Médecins - Les docteurs s'annoncent

On dit que Diagnostic, le «documentaire» diffusé sur YouTube par la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) remporte un franc succès. Constituée de témoignages de médecins qui parlent de leur pratique et dénoncent le temps d'attente imposé aux patients par la pénurie d'omnipraticiens, l'opération vise à faire pression sur Québec dans le cadre des négociations en cours.

Outre ces huit courtes vidéos diffusées sur YouTube, la campagne conçue par l'agence de publicité BCP inclut une page Facebook, des messages télévisés, des annonces imprimées, de l'affichage et l'achat de mots clés sur Google qui vous incitent à visiter YouTube et Facebook. Il s'agit donc d'une opération complexe et très coûteuse, comme celle de l'autre fédération qui est aussi en négociations, celle des spécialistes du Dr Gaétan Barrette.

Il est d'ailleurs amusant de comparer les deux campagnes, aussi différentes que les présidents des fédérations. Autant la campagne des spécialistes proposant de nouvelles taxes pour financer la santé pouvait être provocatrice, à l'image du Dr Barrette, autant celle des omnipraticiens joue la carte du bon docteur Godin, homme calme et rassurant. Mais dans un cas comme dans l'autre, l'objectif est le même: on veut plus d'argent, beaucoup plus d'argent pour atteindre la moyenne canadienne.

La Fédération des omnipraticiens n'a pas tort de relier la pénurie de médecins de famille à l'écart croissant qui sépare leur rémunération de celle des spécialistes, de même qu'à l'insuffisance de ressources mises à leur disposition. La médecine familiale manque de lustre aux yeux des futurs docteurs qui préfèrent poursuivre leurs études en spécialité au lieu d'accepter l'un des nombreux postes vacants dans le réseau.

Cela dit, outre le fait que tout cela coûte très cher, il faut remarquer que la plupart des demandes des omnipraticiens vont dans le sens de renforcer la pratique en cabinet privé en en faisant payer le coût au Trésor. Les omnipraticiens demandent que l'État prenne l'informatisation des cabinets privés à sa charge et fournisse des infirmières pour réduire leur fardeau de travail et leur permettre de voir plus de patients. Bien, mais ne serait-ce pas plus logique d'accorder priorité à la formation de cliniciennes autonomes en CLSC, en cliniques réseaux et en Groupes de médecine familiale au lieu de fournir des assistantes techniques aux médecins de pratique privée?

Il existe aussi d'autres moyens d'atténuer la pénurie d'omnipraticiens, comme de limiter l'accès en faculté aux candidats étrangers qui ne pratiqueront jamais au Québec et de sortir les étudiants des hôpitaux pendant une partie de leur formation pour leur donner une meilleure idée du travail. Il y a l'argent, certes puisqu'il y a toujours l'argent! mais il y a aussi le statut de l'omnipraticien qui doit être revalorisé à l'université et partout dans le réseau public de santé.

***

j-rsansfacon@ledevoir.ca

À voir en vidéo