Berlusconi et la mafia - L'enquête

Une fois encore, des juges italiens ont ouvert des enquêtes dont le président du conseil Silvio Berlusconi est le sujet. Plus précisément, le parquet de Florence vient de rouvrir les enquêtes consacrées aux assassinats des procureurs antimafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino en 1992. Ces magistrats ont décidé de «désarchiver» ces dossiers délicats entre mille après une première vérification des révélations formulées, il y a plusieurs mois de cela, par un repenti. Par un ancien membre de la Cosa Nostra sicilienne.

Ce dernier s'appelle Gaspare Spatuzza. Il était l'homme de main de la famille Graviano de Palerme. Toujours est-il qu'aux policiers, Spatuzza a confessé ceci: «Giuseppe Graviano, le boss de Brancaccio, m'a dit lorsque nous nous sommes rencontrés en 1994 que nous en avions fini, que nous avions eu ce que nous cherchions. Il m'a parlé de Silvio Berlusconi et de Marcello Dell'Utri: avec eux, le pays est désormais entre nos mains.»

Pour le chef du gouvernement, le coup est d'autant plus brutal qu'il se double d'une tuile à la portée elle aussi profonde. Selon l'ex-mafieux, Berlusconi et Dell'Ultri auraient été les interlocuteurs politiques de Cosa Nostra lors de la série d'attentats que cette dernière a commis en 1993 à Rome, à Florence et à Milan. Spatuzza en était l'artificier. Quant à Dell'Utri, après avoir été la cheville ouvrière de Forza Italia, la première formation politique de Berlusconi, après avoir été élu sénateur, il a été condamné à neuf ans de prison pour association mafieuse après un procès qui avait duré... sept ans.

Comme par hasard, il y a moins de trois mois, le ministère de l'Intérieur a décidé de ne pas réinscrire Spatuzza au programme de protection des repentis dont il bénéficiait. Comme par hasard (bis), le président du conseil veut encore et toujours interdire des outils essentiels à la traque des mafieux par les juges, mais aussi par les policiers. Berlusconi souhaiterait notamment restreindre les écoutes téléphoniques. Et ce, après avoir amputé en 2001 le programme dit des repentis, dans le but non avoué évidemment, des éléments qui favorisaient la collaboration entre mafieux et la justice.

Signe de la déliquescence avancée de la vie politique, de l'exercice du pouvoir, la Cour des comptes a calculé qu'en 2009, et seulement 2009, le nombre de plaintes déposées pour association mafieuse, pour corruption mafieuse, avait augmenté de 230 %. De 229 % pour être exact. Dans la grande majorité des cas, il s'agit d'alliances mettant en présence des membres de Cosa Nostra ou de la Camorra ou encore de la Ndrangheta avec des politiciens et des entrepreneurs qui lorgnent avec avidité les contrats publics.

Le problème, pour ne pas dire le drame avec lequel est aux prises la très grande majorité des Italiens, c'est qu'entre l'atomisation de l'opposition et le soutien indéfectible de la Ligue du nord à Berlusconi, ce dernier est assuré de finir son mandat alors qu'il est politiquement à l'agonie.