Gouvernement Charest - Artisan de son malheur

Rappelé à l'ordre par les Québécois par sondage interposé, puis par les jeunes militants de son parti, le premier ministre Jean Charest est passé aux aveux. Il admet avoir contribué à la détérioration du climat politique des derniers mois, tout autant que la chef du Parti québécois, Pauline Marois, qui elle aussi reconnaît avoir élevé le ton.

Bien sûr, il faut être deux pour danser le tango. Jean Charest et Pauline Marois ne pouvaient que finir par accepter une responsabilité partagée dans la montée de cynisme de l'électorat. Devant la réaction des Québécois qui en sont rendus à souhaiter qu'ils laissent tous deux leur place à d'autres, il leur fallait faire preuve d'un minimum d'humilité.

Savoir qui le premier a commencé la guerre des gros mots qui a affligé l'Assemblée nationale ne sert pas à grand-chose. Si un premier a lancé une pierre, il reste qu'un deuxième a répliqué de la même manière, enclenchant une escalade qui ne s'est arrêtée qu'avec la fin de la session parlementaire. Mais si cette guerre des mots a pris tant de place, c'est aussi que la politique, comme la nature, a horreur du vide. Faute de grands projets de loi à débattre, les députés se sont rabattus pour la période de questions sur des sujets plus triviaux, comme l'octroi des contrats et permis par les ministres et le financement des partis politiques.

Oui, l'opposition a mené la charge contre le gouvernement ces six derniers mois, mais le parti ministériel lui en a donné l'occasion en laissant la machine législative tourner à vide. Quelques projets de loi d'intérêt général étaient bien inscrits au feuilleton de l'Assemblée (financement des partis politiques, code d'éthique des élus, encadrement des écoles passerelles, régime minier, patrimoine culturel), mais ce n'est que dans les derniers jours de la session en juin que l'on a mis les députés au travail. Le gouvernement Charest a ainsi été l'artisan de son propre malheur.

Il revient au gouvernement de nourrir le débat public. Lui seul a le pouvoir de lancer des projets qui, s'ils ne feront pas l'unanimité, auront le mérite de générer des débats d'idées plutôt que de personnalités. S'il ne le fait pas, le débat se déplacera de l'Assemblée nationale vers d'autres lieux, comme les groupes de pression et les médias. Ce qui n'a pas manqué d'arriver et ce qui arrivera de nouveau si le gouvernement libéral ne retrouve pas un certain élan créateur. Et qu'il soit dit que les Québécois attendent plus que des débats stériles autour du bulletin scolaire que l'on reprend chaque année. Il y a des problèmes plus importants qui attendent.
9 commentaires
  • Michel Simard - Inscrit 17 août 2010 00 h 08

    Seul le parti gouvernemental est responsable de la détérioration politique

    Comme à son habitude, Bernard Descôteaux essaie de rendre un éditorial à la Salomon et se montre d'une complaisance envers le parti gouvernemental. Jean Charest est le seul responsable de la détérioration du climat politique et du développement du cynisme chez les électeurs. Il a institutionnalisé les faveurs en système dans plusieurs industries au Québec, il a usé de démagogie presque à chacune de ses interventions à l'Assemblée nationale et devant la presse, il a souillé la fonction de premier ministre et s'est placé en situation de conflit d'intérêt en acceptant un salaire d'un groupe d'intérêt luimême financé par des groupes d'intérêt. Jean Charest doit rembourser les sommes ainsi gagnées honteusement et doit démissionner. Le Peuple le renie.

  • Andre Vallee - Inscrit 17 août 2010 04 h 08

    Le ménage

    Confions le grand ménage aux citoyens par une élection générale, tant au Québec qu'au Canada. Où sont les Lester B. Pearson, Jean Lesage, René Lévesque... des personnes de vision, de principe et d'entente?

  • Catherine Paquet - Abonnée 17 août 2010 06 h 08

    Quel doit être l'objectif de l'Opposition?

    L'éditorialiste écrit que le gouvernement seul a le pouvoir de lancer des projets. Il me semble pourtant que l'Opposition a tout le loisir et toutes les occasions désirées pour lancer des idées et des projets. Mais, il ne fallait pas s'attendre à ce genre de disposition, quand on se souvient des objectifs énoncés par Pauline Marois, dans le film, À hauteur d'homme, lorsqu'elle dit que si le PQ ne gagne pas l'élection générale contre les Libéraux, il pourra au moins compter assez de députés pour "leur donner de la marde".
    Il me semble que la responsabilité pour le cynisme des citoyens devrait au moins être partagée également entre le PQ et les Libéraux.

  • Normand Carrier - Inscrit 17 août 2010 06 h 25

    Le seul vrai responsable ........

    Jean Charest et son leader parlementaire Jacques Dupuis ont utilisé conciemment et délibérément la stratégie de l'intimidation et de l'attaque pour déstabiliser Pauline Marois qu'il considérait plus faible que Mario Dumont dans les débats parlementaires ! Ces attaques avaient réussi dans le cas de Dumont qui en était mort après le traitement de girouette ......Malheureusement pour Jean Charest , les attaques contre Pauline Marois ont échoué car elle a démontrer une grande capacité a débattre et ses députés ont fait un travail gigantesque pour démasquer ce gouvernement en soulevant des dizaines de cas de collusions , magouilles et retours d'ascenseur .....
    Jean Charest et son gouvernement s'est retrouvé affaibli , sans crédibilité et mis a nu devant l'électorat ... S'ensuivi des démissions ou congédiements de ministres et le lot d'allégations quotidiennes jusqu'a la fin de la session ....
    Ce grand timonier qui devait avoir les deux mains sur le volant s'est retrouvé gros Jean comme devant et sa stratégie avait échoué . Maintenant avec l'aide des jeunes libéraux , il essai de se refaire une virginité en faisant croire a un changement d'approche qui sera plus souple ce que nous ne croyons absolument pas .... Si les jeunes libéraux qui furent d'un silence inquiétant sur un vrai grand nettoyage aurait demandé a leur chef de faire une commission d'enquête pour aller au fond des choses , nous aurions pu croire en leur bonne foi et non seulement considérer leurs interventions comme une tactique de récupération et de sauvetage mal avisée ....

  • Micheline Gagnon - Inscrite 17 août 2010 11 h 50

    Le PLQ quand il était à l'opposition

    Je me souviens que M. Charest n'épargnait pas ses sarcasmes et affichait une attitude arrogante envers le PQ lorsqu'il était chef de l'opposition.

    Maintenant au pouvoir, en toute impunité, ce chef et ses ministres ne répondent pas aux questions de l'opposition et détournent continuellement le débat provoquant ainsi des affrontements continuels. Ils se comportent comme si leur crédo était «L'attaque est la meilleure des défenses». Ils refusent systématiquement d'entendre les demandes répétées de la population transmises par la voix de l'opposition. Ils ne gouvernent que pour leurs membres du monde des affaires, un lobby très puissant, les seuls à qui ils prêtent une oreille attentive : PPP oblige même quand c’est plus cher!