Places en garderie - Premier pas

Le ministre de la Famille et de l'Enfance, Tony Tomassi, peut enjoliver sa spectaculaire volte-face en la parsemant de mots comme «bonification» ou «système perfectible». Ce jeu de sémantique ne mystifiera pas les incrédules. Ceux-ci souhaitent non seulement des garanties pour l'avenir, mais l'assurance que le processus d'octroi des places en garderie n'a pas été, dans un récent passé libéral, miné par le favoritisme.

La myriade de nouvelles mesures annoncées lundi par M. Tomassi constitue un excellent premier pas. Elles dépolitisent un processus que l'opposition péquiste soupçonne être rongé par les faveurs. L'attribution des places en garderie est-elle directement motivée par les contributions à la caisse libérale? Depuis décembre dernier, le député de Gouin et porte-parole en matière de services de garde, Nicolas Girard, offre une solide et tenace attaque dans ce dossier.

Hier encore, le député Girard a soulevé de nouveaux doutes en établissant un lien entre une garderie de Montréal à qui on a refusé un permis dans un premier temps pour le lui accorder ensuite. Entre les deux décisions, un montant de 2300 $ a circulé d'une des dirigeantes de l'établissement à la cagnotte générale. Y a-t-il un laissez-passer pour les généreux propriétaires? Les règles dévoilées cette semaine ne permettent pas d'en juger. La réponse, au regard du potentiel problème, est faible.

Voilà des mois que, maladroitement, Tony Tomassi défend l'intégrité de ce réseau de services de garde et repousse mollement les attaques portées à la transparence du processus d'octroi des permis. Adepte de la volte-face, il concède désormais que ce resserrement des règles constitue une réponse aux «inquiétudes soulevées depuis de nombreuses semaines par des allégations et des insinuations».

Des inspecteurs en plus grand nombre. Le retour aux comités régionaux plutôt qu'au ministre de la Famille pour distribuer les places. Des sanctions sévères pour les adeptes de la surfacturation. La consécration du caractère laïque des établissements. Des exigences accrues pour prouver le statut d'une entreprise de garde. Un projet de loi pointant le transfert d'actions et d'actifs. En apparence, ce coup de balai fera lever la poussière.

Mais il évite précisément de répondre aux «allégations et insinuations» d'importance soulevées depuis des mois. Oui ou non, une contribution à la caisse du Parti libéral est-elle devenue le premier critère pour la distribution de nouvelles places en garderie à des propriétaires?

Critiqué précisément sur le front de la rectitude, le gouvernement Charest tente de colmater les brèches. Ses tentatives de réparation sont toutefois toujours incomplètes et laissent derrière des trous béants. Comme le demande le Parti québécois, un examen du vérificateur général et la publication des rapports d'évaluation liés à l'attribution des places en 2008 permettraient d'ajouter une réelle transparence à ces corrections. Les véritables doutes s'effaceront le jour où lumière sera faite sur la mécanique générale de financement du Parti libéral.

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machouinard@ledevoir.com
2 commentaires
  • Andrew Savage - Inscrit 28 avril 2010 04 h 11

    VIERGES ?


    Il est présomptueux de croire que l’on puisse un jour dévoiler tout les moyens utilisés par les partis politiques pour remplir leur coffre. Le secret est aux fondement de ce genre d’entreprise, comme de bien d’autres d’ailleurs.

    Certains de ses moyens sont littéralement scandaleux. Mais le mot scandale est un mot banni de l’assemblée nationale. On ira pas donc très loin dans cette direction.

    Il est vrai qu’il y a quelque chose d’odieux dans ce financement lorsqu’il utilise le trésor public à des fins partisanes. Mais quel parti est à l’abri de cette tentation ?

    Qui peut surveiller le surveillant ?

    En attendant, laissons les naïfs s’imaginer que l’on peut vraiment changer la nature humaine, et laissons les opportunistes attendre silencieusement leur tour.

    Aller lire le jugement de la cour suprême des Etats-Unis qui autorisent les grandes compagnies à donner aux partis politiques le montant qu’ils veulent. C’est dans l’air d’une démocratie qui devient de plus en plus irrespirable pour le commun des mortels.

  • France Marcotte - Inscrite 28 avril 2010 19 h 14

    Séquestrés!

    Que penser d'un gouvernement qui devient une source permanente d'angoisse et de tourments? Est-ce acceptable de vivre en démocratie avec l'obligation de surveiller sans relâche ses représentants élus? À qui se plaindre de cet état de fait? N'est-ce pas un droit d'être honnêtement traités dans une démocratie? Ce n'est certainement pas à un dieu que l'on en appelera mais à qui, à quoi? On voit bien que notre système égalitaire est une construction bien humaine et bien dérisoire devant les forces destructrices et aveugles de la cupidité et de l'arrogance qui squattent et parasitent le bien commun.