.

L'enjeu principal dans l'Arctique est la délimitation du plateau continental sur lequel les pays de la zone arctique pourraient prétendre avoir des droits économiques au-delà de leur zone de 200 milles nautiques. Qui obtiendra la plus grande partie, obtiendra le droit à la plus grande part des richesses sous-marines de cette zone? Alors que chaque pays accélère l'étude des fonds marins, Ottawa pose ici aussi le bon geste en suggérant de procéder à des échanges d'informations au sein du Conseil de l'Arctique. Le sens commun voudrait d'ailleurs que ses huit pays membres aillent plus loin et cherchent véritablement à définir une vision de l'avenir de cette portion de la planète en voie de mutation. Un nationalisme étroit n'est pas la voie à suivre.

***

bdescoteaux@ledevoir.com

***

Lire aussi:

À voir en vidéo