Crise de l'euro - Sursaut allemand

Les Européens sont à la peine. Il en est ainsi parce que leurs dirigeants ne parviennent pas à convaincre qu'ils maîtrisent bel et bien le destin de l'euro et au-delà celui de l'Europe. Il en est ainsi parce que l'euro est une monnaie sans tête.

Il y a d'abord ces mots prononcés par la chancelière Angela Merkel plus tôt cette semaine: «Ceci est notre tâche historique. Si l'euro sombre, alors l'Europe sombrera également. L'euro est en danger. Si nous n'écartons pas ce danger, alors les conséquences pour l'Europe seront incalculables et les conséquences en dehors de l'Europe le seront également.» Fondu dans les mots de la gravité, son propos a été jugé comme un exercice de dramatisation par les uns, comme un sursaut politique laissant entrevoir une gamme de mesures musclées orchestrée à Berlin et exigée par Berlin.

Au ras des pâquerettes, ce propos s'est traduit ainsi: son gouvernement veut une réforme des traités monétaire et de Lisbonne, des amendements au pacte de stabilité, un droit de surveillance sur les budgets nationaux des pays partageant l'euro, l'introduction de la suspension des droits de vote des nations qui ne respecteraient pas les critères financiers, l'établissement d'un mécanisme de faillite des pays insolvables, la mise au pas des fonds spéculatifs exerçant sur le territoire européen. En attendant de convaincre ses collègues, elle a décrété l'interdiction des ventes à découvert jusqu'en mars 2011 afin de réduire les attaques spéculatives contre la monnaie.

Reprenons d'autres mots de la Dame de fer version allemande: «L'Europe a besoin d'une nouvelle culture de stabilité.» Et maintenant, puisons dans l'Histoire. Au début des années 1960, Charles de Gaulle et Conrad Adenauer avaient instauré la stabilité en se partageant les tâches, grosso modo, en déléguant le geste politique au Français, l'économique à l'Allemand. Dans la foulée, le couple franco-allemand se posait en architecte en chef de la construction européenne.

Depuis la chute du Mur, la réunification des deux Allemagnes et surtout l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle génération de dirigeants n'ayant pas connu la guerre, le pacte fixé par De Gaulle et Adenauer a été quelque peu ébranlé. Pour preuve, cette phrase qu'a formulée Gerard Schröder en présence de l'historien Elie Barnavi et que ce dernier reprend dans une récente chronique: «Le temps où les Allemands trimaient et les Français s'agitaient sur le devant de la scène est révolu.» Ajoutez à ce propos un dédain pour la piètre santé économique des pays dits du Club Med — Grèce, Italie, Espagne et Portugal — et vous obtiendrez une radioscopie de ce que pense actuellement Merkel.

Elle veut que ce soit son projet qui passe. Elle ne veut pas d'une gouvernance économique telle qu'avancée par le gouvernement français, qui suppose un partage des responsabilités politiques et, in fine, une autre délégation de pouvoir, une autre soustraction de pouvoirs politiques. Merkel colle comme jamais à son opinion publique qui lui a infligé une défaite grave lors d'une élection régionale parce que l'opinion en question ne voulait pas qu'on vole au secours de la Grèce.

La conclusion? On l'emprunte justement à l'historien Barnavi: «Ceux qui aimaient l'Europe à l'anglaise adoreront l'Europe à l'allemande. Ceux qui aiment l'Europe tout court n'auront pas assez de larmes pour pleurer leur rêve malmené.» On ne saurait mieux dire.
1 commentaire
  • Michel Gaudette - Inscrit 21 mai 2010 16 h 02

    La cigale francaise et la fourmi allemande : Il est grand temps que l'Allemagne remette la France à sa place !

    Il est grand temps que les Allemands remettent la France à sa place. L'opération raccolage de Sarkozy face à l,Allemegne ne constitue en fait que la démonstration éclatante d'une France incapable d'assumer le jeu de la mondialisation et celui de l'Union européenne.

    Oui, il est grand temps que Merkel se démarque d'une France qui ne fait que tenter de manipuler l'UE à ses propres intérêts sans oublier la sinistre tendance protectionniste de la France...

    La cigale française ayant chanté tout l'été se trouva fort dépourvue quand la crise fut venue...