Grande Bibliothèque : Pari gagné

À qui aime fouiller les archives, les anniversaires sont toujours l'occasion de trouvailles qui font sourire. La Grande Bibliothèque fêtait hier ses cinq ans dans un concert d'éloges bien mérités. L'institution fait à ce point l'unanimité, s'est si rapidement intégrée au paysage architectural et culturel montréalais que le souvenir de sa naissance contestée s'est complètement évaporé.

Et pourtant, il a fallu que Lise Bissonnette, nommée à l'été 1998 première p.-d.g. de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, soit constamment aux premières loges pour défendre le lieu à créer. Sa confiance — «ces inepties passeront», écrivait-elle en 1999, en réponse à ceux qui critiquaient le «luxe» du projet — l'a finalement emporté. Et l'on doit bien constater que ses prévisions se lisent comme l'exacte description de la situation actuelle: «La Grande Bibliothèque du Québec [...] ne sera pas plus un éléphant blanc que les équipements culturels et éducatifs du quartier où elle vivra [...]. [Elle] sera un immeuble extraordinairement fréquenté par les citoyens de tous âges et de toutes origines [...].»

De fait, c'est précisément cette fréquentation, cet attachement faut-il plutôt dire, qui a dès son ouverture fait la marque de l'établissement. On sent bien que ceux qui y travaillent s'en pincent encore: avec quelque trois millions de visites par année, la Grande Bibliothèque est plus fréquentée que celle de New York ou Toronto! L'affaire est d'autant plus remarquable que le taux de lecture au Québec est toujours à la traîne, que la culture du livre ne fait pas partie de l'ADN de la nation.

Pourquoi alors, ce succès? Peut-être parce que le plus grand des paris fut de croire que la lecture devait être offerte au public dans un écrin. La Grande Bibliothèque est un lieu magnifique, audacieuse vue de l'extérieur, chaleureuse et lumineuse à l'intérieur. C'est un lieu facilement accessible — un facteur dont encore une fois Lise Bissonnette, alors directrice du Devoir, avait été l'une des rares à mesurer l'importance lorsqu'on a commencé à débattre du projet. C'est enfin un lieu au coeur du Montréal contemporain, autrefois à l'ouest et qui avait bien besoin de compléter son déplacement.

C'est aussi un lieu qui a été pensé pour l'usager — chercheur ou enfant, passionné de bandes dessinées, de films ou d'ouvrages de référence, fou de vieux papiers ou abonné au numérique, amateur de conférences ou d'expositions.

S'ajoutent enfin les projets, en droite ligne des promesses d'origine: se tourner vers les régions, y pousser encore plus loin les échanges avec Montréal. Dire qu'on craignait que la Grande Bibliothèque tue celles des villes, des quartiers, nuise aux librairies... Cinq ans plus tard, elle est associée à la vitalité. Dans ce Québec que l'on dit morose, c'est là une incomparable réussite!
8 commentaires
  • Andrew Savage - Inscrit 30 avril 2010 04 h 45

    GRANDE ?


    Joyeux anniversaire aux contribuables aussi,,,

    Bravo à tous les artisans de la grande bibliothèque, y compris les politiciens de la période du déficit zéro, ainsi que madame Lise Bissonnette, la grande dame aux huit doctorats honoris causa. Huit… c’est pas rien.

    Le bizarre monsieur Freud disait que tout est joué à l’âge de 5 ans. Espérons qu’il se trompait… La dite grande bibliothèque est encore bien petite.

  • Roger Lapointe - Inscrit 30 avril 2010 07 h 33

    FALLAIT UNE aBITIBIENNE POUR LE FAIRE.

    Bravo à Mme Bissonnette pour cette grande réalisation québécoise, Mme B d'origine Abitibienne comme elle le proclame fièrement quelquefois dans des entrevues.
    Curieux que Lepage est oublié de l'inviter à son émission plogues...pas dans les petits zamis je suppose.

  • Michel Rochette - Abonné 30 avril 2010 08 h 30

    Une grande réussite mais pas un bel édifice

    Je suis très heureux de cette réussite..c'est remarquable,,j'y vais très souvent..je pense même qu'il faudra l'agrandir sur le terrain arrière..

    Pour l'édifice lui-même, c'est plutôt ordinaire vu de l'extérieur..c'est droit et ça courbe à un moment donné sans que la rue courbe elle-même..je ne comprends pas cet détail architectural..

    Vous savez, l'édifice de la Caisse de dépôt est plus beau...d'ailleurs, il aurait fait un bel édifice pour une bibliothèque...

  • Jean Martinez - Inscrit 30 avril 2010 08 h 31

    Le prochain grand projet

    Quand je vois, malgré le pessimisme et les critiques du début, l'énorme succès de la Grande bibliothèque, je ne peux m'empêcher de penser à tous ces grands projets que le Québec a réussi malgré l'opposition de ceux qui veulent qu'il reste petit et provincial: la création de la Caisse de dépôt, la nationalisation de l'électricité, la loi 101, etc. Tous ces grands projets ont subi au départ une vive opposition des prophètes de malheur. Pourtant, tous aujourd'hui reconnaissent le succès et même la nécessité de ces réalisations.

    Je crois qu'il en est de même pour la souveraineté du Québec. Le jour où davantage de Québécois quitteront leur pessimisme congénital, nous réaliserons avec succès le plus grand projet de notre histoire.

  • Bernard Gervais - Inscrit 30 avril 2010 09 h 03

    Une réussite qui devrait inspirer le Gouvernement

    Si la Grande Bibliothèque, une initiative de l'ancienne rédactrice en chef du Devoir, Lise Bissonnette, connaît un immense succès depuis son ouverture (le taux de fréquentation est le double de celui prévu !), c'est non seulement parce que cette institution publique répond à un besoin, mais aussi parce que sa réalisation a été fort bien gérée.

    Qu'attend donc le Gouvernement pour agir de la même manière pour d'autres projets importants tels que le CHUM, l'échangeur Turcot et le réaménagement de la rue Notre-Dame est ?