Mines - Sacrifier l'avenir

Au moment où les Québécois prennent conscience qu'ils ne retirent pratiquement rien de l'exploitation de leurs propres ressources, l'Australie annonce une surtaxe de 40 % sur les profits des sociétés minières. Dieu que nous sommes généreux envers les actionnaires de ce secteur en pleine expansion!

La commission parlementaire chargée d'étudier le projet de modernisation de la Loi sur les mines poursuit ses travaux cette semaine à Québec. Plusieurs mesures proposées étaient devenues incontournables, telle l'obligation pour les sociétés de verser d'entrée de jeu 100 % des sommes nécessaires à la restauration des sites. Cela ne règle pas le cas des centaines de sites orphelins, mais c'est un début.

Malheureusement, le projet de loi continue de faire la part trop belle aux exploitants dont certains sont carrément dénués de scrupules, et surtout, il exclut toute consultation sur l'épineux dossier des redevances puisque le ministre des Finances a déjà tranché en faveur des compagnies dans son budget.

L'an dernier, le vérificateur général nous apprenait qu'en 2007, les minières avaient extrait pour près de 4 milliards de dollars de minerai pour lequel elles n'ont versé que 52 millions de dollars en droits miniers, soit moins que les 140 millions de crédits d'impôt qu'elles ont obtenus de l'État. L'explication d'un tel laxisme de la part d'un gouvernement censé défendre les intérêts collectifs, libéral comme péquiste, c'est que malgré une demande croissante à l'échelle planétaire, les ressources naturelles ne sont toujours pas gérées comme une rente collective à long terme, mais comme un moyen facile de combattre le chômage régional entre deux élections. Sans parler des cadeaux faits aux partis et aux politiciens eux-mêmes, comme d'embaucher un ex-ministre des Ressources naturelles alors que son parti est toujours au pouvoir, ce qui fut le cas du libéral Pierre Corbeil.

Dans son dernier budget, le ministre Raymond Bachand a inscrit des revenus supplémentaires d'à peine 57 millions en 2012-2013 sur une valeur d'exploitation du minerai qui dépassera sûrement les 5 à 6 milliards de dollars! Pour une minière comme Osisko, qui creuse une mine géante à ciel ouvert en plein village de Malartic, les changements feront porter les redevances versées aux Québécois de 68 à 88 millions de dollars pour toute la durée du projet alors que les actionnaires se seront partagé plus d'un milliard net! Une sinistre farce qui explique le titre de paradis des sociétés minières décerné par l'Institut Fraser, le plus servile des lobbys d'entreprises au pays!

Pendant ce temps, le gouvernement australien, dont le pays abrite les plus grands producteurs miniers du monde, vient d'annoncer que l'impôt des sociétés minières passera de 43 % à 58 % de leurs profits en 2012. Ce qui amène le président de la BHP Billiton à brandir la menace d'une fuite de capitaux vers... le Canada, où l'impôt total ne dépasse pas 23 % des profits, selon ses dires, et le Brésil et ses 38 %. Pour qui cherche des vaches sacrées, en voici une bien grasse!

Au risque de le redire, l'or, le cuivre et les diamants appartiennent à tous. Plus l'économie se mondialise, plus leur valeur grimpe... et continuera de grimper. Laisser des compagnies les exploiter sans attendre autre chose en retour que des jobs temporaires, c'est faire preuve d'une complicité criminelle dans le pillage de la rente due aux générations futures.
6 commentaires
  • Roger Lapointe - Inscrit 19 mai 2010 06 h 18

    QUÉBEC: Le paradis pour les minières et l'enfer pour les populations.

    L'institut FRASER qui a pour mission première de défendre les privilèges des entreprises y compris les minières, se réjouit évidemment que le Québec soit considéré comme le PARADIS sur terre pour les exploitants qui rechignent a verser la moindre redevance à l'État qui les subventionne outrageusement sous plusieurs formes directes ou indirectes. L'Australie qui possède tout comme le Québec des ressources minérales importantes n'hésite pas a imposer des redevances qui seront bientôt de l'ordre des 50% sans craindre pour autant le chantage médiatique que les puissantes cies vont enclencher pour intimider le gouvernement courageux de l'Australie. NORANDA MINES qui a pollué l'Abitibi pendant près de 75 ans tout en retirant de ses installations des milliards de $ en profit sans impôts ou redevances dignes de ce nom, a plier bagage et transmis à d'autres, en l'occurence l'Anglo Suisse XSTRATA, son désastreux héritage sans verser un seul dollar à la ville de Rouyn-Noranda comme compensation pour la destruction de l'environnement. La timide refonte de la loi sur les mines que le gouvernement Charest va mettre en place pour sauver la face, va permettre à OSISKO et aux autres de verser le maximum de dividendes à ses actionnaires au détriment des intérêts des populations directement concernées par ce fonctionnement désastreux et irresponsable.Politique éhontée de RÉPUBLIQUE BANANIÈRE menée par des êtres serviles et irresponsables.On pourrait écrire la même critique pour l'extraction de l'eau revendue à prix d'or sur tous les marchés.

  • France Marcotte - Inscrite 19 mai 2010 08 h 16

    Piller le Québec par en-dessous

    En vous lisant monsieur Sanfaçon, j'avais l'impression de replonger dans un passé de misère, où l'ignorance et les besoins pressants faisaient en sorte que la création immédiate de jobs était le principal critère pour évaluer un projet et les exploitants étaient vus comme des sauveurs qui imposaient les conditions de notre sauvetage. On dirait bien que ce réflexe n'a pas beaucoup évolué et de transformer le Québec en gruyère sans qu'on en tire vraiment de bénéfices ne nous fait pas un avenir très radieux. La machinerie pour nous creuser des trous est certainement technologiquement plus avancée et les mineurs ont la vie meilleure mais pourquoi s'en contenter? Du vol consenti dans des conditions modernes, c'est du vol quand même. Notre dignité, elle, traîne la patte. Merci de dire les choses avec clarté.

  • jacques noel - Inscrit 19 mai 2010 08 h 16

    L'Avenir du Québec

    Avec 1,3 milliard de Chinois et 1,1 milliard d'Indiens qui vont "s'équiper" dans les prochaines décennies, l'avenir du Québec, avec son sol riche en minerais, est glorieux.
    Encore faut-il le décoloniser?

    La première chose à faire? Allez chercher les 2 milliards de barils de pétrole qui dorment au nord des Iles, créer un Pétro-Québec, et vendre à un prix raisonnable. On se libèrerait enfin du pétrole étranger et du monopole des pétrolières qui se foutent complètement des Québécois

  • Jacques Morissette - Inscrit 19 mai 2010 08 h 54

    Généreux, c'est peu dire!

    Je vous cite: «Dieu que nous sommes généreux envers les actionnaires de ce secteur en pleine expansion!"» Généreux, c'est peu dire! Permettez-moi de citer un auteur sur les impôts minimaux:
    «Toutes les conclusions ultralibérales sur la nécessité d'un impôt minimal sont l'illustration parfaite des aberrations logiques auxquelles peut conduire l'extrapolation d'idées justes, biaisées par une idéologie individualiste et matérialiste qui assimile la richesse humaine à l'accumulation de biens marchands. Il est en effet parfaitement exact de souligner les effets pervers de l'impôt sur les incitations individuelles à travailler et à produire. Mais seule l'hypothèse saugrenue que l'impôt n'a que des effets pervers et que les biens publics qu'il finance sont inutiles permet d'aboutir à la thèse de l'impôt minimal.» (p. 142)
    Une autre petite citation du même auteur:
    «Les meilleurs s'en vont et nous on reste? Tout dépend de ce que l'on entend par les «meilleurs». Meilleurs quoi : calculettes ou citoyens? La question de fond est des avoir si notre ambition est de disparaître complètement en tant que nations de citoyens qui choisissent de vivre ensemble selon des règles communes, pour nous transformer en collections d'individus interchangeables et téléportables d'un bout à l'autre de la planète, en fonction du taux de rémunération de notre travail ou de notre capital. (p.148)
    Jacques Généreux, Les Vraies Lois de l'économie, France, Seuil, 2005, 358 p.

  • Michel Samson - Inscrit 19 mai 2010 09 h 28

    Votre éditorial : un baume...

    ...que J'aimerais voir porter à conséquence. Sauf qu'on est présentement dirigé par un gouvernement tellement déconnecté et en chute libre qu'il n'en sortira rien de bon. Cela veut dire que ce gouvernement reste complètement isolé dans sa bulle et ne tient surtout pas compte des avis éclairés sur cette question de spoliation de nos ressources minières. Le cas est rien moins que scandaleux et rien ne se passe, le ronron libéral continue de faire entendre son refrain de réforme tape-à-l'oeil du secteur des mines, ceux qui en vivent comme locataires se taisent et les autres «dorment au gaz».

    Donc, un grand merci pour votre éditorial, il dit les choses comme elles le devraient, clairement et sans ambiguïté. Et tant pis pour nous, parce qu'il ne s'agira à nouveau que d'un coup d'épée dans l'eau fangeuse du gouvernement libéral.