L'échangeur Turcot - D'abord dialoguer

Il est difficile de porter un jugement le moindrement sûr quant à la valeur de la proposition de Montréal pour la réfection de l'échangeur Turcot. L'idée d'un échangeur circulaire est-elle plus fonctionnelle que le lacis de bretelles qu'entend réaliser le ministère des Transports? Répond-elle mieux aux préoccupations de développement urbain des Montréalais? Personne ne peut l'affirmer tant il manque d'informations.

Farfelu et improvisé, affirment certains. Trop coûteux, assure-t-on dans les officines gouvernementales à Québec. Peut-être est-ce le cas. Convenons-en, Montréal n'a pas l'expertise pour développer seule des projets de cette envergure.

L'intervention du maire Gérald Tremblay doit être vue autrement, d'abord comme un cri de protestation pour faire comprendre qu'on ne peut imposer aux Montréalais un projet qui fera partie de leur vie pour des décennies sans y intégrer les priorités de l'administration montréalaise en matière de transports collectifs. Car depuis que le ministère a soumis à la consultation publique son projet de réfection l'an dernier, aucun véritable dialogue n'a été possible.

L'essentiel est dans ce dialogue. Pas de défendre comme un absolu l'idée d'un immense carrefour giratoire sur pilotis tel que Montréal nous l'a présenté. La stratégie de l'administration Tremblay a eu un certain effet puisque la ministre des Transports, Julie Boulet, laissait tomber au hasard d'une entrevue la semaine dernière qu'elle était prête à retrancher la voie additionnelle prévue pour accroître la capacité de cette autoroute, comme tous le souhaitaient à Montréal.

Cette annonce reste à être précisée. Mais il faut plus. Le ministère des Transports doit faire de Montréal un véritable partenaire dans la conception du projet. Certes, l'échangeur Turcot est un équipement qui dessert plus que Montréal puisqu'il est l'interconnexion principale du réseau autoroutier du Québec. S'il revient à Québec d'être le maître d'oeuvre du projet et d'en assurer le financement, cela ne l'autorise pas à travailler en vase clos.

Les préoccupations de Montréal en matière de développement urbain ont toujours été difficiles à comprendre au ministère des Transports, où règnent en roi les ingénieurs. Savent-ils que la profession d'urbaniste existe? Rien n'est moins sûr. En plus, la ministre des Transports, comme c'est le cas aussi pour le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, représente une circonscription où le développement urbain ne fait pas partie de son quotidien. Quant au ministre responsable de Montréal, Raymond Bachand, un Montréalais pur jus, il apparaît malheureusement absent du dossier. Lui seul pourrait faire comprendre à sa collègue la nécessité de chercher un consensus. Même si l'état lamentable de l'échangeur exige d'aller de l'avant rapidement, ne peut-on pas se donner encore quelques mois de réflexion et de travail pour trouver la solution la meilleure et la plus durable?

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