Enquête publique - Les foulards blancs

Le vérificateur général de la Ville de Montréal, Jacques Bergeron, déposait mardi son rapport annuel au conseil municipal de Montréal. Parmi les choses qu'il a notées et qui méritent attention est cette analyse qu'il a faite de l'attribution de contrats par les arrondissements de Montréal. Une analyse qui l'a laissé perplexe.

Le vérificateur constate que, de 2006 à 2009, des arrondissements ont accordé à répétition des contrats de travaux publics au même entrepreneur. Par exemple, Construction Louisbourg a obtenu durant cette période tous les contrats de l'arrondissement d'Anjou. Cette compagnie est la propriété de Tony Accurso, cet homme d'affaires qui avait reçu sur son bateau de plaisance dans les Antilles le président du comité exécutif de Montréal, Frank Zampino, alors qu'il participait à l'appel d'offres pour le contrat des compteurs d'eau de la ville. Entreprises Catcan, qui appartient à Paolo Catania, a eu pour sa part 26 des 26 contrats adjugés par Verdun. Dans plusieurs autres arrondissements, M. Bergeron note qu'un même entrepreneur a obtenu plus de la moitié des contrats octroyés.

Cette analyse du vérificateur nous rappelle les allégations de collusion soulevées l'an dernier sur l'existence d'un système de partage des contrats entre entreprises de la construction. Ces allégations répétées, comme les irrégularités observées dans l'attribution du contrat des compteurs d'eau, a conduit à cette idée d'une enquête publique sur le monde de la construction qu'a refusée et que refuse toujours obstinément le premier ministre Jean Charest. À la place, il a demandé à la Sûreté du Québec de créer une escouade spéciale d'enquête, l'escouade Marteau.

De mois en mois, le dossier pour la tenue d'une telle enquête n'a cessé de s'alourdir alors que d'autres révélations, venant notamment de l'ancien ministre libéral Marc Bellemare, ont fait état de liens entre des nominations ou encore entre l'attribution de permis, autorisations et subventions et des contributions à la caisse du Parti libéral.

La réaction du premier ministre a été d'instituer une commission dont le mandat d'enquête porte spécifiquement sur le processus de nomination des juges mis en cause par M. Bellemare. Il a réagi rapidement, car son intégrité personnelle était mise en cause par Marc Bellemare, qui soutenait l'avoir informé des pressions qu'il subissait pour nommer juges des amis du parti. Ce que ne voit pas le premier ministre, c'est que toutes ces allégations persistant, c'est l'intégrité non seulement du Parti libéral et du gouvernement qui est mise en cause, mais aussi celle de tous les partis politiques, de tous les élus.

Il y a quelques jours, le maire de Québec, Régis Labeaume, reprochait au maire de Montréal de ne pas avoir voulu voir ce qui se passait dans sa ville. Il lui rappelait qu'aujourd'hui, tous les politiciens paient chèrement pour cela. Son message vaut aussi pour M. Charest. Hier, les partis d'opposition à l'Assemblée nationale portaient un foulard blanc symbolisant la lumière qui demande à être faite. Il serait temps d'y venir.

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bdescoteaux@ledevoir.com
10 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 20 mai 2010 03 h 34

    Des foulards blancs...

    Des foulards blancs, symboles de pureté, pour tenter de dissimuler le fait que l'on s'adonne à de la politique "poubelle".

    Des foulards blancs, symboles de pureté, pour dissimuler le fait qu'un jour on escompte que le parti au pouvoir ne sera plus majoritaire, un de ses membres étant très malade, et d'autres, incertains de leurs sièges, pour dire le lendemain qu'il est impossible qu'on ait songé à celà.

    Des foulards blancs, enfin, pour signifier que l'on réclame le pouvoir sans programme et sans l'appui de sondages favorables.

  • Prudhomme Josette - Inscrit 20 mai 2010 06 h 46

    Damage Control

    Premier commentaire pro-gouvernement à 3h34 du matin...on se lève tôt (ou on se couche tard) au cabinet de relations publiques National!

  • michel lebel - Inscrit 20 mai 2010 07 h 26

    Les médias!

    Non! Il ne doit pas y avoir une telle enquête comme il ne devait pas y avoir une enquête Bastarache. Le médias contribuent grandement à l'air politique vicié actuel. Évidement ils s'en gardent, ces parangons de la vertu. Les médias carburent trop aux insinuations, aux doutes, aux "crimes" par asssociation, sans que les preuve soient établies. Marc Bellemarre ne devrait pas être leur modèle! Mais les médias n'admettront jamais leur tort. Orgueil et vanité...

  • PaysanP - Inscrit 20 mai 2010 08 h 17

    Les médias

    @M. Lebel
    Sauf que les médias, au Québec, sont libérales.

  • Paul Verreault - Inscrit 20 mai 2010 08 h 25

    Le loup et l'agneau

    Les Canadians du Québec, derrière Charest qui pratique la politique de retour d'ascenseur en échange de financement du PLQ, parient sur le loup, car ils profitent eux aussi de ce système.