Réfugiés tamouls - La fausse invasion

Quatre cent quatre-vingt-douze Tamouls débarquant en sol canadien ont suffi pour susciter un tollé. Méfiance, mécontentement, xénophobie: on a tout entendu, notamment du gouvernement conservateur qui a été le premier à brandir le spectre de l'arrivée de terroriste. Et pourtant, le Canada n'est ni menacé, ni envahi.

À l'échelle du Canada, l'arrivée en bloc de 492 clandestins est un gros chiffre. Mais à celle des migrations internationales, légales ou pas, c'est quasi anecdotique. Un exemple, pour s'en tenir à une comparaison avec un pays développé: en 2006, l'Espagne avait vu débarquer clandestinement sur ses plages plus de 20 000 personnes, en vagues quotidiennes allant de 80 à 1300 Africains à la fois...

Si l'on s'en tient aux Tamouls, on ne peut pas plus affirmer que le Canada est leur pays de prédilection. Comme tous les réfugiés du monde, ils frappent d'abord à la porte du pays voisin au leur (donc jamais un pays développé!). L'Inde accueille ainsi près de quatre fois plus de réfugiés tamouls que le Canada, la moitié de l'ensemble des réfugiés tamouls répartis dans 60 pays du monde.

Ce Canada que l'on imagine débordé par des hordes qui veulent profiter de notre beau train de vie et voler nos jobs (tel qu'entendu ces derniers jours!) a en fait la particularité, rare dans la communauté des nations, d'être protégé par sa géographie.

Il y a peu de façons ici d'entrer par la porte d'en arrière. À pied, par la frontière américaine? Quasi impossible puisque les États-Unis ont le statut de tiers pays sûr: si un réfugié y arrive, c'est là qu'il doit présenter sa demande d'asile, pas au Canada. Par la voie des airs? Compliqué, puisque les règles de sécurité des compagnies aériennes sont telles qu'il faut se forger une nouvelle identité pour y arriver. Par bateau? Dangereux, car peu importe d'où l'on part, le voyage en mer est long et plein d'embûches avant de toucher les côtes canadiennes.

Et pourtant, certains sont prêts à affronter ces risques et à mettre leur vie et leurs économies aux mains de passeurs sans scrupules — là aussi un classique de la clandestinité. N'en déplaise aux sceptiques, il faut être passé par bien des désespoirs pour en arriver à une telle solution.

Le mieux, ce serait bien sûr d'attendre son tour, dans les camps de réfugiés, les bidonvilles ou les villages dévastés. Mais il est trop facile de sous-estimer, bien installés dans nos confortables demeures, ce que cela suppose de patience et de craintes. Le cas haïtien est pourtant tout frais à nos mémoires: en janvier, nos gouvernements juraient devant l'urgence qu'ils faciliteraient la venue des Haïtiens victimes du tremblement de terre. Depuis, on s'est englué dans la bureaucratie. L'envie doit être forte de vouloir contourner la machine!

Et les besoins sont si grands... Au printemps, par exemple, le Canada a décidé de hausser le nombre de réfugiés qu'il accueille en provenance des camps. Le nouvel objectif a été établi à 14 500 personnes. Or l'an dernier, au seul Sri Lanka, 280 000 civils tamouls se sont retrouvés dans des camps...

On ne peut reprocher au Canada de fixer des balises à l'accueil de nouveaux venus. Mais il importe aussi de relativiser la situation et de se méfier des politiciens qui, pour servir leur ligne d'action politique, ici comme ailleurs (voir ci-dessous!), attisent les passions en s'en prenant aux «étrangers».

C'est donc avec rigueur mais sérénité que les 492 Tamouls du MV Sun Sea doivent être évalués, selon les lois canadiennes et dans le respect des conventions internationales que nous avons signées. Et ce sont ceux qui leur ont fait payer une fortune pour cette dure traversée qui doivent, eux, être épinglés.

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4 commentaires
  • Michel Paillé - Abonné 19 août 2010 09 h 32

    Moins de 2% sur une base annuelle

    Pour relativiser ces 492 Tamouls dans l’ensemble de l’immigration canadienne, je ferai simplement remarquer qu’ils ne représentent même pas 2% du nombre total de réfugiés que le Canada admet annuellement. En moyenne au cours des 5 dernières années, le Canada a reçu 28 200 réfugiés. Ils ne comptaient que pour 11,3% des 250 000 immigrants admis en moyenne entre 2005 et 2009 inclusivement.
    MP, démographe
    Québec
    Site internet : http://michelpaille.com

  • Micheline Gagnon - Inscrite 19 août 2010 10 h 58

    Ce dont on n'entend pas parler: les passeurs

    Bien d'accord avec vous, on ne peut parler ici d'une invasion.

    Par contre, l'industrie des passeurs semble se raffiner et devenir de plus en plus lucrative et organisée. D'après les dizaines de milliers de dollars demandés aux passagers, ils semblent cibler une classe éduquée et en moyens. Le gouvernement semble vouloir suivre la piste de l'argent, suspectant qu'il sera versé aux Tigres Tamouls, mais ne semble pas s'intéresser aux passeurs en tant que tel.

    J'aimerais bien qu'on parle des passeurs, a-t-on questionné le propriétaire et les membres de l'équipage du bateau? Ont-ils un statut légal? On pourrait le penser car tous les passagers avaient des papiers en règle. Je suis bien ignorante dans ce domaine et aimerais mieux comprendre ce phénomène qui semble nouveau.

  • Pierre Rousseau - Abonné 19 août 2010 19 h 03

    Groupes criminels

    Il faut se replacer dans le contexte qu'une personne du Sri Lanka peut immigrer au Canada et aussi demander le statut de réfugié. Mais la procédure à suivre exige que la personne fasse sa demande dans le pays d'origine et attende d'être acceptée avant de venir ici. L'autre moyen de venir est d'obtenir un visa de tourisme ou pour visiter sa famille, ce qui est requis des Sri Lankais car c'est un des pays où un visa pour venir au Canada est requis.

    Il semble donc que ces gens qui sont venus en bateau sont des gens qui ne pouvaient pas obtenir de visas ou qui ne pouvaient immigrer légalement. Il appert que des groupes criminels dont le but est de faire de l'argent en contournant les lois et en amenant des gens ici, sachant que le Canada ne retournera pas les gens qui demandent le statut de réfugié s'ils sont sur le sol canadien. Selon les nouvelles, le coût du passage serait de 30 000 à 50 000$ par personne, ce qui pourrait faire environ 20 millions de dollars pour ce voyage (ils escomptent évidemment perdre le bateau dans l'opération).

    Évidemment, les Tamouls comme les autres nationaux dont la vie est en péril sont bienvenus et il ne s'agit pas d'une question d'invasion ou de race en particulier. C'est une question que des groupes criminels (saura-t-on jamais lesquels?) défient les lois et promettent moyennant des sommes d'argent, d'amener des gens ici, illégalement, en leur faisant miroiter une acceptation à peu près assurée. Le Canada ne leur donne pas tort car effectivement, les immigrants illégaux ont plus de chances de voir leur demande acceptée ici qu'en attendant dans leurs pays respectifs. Donc, c'est là que le bât blesse: ça encourage des groupes criminels et ça incite les futurs immigrants à contourner les lois canadiennes.

  • Gravelon - Inscrit 20 août 2010 11 h 36

    invasion?

    Un petit rappel pour dire que la majorité des réfigiés de par le monde affluent vers les pays limitrophes, donc, des pays qui eux mêmes sont pauvres. Les soudanais au Tchad, les irakien en Syrie, les palestiniens au Liban...Prétendre que les réfugiés envahissent les pays riches est tout simplement faux.