Recensement - Les obtus

À nouveau, un comité des Communes nous a fait voir le pénible spectacle de témoins soucieux de nuances et de précisions confrontés à des députés conservateurs goguenards, suspicieux, démagogues. Le recensement, objet du débat, était au fond accessoire au regard du triomphe de l'idéologie crasse.

Mais qu'est-ce qu'on fait ici?», a fini par s'exclamer le député néodémocrate Claude Gravelle hier après-midi. Depuis des heures, le Comité parlementaire de l'industrie, des sciences et de la technologie tenait ses audiences sur la transformation du caractère obligatoire du recensement en un geste volontaire. Et les explications des témoins démontraient bien que le drame national de l'été n'était que pure fabrication.

Non seulement dans toute l'histoire canadienne, jamais personne n'a été emprisonné pour avoir refusé de répondre au recensement, mais il n'en tient qu'au gouvernement de lever cette menace de peine de prison. Et s'il trouve le recensement trop inquisiteur, il n'a qu'à le dire et les questions litigieuses seront retirées: il a toute autorité pour agir.

Alors, pourquoi ne le fait-il pas? Le ministre Tony Clement, responsable du dossier, ne l'a pas dit, pas plus que les autres députés de son parti. Le seul argument martelé toute la journée porta sur la liberté du citoyen à protéger, traditionnel sésame de la droite pour se faire entendre des électeurs.

Pour mener à bien leur démonstration, les conservateurs membres du comité, le sarcastique Maxime Bernier en tête, n'ont pas hésité à tourner en bourrique les spécialistes invités. Leur technique était simple: prendre une question du recensement, y ajouter la menace d'emprisonnement («Croyez-vous que le fait de ne pas répondre à une question sur les réparations dont a besoin votre maison doit vous mériter la prison?»), et houspiller les témoins. Dès qu'ils disaient «non», le député les coupait, refusant d'entendre le «mais» qui allait s'ajouter. Les chercheurs, gens qui savent que la réalité n'est jamais en noir et blanc et qui tiennent à l'expliquer longuement, étaient évidemment les perdants de cette brutale joute.

Comme si on pouvait répondre avec rigueur à la bêtise! Ce qu'il faut dire, c'est que ce qui a cours présentement, ce n'est pas un débat scientifique sur la meilleure manière de recueillir des données sur la population. Il s'agit plutôt de tuer, sans vérification, sans préavis, une longue tradition de précision scientifique exemplaire et la réputation internationale de Statistique Canada. Une autre parcelle d'État à faire tomber qui laissera la place aux sondeurs privés.

Toute la journée d'hier suintait le mépris conservateur envers les savants et la fonction publique. On en a pris la pleine mesure lors du témoignage du chef démissionnaire de Statistique Canada, Munir Sheikh. Insistant longuement sur la neutralité de la fonction publique au Canada qui, d'accord ou non, met en oeuvre loyalement les décisions qui relèvent des politiciens, il a souligné avoir été un fidèle soldat jusqu'à la fin.

Quel contraste avec le ministre Clement qui, pour gagner la bataille de l'opinion publique, n'a pas hésité, la semaine dernière, à laisser entendre que le changement décidé par le gouvernement avait reçu l'aval de Statistique Canada. Plongé malgré lui dans la controverse, M. Sheikh a choisi de quitter son poste. Malgré tout, il refusait encore hier de se laisser entraîner dans des attaques contre le gouvernement ou le ministre.

Ce respect de l'État n'a plus de réciproque. Pire encore, le gouvernement s'en moque.
9 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 28 juillet 2010 07 h 33

    Le recensement, les Bleus et le vote ethnique

    Depuis le début de cette histoire loufoque, on se demande mais d'où ça sort? Pourquoi changer quelque chose qui fonctionne si bien au pays du if ain't broke, don't fix it? Bill Clement vient de cracher le morceau

    «Some new Canadians, he said, have been reduced to tears and terrified of deportation when they have been told to complete the form» C'est-y pas terrible? De pauvres immigrants torturés par des bureaucrates au royaume du plus-meilleur! Exit le long questionnaire obligatoire. Finie la torture des immigrants...

    Ici, il faut bien lire le contexte politique. Les Conservateurs se sont cassés la gueule deux fois sur le Québec francophone qui l'empêche d'obtenir sa majorité parlementaire. Alors que faire pour contourner le damn Québec?
    1) D'abord, changer la carte électorale. Gonfler l'Ontario et réduire le Québec à 22%, en disant que c'est le poids démographique du Québec dans le nouveau Canada, mais en cachant bien que les ÉLECTEURS québécois font toujours 25% de l'électorat canadien; 118 votes au Québec vont maintenant valoir 100 votes dans le ROC.
    2) Ensuite, draguer à fond le vote ethnique en Ontario, une province qui compte 28% d'immigrants. En ajoutant les enfants, c'est le tiers du vote!

    Depuis 40 ans, le vote ethnique est acquis, à la vie à la mort, au Parti de Trudeau, le parti qui a tué le Canada blanc pour en faire l'un des pays les plus multiethnique au monde. Mais les valeurs des nouveaux immigrants sont beaucoup plus proches de celles des Tories que de celles des Libs. Avortement, religion, peine de mort, mariage gay, éducation sexuelle à l'école, les nouveaux immigrans sont à des années-lumière d'Iggy d'Harvard. Harper l'a très bien compris.

    Alors, après avoir gonflé l'Ontario à 121 sièges (deux fois le Québec français!!!), on va maintenant passer le chapeau.
    C'est ça qui est caché derrière la dérive du recensement biaisé.

  • François Dugal - Inscrit 28 juillet 2010 09 h 41

    Notre beau Canada

    Le Canada est le «plusse meilleur» pays du monde. Le gouvernement conservateur fait ce que veulent une majorité de «canadians»; ainsi va la démocratie.
    Je rappelle à tous les «chiâleux» que l'opposition de Sa Majesté tient ce gouvernement minoritaire en place, ce qui en dit long sur notre vie démocratique.

  • Raymond Perreault - Inscrit 28 juillet 2010 09 h 54

    Les Laflaque

    Désormais, je parlerai de nos Laflaque pour nommer nos chers députés conservateurs: toujours très surs d'eux, même s'ils n'ont aucun argument valable pour se justifier. Contredits, ils changent de sujet ou se lancent dans la démagogie crasse, i.e. 1000 plaintes par jour au bureau de Monsieur Bernier.
    Est-ce que le recoupement des données du fisc avec celles du recensement donnerit la trouille à certains?

  • T. Julien - Inscrit 29 juillet 2010 07 h 50

    A bas Big Brother (socialiste) et Vive la liberté!

    De faire peur aux gens (immigrants ou pas), en les obligeant à répondre à des questions souvent très personnelles SOUS MENACE d'un emprisonnement ou d'une déportation TIENT D'UN RIDICULE ABSOLU! Bravo au gouvernement Harper pour REDONNER LA LIBERTÉ DE CHOIX à TOUS les Canadiens y comprit les Québécois!
    SI toutefois, le gouvernement du Qc VEUT continuer à s'ingérer dans la vie privée de sa Communauté (population), IL (gouv.Qc) pourra le faire "indépendamment d'Ottawa".

  • T. Julien - Inscrit 29 juillet 2010 07 h 57

    Vive la liberté!

    Personnellement, je suis entièrement d'accord avec le gouvernement Harper d'abolir "la menace" d'une peine d'emprisonnement pour ne pas remplir un formulaire.
    SI, les Provinces requierts plus d'informations statistiques, qu'elles le fassent indépendamment d'Ottawa; AINSI, il y aura MOINS d'ingérances d'Ottawa dans les affaires Provinciales.

    Entièrement pour "PLUS D'INDÉPENDANCE" d'Ottawa dans les Provinces! Contrairement à nos socialistes (souverainistes etc.), je suis entièrement d'accord avec PLUS d'indépendance et de "liberté de choix" des Provinces...