Taxation - Quelle compétitivité?

À entendre les représentants du monde des affaires, on croirait que le Québec est un des pires endroits au monde pour investir à cause des coûts élevés de la main-d'oeuvre, du fardeau fiscal excessif et d'une réglementation trop sévère. Et comme deux et deux font quatre dans le langage comptable, pour devenir compétitif à l'échelle du monde, il faudrait continuer de réduire les taxes sur la masse salariale, sur le capital et sur les profits tout en bonifiant les crédits à la recherche, à la formation et à l'investissement...

Que tout cela nuit à la capacité des gouvernements d'améliorer les services publics, «Bien! Que voulez-vous!» aurait répliqué un certain premier ministre. Il n'y a qu'à augmenter les tarifs aux particuliers puisque ce sont eux qui profitent des services!

Or, voilà qu'une nouvelle étude internationale effectuée par la firme KPMG nous apprend que Montréal arrive au 4e rang au palmarès des 41 grandes villes du monde industrialisé pour ce qui est de la fiscalité la plus avantageuse pour les entreprises. Au premier rang il y a Vancouver et entre les deux, deux villes du Mexique. Toronto suit, tandis que Boston se retrouve au 13e rang, Chicago au 20e et Lyon au 40e, pour nommer des villes vaguement comparables.

Cette étude sur la fiscalité n'est qu'un volet d'une recherche plus large publiée en mars qui comparait les villes au chapitre de leur compétitivité globale. Là encore, Montréal se classait parmi les trois premières villes du monde pour ce qui est des coûts d'exploitation les plus bas (salaires, avantages sociaux, fiscalité, transport, coût des immeubles, etc.), ce dont une entreprise doit tenir compte au moment de décider d'investir.

Alors, si le tableau est si parfait pour Montréal, Toronto et Vancouver, comment expliquer que ces trois villes canadiennes n'aient pas encore remplacé New York, Tokyo ou Londres? Parce que les considérations de coûts ne sont qu'un des nombreux facteurs qui influencent la prise de décision. Il ne faut pas en sous-estimer l'importance, mais même si Montréal était aussi compétitive que Mexico, elle n'attirerait pas tellement plus d'investisseurs, surtout s'il fallait rogner sur la qualité de vie des individus et des sociétés pour remporter le concours.

Ce qui nous amène à rappeler qu'à l'heure où l'on cherche désespérément l'argent nécessaire au maintien de services publics de haut niveau au Canada et au Québec, il n'y a aucune gêne à faire appel davantage aux entreprises pour qu'elles contribuent à l'effort collectif. Au lieu d'adhérer sans réfléchir au concept à la mode d'utilisateur-payeur qui renvoie l'essentiel des coûts de la vie en société aux seuls individus, revenons plutôt à cet autre principe reconnu depuis longtemps en science économique qui veut que les entreprises modernes aient besoin pour prospérer d'un accès facile à la gamme complète des services publics, de la santé à l'éducation en passant par l'assurance-emploi, le transport, la justice et la sécurité. Soyons compétitifs, certes, mais soyons-le de façon intelligente et solidaire.
5 commentaires
  • Pierre Bernier - Abonné 15 mai 2010 09 h 43

    Un débat non clos !

    Le débat sur les services publics (lesquels assurer? comment les produire? par qui? avec quelles ressources ?) est loin d'être clos... avec l'adoption des derniers budgets.

    Les péripéties à saveur éthique ou déontologique qui occupent beaucoup de place dans les médias, presqu'autant que le CH!, exige beaucoup de vigilance pour éviter que ces questions essentielles soient occultées.

  • Pierre, alias Le Crible - Inscrit 15 mai 2010 10 h 48

    Réplique de Pierre Fortin en 1999

    Cela fait plusieurs années que KPMG classe le Québec comme étant un des endroits les plus fiscalement avantageux pour les entreprises.

    L'économiste Pierre Fortin avait répliqué ainsi à l'étude de 1999:
    « On a la fiscalité générale la plus lourde, mais on a les crédits de R

  • Jacques Morissette - Inscrit 15 mai 2010 11 h 06

    On dirait que le monde des affaires joue sur une sorte de dépendance psycho-affective des villes?

    Absolument d'accord avec monsieur Sansfaçon qui dit que les entreprises ne viendraient pas plus à Montréal s'ils étaient encore moins taxées que celles de la ville de Mexico. Il y a toutes sortes de facteurs qui entrent en ligne de compte et la taxation est l'un d'entre eux. Les villes, de même que les provinces et le pays devraient se sentir assez grand pour dire aux entreprises nous ne voulons pas d'un simple mariage de raisons avec vous. Le Canada a de très bonnes infrastructures et c'est aussi un pays prospère. Comme dirait l'autre, il faut bon vivre au Canada en raison de sa qualité de vie.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 16 mai 2010 11 h 24

    Une présentation faussée, celle de taxe sur la masse salariale

    Il faut appeler un chat un cha.

    Les contributions patronales à la C.S.S.T. servent à dédommager les travailleurs victime de lésions professionnelles. Elles servent également à augmenter la sécurité sur les lieux de travail. En retour, les victimes de lésions professionnelles ne peuvent être indemnisés pour leurs lésions par les employeurs et autres travailleurs fautifs. C'est de l'assurance de personnes- donnant-donnant depuis plus 60 ans.

    Les cotisations patronales à la Commission des normes du travail servent à faire appliquer la Loi sur les normes du travail dans les entreprises du Québec: sans cette loi, il y aurait non seulement moins de justice dans les entreprises, mais celles-ci pourraient encore davantage se concurrencer les unes les autres en diminuant la qualité des conditions de travail de leurs salariés. Actuellement, la C.N.T. garantit même une bonne partie des honoraires professionels des entreprises victorieuses en première instance qu'elle traîne par la suite en Cour d'appel.

    Les cotisations patronales à la Régie des rentes assurent à tous les travailleurs du Québec une rente minimale à la retraite ou en cas d'invalidité grave: sans elle, beaucoup d'entre nous dépendraient totalement des prestations publiques à partir de 60 ans ou en cas d'invalidité grave. C'est ou du salaire différé ou une prime d'assurance de personnes.

    Enfin, ces régimes sociaux procurent indirectement des revenus aux entreprises vendant des biens et services aux bénéficiaires concernés. Ils assurent un filet social minimal essentiel à la paix sociale et au progrès social.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 17 mai 2010 14 h 01

    Les deux côtés de la médaille

    Comme quoi il faut toujours voir les deux côtés d'une médaille et aussi son pourtour!

    Mais les dénigreurs de l'État québécois ne sont que trop heureux de salir et rapetissser le Québec.