Avortement - Air vicié

Les propos rétrogrades et anachroniques du cardinal Marc Ouellet sur l'avortement — inacceptable selon lui, même après un viol — ne sont pas venus d'un hurluberlu, seul à promouvoir des préceptes moraux méprisants pour les droits des femmes. Voilà qui inquiète autant que cela choque: à la faveur d'une montée de la droite au Canada, le cardinal profite d'une puissante cour.

La controverse n'est pas anodine. Elle survient au moment où s'orchestre un mouvement en faveur de la réouverture du débat sur la criminalisation de l'avortement. On l'a vu la semaine dernière à Ottawa lors d'une manifestation: les pro-vie gagnent en assurance, car ils estiment être dans un cycle politique favorable. Plusieurs soutiennent les propos du cardinal Ouellet, si radicaux soient-ils: il n'a laissé aucune place à la nuance ce samedi en associant une femme violée se faisant avorter à une criminelle.

Cela rappelle cette histoire d'horreur survenue au Brésil en mars 2009: une fillette de neuf ans, agressée depuis six ans par son beau-père dont elle était devenue enceinte, a subi une interruption de grossesse; sa mère et ses médecins furent excommuniés par un archevêque qui prétendait que «le viol est un péché moins grave que l'avortement».

Cette vision aberrante, qui méprise totalement la lutte menée par les femmes pour arriver à la décriminalisation de l'avortement, occulte justement le fait qu'il est d'abord et avant tout question du respect du choix des femmes. La polémique crée des glissements de sens sournois. Certains voudraient en effet transformer les pro-choix en adeptes de l'avortement comme moyen de contraception, ce qui n'a rien à voir avec la liberté de choix appartenant à la femme.

Nous saluons d'ailleurs la sortie de la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, qui a clairement hier rembarré les auteurs d'opinions aussi peu de leur temps.

«Jamais, on n'acceptera, nous les femmes, et bien des hommes au Québec, de revenir aux broches à tricoter! Jamais! Cette question est réglée.» La ministre fédérale Josée Verner aussi a condamné la sortie du cardinal, et a assuré que son gouvernement n'avait pas l'intention de rouvrir le débat sur l'avortement. On voudrait la croire.

L'air ambiant est donc vicié autour de cette question. Mais quelques bouffées rafraîchissantes s'y glissent, comme cette homélie contre l'homophobie, une première, prononcée dimanche à l'église Saint-Pierre-Apôtre de Montréal. À côté des porte-voix officiels de l'Église, tel Marc Ouellet, qui véhiculent une image négative de la sexualité, où la contraception, l'avortement, l'homosexualité et la place des femmes dans l'Église sont autant d'égratignures à une certaine «culture de la vie», ce son de cloche est inspirant.
9 commentaires
  • Bernard Gervais - Inscrit 18 mai 2010 08 h 46

    Appui embarrassant

    Pas sûr que le premier ministre Stephen Harper soit si content de l'appui ferme de Mgr Ouellet à sa récente décision concernant l'avortement, une décision prise, comme on le sait, en partie pour satisfaire les éléments les plus à droite de son parti.

    N'oublions pas que M. Harper cherche aussi souvent à rassurer les électeurs plus centristes dans le but bien sûr, lors d'un éventuel scrutin, d'obtenir les votes nécessaires lui permettant de disposer enfin d'une majorité de sièges à la Chambre des communes !

  • André Loiseau - Inscrit 18 mai 2010 10 h 10

    Diversion diabolique

    Cette polémique contre et pour l'avortement, débat déjà usé jusqu'à la corde, n'est qu'une manœuvre de diversion qui occulte la honte universelle des prêtres pédophiles qui pullulent.
    Regardez bien le sourire de notre seigneur Ouellet.
    Regardez-le.

  • Jean de Cuir - Abonné 18 mai 2010 11 h 10

    Débat nécessaire.

    Le problème que soulève Mgr Ouellet n’est pas original, ni récent. Il véhicule un point de vue qui a été longuement débattu et qui relève d’une dogmatique sur la femme et sur la sexualité. Il importe de savoir que l’argument d’autorité ne vaut rien. C’est le contenu qui importe tel qu’il est débattu dans une société où tous sont souverains et égaux. Laissons donc le drapeau ecclésial à la porte de l’Église.
    Ce ne semble pas évident pour certains de reconnaître la pleine souveraineté des femmes en tant que personne. Ni de reconnaître que nous les humains choisissons notre mode d’existence et toutes ses finalités. Nous n’avons pas encore créé notre monde idéal ou ce qui s’en approche. Nous sommes hautement faillibles et souvent déréglés -- du moins sous la loupe de certaines valeurs, comme la sacralité de la vie --. La question de l’avortement est certes complexe. On ne peut en un tournemain décréter ce qui doit être réel, naturel, et moral. Car, il s’agit de comprendre ce qu’est une personne, quand dans le temps de gestation s’agit-il d’une personne et de la vie d’ une personne. Qu’est-ce que choisir de procréer et de faire en sorte qu’un être vivant issu de deux volontés humaines devienne une personne? Qu’est-ce que vivre selon des paramètres de bonheur : quelles sont les conditions de possibilité du bonheur chez les humains? Il semble que nous ne voulons pas affronter ces questions hors de tout contexte dit religieux, à savoir à partir de l’unique souveraineté des personnes qui choisissent de vivre en telle société, i.e. démocratique et de poursuivre les échanges nécessaires pour former un consensus moral qui inspire toute la vie sociale. C’est qu’il n’y a pas a priori d’ordre social fondé sur un ordre dit naturel et interprété de droit par une quelconque église, qu’elle soit chrétienne, catholique ou scientologique. L’ordonnancement de la vie sociale relève uniquement des personnes; et nous sommes dans des conditions où les personnes sont diverses, différentes, au plan de leur personnalité, de leurs talents, de leur éducation, etc. On nage, pour ainsi dire, dans le clair-obscur. C’est uniquement par l’échange que nous pourrons nous entendre sur la mélioration ( sic) de la vie sociale. Cependant, on ne peut continuer à nier que les femmes sont de facto des personnes souveraines et libres. Dans le contexte actuel cela signifie qu’elles ont un droit absolu de choisir, tout en espérant que ce choix soit le plus éclairé possible ( selon les circonstances), de mener ou non une grossesse à terme. Il est de plus du devoir de toute la communauté sociale de s’assurer que ce choix soit éclairé et soit réalisé --réalisable -- dans les meilleures conditions possibles tant pour une grossesse menée à terme que pour celle qui ne l’est pas. Selon certains, cela n’est pas l’idéal; justement nous ne sommes pas dans un monde idéal. Dans certains pays, dans certains continents, c’est même tout le contraire. Les pays mieux nantis au plan des valeurs, des conduites et de l’économie peuvent aider à améliorer le sort de toutes les femmes. Il est vrai qu’un effort immense doit être fait pour éduquer aussi ( et surtout)les hommes; cela fait partie d’une politique de concertation pour éradiquer certaines conditions de vie qui sont abjectes tant en temps de paix que de guerre ( d’autant plus en temps de guerre ).
    Le seul mérite de Mgr est d’avoir malgré lui propulsé la question de la situation des femmes ici et dans le monde à l’avant plan; et c’est tant mieux. Espérons des suites dont les conséquences seront une nette amélioration de la condition des femmes et de celles des hommes qui sont hantés par la violence.

  • michel lebel - Inscrit 18 mai 2010 16 h 34

    Des pleutres!

    Le évêques du Québec, des gens plutôt gentils, mais qui demeurent pour la plupart des molassons, des pleutres. Ce qui fait une hiérarchie de peureux, sans colonne vertébrale. Pas fort!

    Michel Lebel

  • michel lebel - Inscrit 18 mai 2010 16 h 38

    Des loups en meute!

    Hurler avec les loups, rien de plus facile! Défendre une position minoritaire, impopulaire, attendez-vous à tout. Le Christ l'a vécu!