Médicaments - Un risque réel

Selon une étude conduite auprès de 112 personnes âgées atteintes d'un cancer, deux sur trois d'entre elles avalent quotidiennement un cocktail de médicaments dont l'interaction peut se révéler néfaste et exacerber les effets secondaires de leur maladie au lieu de les atténuer. À quand le lancement du dossier santé informatisé dont on nous vante les vertus depuis si longtemps?

Plus la population vieillit, plus le système de santé doit composer avec des cas lourds et complexes. À l'âge de 80 ans, et bien avant dans certains cas, une même personne peut devoir être suivie pour trois, quatre pathologies différentes qui exigent une attention et un traitement particuliers de la part du médecin de famille, des spécialistes, du pharmacien du coin et de celui de l'hôpital...

Hypertension, migraines, cholestérol, arthrite, diabète, cancer, toutes ces affections appellent un traitement spécialisé, mais allez savoir si le traitement prescrit pour l'une de ces maladies ne sera pas annulé par la prise du meilleur médicament qui existe pour l'autre. Selon l'étude effectuée à l'Hôpital général juif, les deux tiers des personnes traitées pour un cancer avalaient aussi d'autres médicaments dont l'interaction présentait un risque, et dans la moitié de ces cas, le risque a été jugé important.

Dans la situation idéale, tous les professionnels impliqués dans le traitement d'une même personne devraient communiquer entre elles pour établir le traitement optimal qui tiendrait compte des contraintes propres à chaque pathologie. Dans la réalité, Dieu sait combien nous sommes loin du compte, surtout chez les personnes âgées qui prennent plusieurs médicaments sans toujours se souvenir de leur nom.

Faute de faire en sorte que médecins traitants et pharmaciens discutent de vive voix, donnons-leur au moins la possibilité d'avoir accès à distance à toute l'information nécessaire entourant le traitement d'un même patient.

Ça fait vingt ans qu'on parle du dossier santé informatisé et pourtant, malgré l'objectif de 2010 fixé par le gouvernement Charest et les quelque 320 millions investis, nous en sommes toujours à l'étape des projets pilotes qui ne mènent nulle part.

À quelques reprises déjà, le vérificateur général, Renaud Lachance, a fait reproche au gouvernement de ne pas avoir de vision claire des étapes à franchir et de ne pas respecter ses échéances. L'automne prochain, le même vérificateur général doit publier un rapport qui étendra l'analyse à l'ensemble du processus d'attribution des contrats publics aux firmes-conseils en informatique. Il devient en effet de plus en plus troublant de constater que plusieurs dossiers informatiques n'aboutissent jamais malgré les sommes colossales qui y sont englouties.

Selon plusieurs acteurs au sein du réseau de santé, les hauts fonctionnaires seraient aussi responsables de la lenteur du processus. Pour avoir vu trop grand, on aurait rendu la tâche des experts à ce point complexe qu'elle serait devenue irréalisable. On veut le croire, mais quelle que soit la raison, le fait est qu'à l'ère de la communication instantanée, ce dossier santé informatisé avance à pas de tortue et retarde l'avènement d'une pratique médicale digne des attentes les plus légitimes des citoyens autant que des professionnels de la santé.

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3 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 3 août 2010 07 h 57

    Le choix de consentir

    Je suis en principe d'accord avec l'informatisation des dossiers de santé.

    Mais les informations médicales sont des données à mon avis hautement confidentielles.

    Je suis assez inquiet qu'une telle centralisation puisse donner facilement accès à n'importe qui aux données de santé de tous les citoyens.

    Je suis aussi inquiet des vols informatiques et de la piratrie.

    En lisant la simple liste des médicaments qu'elle utilise, on peut savoir de quoi souffre une personne.

    Nombres de maladies sont source de préjugées.

    - Que se passerait-il si une telle concentration d'informations personnelles tombaient entre de mauvaises mains ?

    Il faudrait connaître les paramètres de l’utilisation, l’éthique et la politique d’utilisation d’un tel fichier central. En qplus que d'avoir une sécurité d'accès ('sil en existe) à tout casser.

    Peut-être faudrait-il que ce soit le patient lui-même qui consente à se faire ficher ou à chaque fois donner accès à son dossier.

    Tout ceci doit être dit et ouvertement débattu.


    Christian Montmarquette

    .

  • Helene Bouchard - Inscrite 3 août 2010 08 h 18

    L'informatique qui règle tout

    Je conçois qu'un système informatique intégré entre pharmacie, hôpitaux, cliniques contenant toutes les infos d'un patient serait plus efficace.Mais, est-ce vraiment la solution au problème de surconsommation de pilules?
    Si un médecin refuse une pilule pour le problème x, la personne ira vers les pilules dites naturelles. Nous sommes devenus intolérants et au moindre malaise, il arrive que l'on veuille un soulagement rapide et la pilule miracle. Allez passer quelques heures dans une pharmacie, vous allez voir comment la vente de pilule fonctionnent très bien.Il y a plein d'employés en arrière des comptoirs dans la section pharmacie.
    Faisons donc, de la prévention par tout simplement une meilleure alimentation, mais sans forcer, sans culpabiliser les gens, mais faire des campagnes pour une saine alimentation et pour la marche. Des fruits, des légumes, de l'eau en plus grande quantité, de la marche et moins de junk food et boissons gazeuses. Faire du ministère de la santé un vrai ministère de la santé et non pas comme actuellement , un ministère de la maladie qui essaie de gérer essentiellement les malades et les médicaments.

  • maxime belley - Inscrit 3 août 2010 15 h 43

    c'est vrai!!

    il faut investir sans compter dans la santé.
    mettons 100% du PIB la dedans et les gens arrêteront enfin de mourir!!

    ouest ce qu'on attend?

    on à qu'a prendre l'argent des écoles de toute façon les jeunes décrochent déjà tous!