Nucléaire iranien - La répudiation

Après avoir freiné des quatre fers toute addition de sanctions imposées à l'Iran pendant des mois, la Chine a décidé de faire front commun avec les autres membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU. Ce revirement a été annoncé au lendemain du dévoilement d'une proposition négociée par le Brésil et la Turquie avec l'Iran. En un mot, l'accord entre les États-Unis, la Russie, la Chine, la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne s'avère une répudiation de l'entente entre Ankara, Brasília et Téhéran.

Cette dernière prévoyait le troc suivant: la Turquie entrepose 1200 kg d'uranium iranien faiblement enrichi, après quoi, douze mois plus tard, l'Iran récolte 12 kg d'un uranium plus enrichi, mais inutilisable sur le plan militaire. Qui aurait transformé cette matière à des fins strictement médicales? La France et la Russie, deux permanents du Conseil. Sur cet aspect du dossier, une zone grise subsiste: est-ce que Paris et Moscou ont donné des gages à cet égard?

Toujours est-il qu'en rejetant l'initiative du trio, qu'en rejoignant les rangs des autres poids lourds du Conseil, la Chine a d'autant plus surpris qu'elle est passablement tributaire du gaz et du pétrole iranien, si essentiels à sa croissance. On se souviendra qu'en 2009, Pékin et Téhéran ont signé le plus important accord gazier de l'histoire. Le moteur de ce revirement s'explique, en partie, par un calcul.

C'est tout simple: en acheminant 1200 kg de son uranium en Turquie, le régime des ayatollahs déménageait seulement la moitié de son stock. Autrement dit, Téhéran conservait sur son territoire suffisamment de matière fissile pour confectionner une bombe. Une réalité jugée inacceptable par les États-Unis, l'Europe et la Russie. Autrefois opposée à la greffe de nouvelles sanctions, cette dernière s'est rangée à la position défendue par Washington dans la foulée de l'abandon du bouclier antimissile par le président Barack Obama.

Pour la Turquie, le rejet d'un protocole sur lequel elle a planché avec plus d'ardeur que le Brésil est ce qu'on peut appeler un coup très dur. Et ce, pour des raisons plus financières que politiques, car il risque de contrarier son ambition affichée de se hisser au 10e rang des puissances économiques d'ici 2023, année du centième anniversaire de la République. Ankara craint comme la peste un embargo commercial imposé à l'Iran.

Or il se trouve que pour doper sa croissance, la Turquie a décidé d'investir des milliards dans la modernisation des infrastructures de production et de raffinage iraniennes. À la suite de l'expérience acquise à la faveur d'un autre embargo, celui de l'Irak, les dirigeants savent qu'une adoption de cet étranglement par le Conseil pourrait ruiner ses efforts. Quoi d'autre? Il est écrit dans le ciel que l'on va assister à un refroidissement des relations entre la Turquie et les autres pays membres de l'OTAN, les États-Unis au premier chef.

Cela étant, en faisant front commun contre l'Iran, le groupe des Cinq signale enfin à Téhéran que ses louvoiements, ses mensonges, ne font plus illusion.
1 commentaire
  • pierre savard - Inscrit 19 mai 2010 08 h 48

    ONU

    L'ONU est une farce. Tout comme la zone euro. Ces structures internationales, comme toutes les structures étatiques bureaucratisées, finissent toujours par s'écrouler et être inefficaces.