Compressions - Simpliste

Pour flatter le public dans le bon sens du poil, prouver qu'en tant que gouvernement, on a pris les choses en main, il suffit de dire «compressions dans l'appareil public», d'y adjoindre un pourcentage (disons 25 %) et des mots comme «publicité» ou «voyages»... L'effet est garanti: dans les sondages, l'approbation grimpe à des niveaux stratosphériques. Et tant pis si les gestionnaires s'arrachent les cheveux devant ce simplisme de mauvais aloi.

Concrétisant le budget québécois de la fin mars, les coupes administratives dans les ministères et organismes étatiques sont maintenant prévues dans le projet de loi 100 déposé il y a deux semaines. Du pur mur-à-mur: on ne distingue ni entre une université, un hôpital, le BAPE ou Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Et nul n'a le choix des moyens. La commande est précise: il faut couper dans le personnel administratif, en formation, en frais de déplacement et en publicité. Le plan de compressions est attendu sur le bureau des ministres responsables pour le 30 septembre. Tout l'été pour sabrer: quelle joie!

Les dirigeants et administrateurs des dizaines et dizaines d'organismes touchés ne décolèrent pas. Ils ne peuvent le dire à haute voix, mais ils savent bien de quelle démagogie relève l'exercice que leur demande le gouvernement Charest: faire illusion pour apaiser les contribuables en colère. Qu'importe si ce qui est demandé n'a ni rime ni raison, tient de l'économie de bouts de chandelles, ou affectera au final le service rendu au citoyen.

La publicité par exemple, reléguée au rang de bien gros péché. Mais comment croit-on que, sans elle, Télé-Québec va s'attirer des téléspectateurs en une ère où l'offre télévisuelle explose, où la concurrence est impitoyable? Et qui blâmera-t-on si Télé-Québec ne performe pas? Non, pas le gouvernement qui lui impose ces contraintes invraisemblables.

Et les déplacements? Le contribuable voit aussitôt Cannes et la dolce vita dont auraient profité certains organismes. Mais il ne pense pas à ceux qui ont des bureaux régionaux — la Commission des droits de la personne et de la jeunesse ou la CSST; ni aux autres dont le travail implique de se rendre sur place — comme le BAPE ou le Bureau du coroner; ni aux musées où il faut bien voyager un peu pour préparer des expositions, faire des acquisitions... Pour eux tous, couper le quart des déplacements est complètement illusoire.

Quant à la formation, elle ne se résume pas toute aux délires de croissance personnelle qui ont si souvent fait les manchettes!

Exiger de réduire dans chaque établissement le personnel administratif est aussi dévastateur. N'en déplaise aux propos gouvernementaux, couper le personnel d'archivage d'un hôpital aura des impacts sur le service au citoyen. Et réduire le nombre de cadres dans les cégeps et les universités augmentera la tâche des professeurs. Car le travail à faire ne disparaîtra pas!

En fait, la nomenclature est interminable de tous les effets pervers de l'approche gouvernementale. Le projet de loi prévoit que le gouvernement pourra se montrer plus souple dans certains cas. Mais quel temps fou va-t-on perdre dans cet exercice de microgestion aux micro-économies!

Pendant ce temps, on laisse de côté le vrai problème structurel de l'appareil étatique: la rémunération privilégiée qu'on trouve à la Caisse de dépôt et placement et dans les sociétés d'État (Hydro-Québec, Société des alcools, Loto-Québec...) qui, de surcroît, ont toujours droit à des régimes d'exception même dans le projet de loi 100. Mais le gouvernement s'en fout, puisque le grand public mêle tout.
 
6 commentaires
  • Khayman - Inscrit 26 mai 2010 08 h 08

    Simpliste en effet

    Votre éditorial est à l'image de ce que vous dénoncez : simpliste.

    « Et réduire le nombre de cadres dans les cégeps et les universités augmentera la tâche des professeurs. »

    Présentement, ce sont les cadres et les professionnels qui alourdissent ma tâche avec une tonne de commandes toutes plus déconnectées les unes que les autres du vrai centre névralgique de la pédagogie : la classe.

    Votre texte suppose que nous avons des gestionnaires qui nous aident à faire notre travail. Pour ça, il faudrait qu'ils se tournent vers leur base pour améliorer les services à partir des témoignages de ceux qui les donnent. Je peux vous dire qu'ils sont plutôt tournés « vers le haut » pour accomplir les commandes de papier du ministère.

    Trop de reddition de comptes tue la reddition de comptes. Diminuez la taille de ce ministère qui tente de faire des directives aussi bonnes pour une école de Gaspésie que pour une d'Hochelaga-Maisonneuve et tout le monde sera content.

    Voilà. Moi aussi je peux faire dans le simple.

  • François Dugal - Inscrit 26 mai 2010 08 h 27

    Joies de la démocratie

    Le PM a les deux mains sur le volant et, puisqu'il est démocratiquement élu et majoritaire, il va où il veut.
    Vous êtes insatisfait? Il fallait y penser avant.
    Rendez-vous dans trois ans, et fermez vos gueules.

  • France Marcotte - Abonnée 26 mai 2010 09 h 35

    À la fois roi et pion

    Le public se désintéresse de la politique en alléguant que c'est pourri et le gouvernement corrompu s'en réjouit. Le gouvernement fait simple en improvisant des mesures tape-à-l'oeil qui font régresser en se se disant que le public est idiot et qu'il s'en fout, il veut qu'on dégraisse, on lui laisse entendre qu'on dégraisse et celui-ci part en vacances dans son VUS climatisé tranquille. Mais le public réclame depuis des mois une enquête sur le magouillage, qui va au fond des choses, et on lui répond de se mêler de ses affaires, que c'est pas lui qui mène. Mais quand il s'agit de couper bêtement dans les dépenses étatiques, là, le public dégoûté et cynique est roi. Conclusion: le public est sage quand il s'agit qu'il s'en prenne à lui-même et idiot quand il exige qu'on lui rende des comptes.

  • Bernard Bérubé - Abonné 26 mai 2010 10 h 26

    Réponse à Khayman

    Bonjour!
    Je ne vois pas en quoi le psychologue qui vient en aide à un étudiant alourdit votre tâche. Non plus le conseiller pédagogique ou l'aide pédagogique qui intervient auprès des enseignants ayant en classe un ou des étudiants avec des limitations fonctionnelles. Qui coordonnera les évaluations de programme???
    Vous semblez ignorer la contribution importante et nécessaire du personnel professionnel dans les cégeps!
    Bernard Bérubé
    Président de la Fédération du personnel des collèges et syndiqué comme vous!!!

  • Khayman - Inscrit 26 mai 2010 12 h 24

    @Bernard Bérubé

    Bonjour M. Bérubé,

    Je crois que c'est la culture institutionnelle de mon collège qui fait en sorte que plusieurs professionnels alourdissent ma tâche.

    Ainsi, par exemple et suite, je crois, à des commandes patronales, des conseillers pédagogiques me demandent de réécrire mes plans de cours et plans cadres aux 3 ans pour continuer à « patcher » cette réforme de m*rde. Des aides pédagogiques individuels me demandent de confirmer les compétences dans ma discipline d'étudiants aux parcours tortueux qui veulent se faire créditer des cours. Ou encore des éducatrices spécialisées me demandent de faire des examens spéciaux pour les cas de dyslexie, dysphasie, TDA/H et autres trucs pour lesquels je n'ai aucune compétence.

    Notre nombre de professionnels au collège a presque doublé en 10 ans et leur attitude est loin d'être celle de « Conseillers » et d' « Aide ».

    Et parlant de solidarité et Front commun, on repassera. Nous avons commencé à entreprendre des moyens de pression pour faire avancer les négociations et nos professionnels se sont rapidement rangés derrière la direction en nous dénonçant devant elle.