Gouvernement Charest - Changement attendu

Attaques et insultes venues de tous bords tous côtés ont été la règle plutôt que l'exception de la session du printemps de l'Assemblée nationale. Le traditionnel fair-play et l'esprit de collaboration entre partis ont fait place à l'acrimonie et à la méfiance. Quatre mois qui ont servi de révélateur de la faiblesse du gouvernement Charest, laquelle aura permis à l'opposition péquiste de s'affirmer.

Ces quatre mois, toute la joute politique a été dominée par une seule grande question, l'intégrité, qui s'est déclinée principalement en trois thèmes: construction, garderies, caisses électorales. Tout le reste, à l'exception des finances publiques dont l'état exigeait que soient prises des mesures de redressement rigoureuses, aura été occulté par la demande, répétée jour après jour et refusée jour après jour, de la tenue d'une enquête publique sur l'industrie de la construction et le financement des partis politiques.

Le réquisitoire de l'opposition n'avait rien d'artificiel. Les révélations de la dernière année sur des cas de malversation et de collusion dans l'attribution de contrats ou de permis avaient déjà convaincu les Québécois de sa nécessité. Il lui aura suffi de relayer le sentiment de l'opinion publique et d'alimenter la chronique des faveurs aux amis du pouvoir pour pousser le gouvernement dans les câbles.

L'erreur des libéraux aura été de sous-estimer la profondeur du sentiment populaire sur la question d'intégrité et l'ampleur du problème. Erreur aussi de croire qu'après quelques semaines, on finirait par oublier. Mais il y a eu les allégations de l'ancien ministre Marc Bellemare sur la nomination à des postes de juge de contributeurs à la caisse électorale du parti, puis les révélations au sujet de l'octroi de permis de garderie par le ministre de la Famille, Tony Tomassi, à des amis du parti ou des amis personnels.

Tony Tomassi, chassé du cabinet en raison de l'acceptation d'avantages financiers personnels d'un contributeur à la caisse libérale, est celui qui incarne le mieux les problèmes du gouvernement. Avant d'être pris littéralement la main dans le sac, il aura pendant des semaines opposé négations sur négations, suivant en cela la ligne du parti. Le seul «oui» ne sera venu que tardivement, par la mise à l'étude du projet de loi numéro 48 devant conduire à l'adoption d'un code d'éthique pour les parlementaires.

Tony Tomassi aura aussi symbolisé à lui seul la faiblesse du Conseil des ministres qui entoure le premier ministre Jean Charest, qui souffre toujours du départ des Philippe Couillard et Monique Jérôme-Forget. Certes, il lui reste quelques solides ministres, tels Raymond Bachand, Michelle Courchesne et la discrète Monique Gagnon-Tremblay, mais ils sont peu nombreux. Ces prochaines semaines, il y aura remaniement. Cela s'impose, mais ce gouvernement a besoin de plus pour retrouver la confiance des Québécois. Ce qui doit changer, c'est d'abord son attitude. Il ne doit pas y avoir de doute quant à son intégrité. Il ne doit plus y avoir de Tony Tomassi qui font passer le parti avant la patrie. Des Tony Tomassi qui confondent intégrité avec légalité.

Le premier ministre a trouvé difficile cette session. Il est vrai qu'elle le fut. Pendant ces quatre mois, il a été constamment sur la défensive. Mais c'est lui qui a choisi cette position. C'est lui qui a dit non à une enquête. C'est lui qui, en ne se montrant pas intraitable sur les questions d'intégrité, a nourri les attaques de l'opposition, qui ne demande pas mieux que cela continue. À lui de donner le signal du changement.

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