Crise immobilière en Chine - L'imitation

Ce qui s'est passé aux États-Unis en 2008 est en train de se produire en Chine. C'est bien simple: le cocktail d'ingrédients qui avait secoué brutalement la sphère financière il y a deux ans s'est introduit, pour ainsi dire, dans l'empire du Milieu avant de se propager aux quatre points cardinaux du pays.

Tout commence par une révélation du quotidien The Financial Times du 11 août dernier. Ce jour-là, le FT, comme on le surnomme, annonce que les autorités chinoises ont ordonné aux banques une clarification de leurs bilans financiers ainsi que le rapatriement des prêts transférés dans des fiducies. Le moteur de cet ordre est l'inquiétude qui habite l'administration chinoise. Laquelle? Qu'à l'instar des Lehman Brothers, Bears Sterns et autres, les établissements chinois soient perclus de subprimes, de mauvaises créances.

Ce recours aux subprimes, car recours il y a eu, est la conséquence directe du resserrement du crédit immobilier décrété par le gouvernement afin de discipliner un secteur en proie à une spéculation effrénée et donc à une flambée insoutenable des prix. Constatant que la soif du consommateur pour un bien immobilier était très prononcée, les banques ont rassemblé des véhicules financiers disparates, certains risqués, d'autres carrément nocifs, qu'elles ont «refilés» à des fiducies complices qui, elles, les revendaient à monsieur et madame Tout-le-Monde.

Dans ce nouveau feuilleton financier, un aspect qui en dit long sur la plasticité éthique mérite d'être souligné. Voilà, il y a deux ans, au moment où la bulle immobilière implosait aux États-Unis, le subprime n'était pas en circulation en Chine. Ce n'est pas qu'après le resserrement du crédit du gouvernement qu'il a fait son apparition. C'est comme si le banquier chinois s'était dit: on va leurrer le simple citoyen avec les farces et attrapes confectionnées par mes homologues américains.

Aujourd'hui, la titrisation massive de créances atteint les milliards de dollars. Certains spécialistes avancent le chiffre de 400 milliards. De zéro à 400 en deux ans! Il faut savoir que depuis l'été 2009, le nombre de prêts immobiliers a augmenté de 40 %. Le hic, c'est que trop souvent la gestion de cette masse par les banques, mais aussi par les promoteurs immobiliers, a été faite cahin-caha. En fait, il faut parler de mauvaise planification. Un exemple? Le nombre d'unités neuves mises en marché dans les principales villes du pays dépasse le nombre de nouveaux ménages.

Si le gouvernement essaye de minorer le problème en suggérant qu'il n'est pas sûr que la bulle ait commencé à éclater, d'autres sont formels. On pense à Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international qui enseigne désormais à Harvard. Après analyse des données inhérentes au dossier, il a conclu que c'est fait, que l'explosion a commencé.

Il va sans dire que le tangage économique de la Chine provoque des cauchemars ailleurs. Aux États-Unis évidemment, mais également, voire surtout en Allemagne et au Japon. Grands exportateurs de produits destinés aux Chinois, ces deux pays appréhendent un ralentissement prolongé qui tout logiquement va hypothéquer une relance que l'on sait être d'ores et déjà frêle. Et dire que le monde économique risque fort d'être aux prises avec une autre crise parce qu'entre Pékin et Hong Kong, des malfrats en cravate ont décidé de s'approprier des recettes financières faites pour les dérapages non contrôlés parce que Washington avait refusé de les contrôler.

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