Crise financière : Les ravages

En moins de 24 heures, les agences de cotation ont ramené les bonds grecs au statut d'obligations pourries. Ensuite, leurs pendants portugais ont été rabaissés avant que les made in Spain écopent à leur tour. Trois firmes et seulement trois ont injecté une forte dose de déstabilisation à une Europe déjà mal en point. Et grâce à quoi? La paresse, pour rester pondéré, des politiciens.

On le répète, elles sont au nombre de trois à travers le monde à juger, à noter les entreprises, les banques, les produits financiers et les États tout en prétendant exercer leur métier à l'enseigne d'une stricte neutralité qu'elles conjugueraient avec un sérieux extrême. Deux d'entre elles sont américaines, Moody's et Standard and Poor's, qui ont une influence telle qu'elles font la pluie et le beau temps dans tous les coins de la planète. La troisième est britannique mais à propriété française. Il s'agit de Fitch. Parce qu'elles sont trois, elles forment en fait un oligopole, pour ne pas dire un duopole quand on sait combien la force de frappe des américaines peut être brutale. Bien.

Par un de ces télescopages dont l'histoire a le secret, elles ont décoté des pays alors que simultanément, le président de la Commission sénatoriale des finances, le sénateur Carl Levin, affirmait qu'au terme d'une enquête effectuée par les limiers du Congrès — un rapport de 581 pages —, il en est arrivé à la conclusion que Moody's et ses homologues avaient été «les principaux responsables» de la crise. On le souligne: la troïka a fait davantage de dégâts que Goldman Sachs, A.I.G. et consorts.

La veille de la sortie de Levin, Paul Krugman, Prix Nobel d'économie, consacrait la chronique qu'il signe dans le New York Times à ce sujet. Son titre? «Décoter les coteurs». Dans sa dissertation, il se demande comment on peut accorder de la crédibilité à des agences qui affirment que 93 % des subprimes s'avèrent aujourd'hui des obligations pourries alors que ces mêmes agences accordaient la note de l'excellence AAA au début de 2007. Et ce, même si le président de Countrywide avait averti un an plus tôt — en 2006! —, que ses subprimes étaient toxiques.

La réponse à cette question est simple: ce système est «profondément corrompu», pour reprendre les mots de Krugman. Ce système est «un énorme conflit d'intérêts», pour reprendre les mots du sénateur Levin. Exemple, parmi d'autres des conflits qui ont cours dans cette industrie, c'est l'émetteur de dettes qui choisit l'agence. Tout un chacun aura compris que l'émetteur en question choisira celle qui sera la plus susceptible de lui accorder le sésame, le triple A.

Prenons maintenant l'Europe. On sait que trois pays sont sur les radars de Moody's et autres avec comme conséquence une crise que certains sur le Vieux Continent considèrent comme la pire crise depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Maintenant, posons la question qui fâche, celle qu'a formulée Jean-Paul Fitoussi, président de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), après qu'on eut réduit la valeur de la maison grecque à une peau de chagrin. Fitoussi: «Pourquoi...»

«Pourquoi les marchés n'attaquent-ils pas l'Irlande, plus mal en point que la Grèce, même en tenant compte de ses mensonges sur ses comptes? Parce que c'est un havre fiscal pour les capitaux. Athènes n'a pas cette carte-là.» Il est vrai que partir à l'assaut de l'Irlande, où de grosses entreprises américaines comme Google ont installé leur siège social, ça risquerait de mettre de l'eau dans le gaz. Parce que Google, Microsoft et compagnie sont par ailleurs de gros clients de Standard and Poor's et autres. Le parfum que déploient ces dernières aux quatre coins de l'Europe est nauséabond.
2 commentaires
  • Françoise Breault - Abonnée 30 avril 2010 15 h 47

    Enfin!

    Enfin quelqu'un qui ose s'attaquer à la Sainte-Trinité.... quand je pense que tous les gouvernements s'agenouillent encore devant ces agences de cotation privées... dont les clients sont des banques et qui n'ont rien à cirer de l'intérêt public

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 2 mai 2010 13 h 35

    Le Québec de Charest

    D`ici 2013 La dette du Québec se sera accrue de $100 milliards depuis 2003, pour satisfaire les amis du parti de Charest. Notre décote est une chose certaine à moins que les québécois trouvent une façon de déposer Charest et ses acolytes.