Crise grecque - Le diktat

Jamais deux sans trois, dit le dicton. De quoi s'agit-il? Après avoir composé un premier plan d'austérité, le gouvernement grec a été contraint d'en concevoir un deuxième, qui ayant été jugé encore trop timide par Berlin, va l'obliger à revoir sa copie une troisième fois. En fait, c'est à se demander si l'exécutif grec n'est pas sous la tutelle de son homologue allemand, ce dernier ne cessant pas de greffer des exigences à un inventaire de conditions que la population grecque juge d'ores et déjà draconiennes.

Au cours des trois dernières semaines d'un débat qui se poursuit depuis plusieurs mois, la montée en puissance des opposants allemands au renflouement du Trésor grec a été si ample que les pires scénarios sont désormais formulés à voix haute. Ils sont au nombre de deux. Soit la Grèce déclare faillite et entame des pourparlers consacrés à la restructuration de la dette, soit elle sort de la zone euro, ré-adopte une monnaie nationale et réforme son économie de fond en comble.

Ces scénarios, pour ne pas dire ces propositions, ont été avancés par des membres influents de la coalition dirigée par la chancelière Angela Merkel ainsi que par une pléiade d'économistes en vue. L'argument central de ces derniers est le suivant: le montant réel de la dette grecque ne cessant d'augmenter, on parle désormais de 400 milliards de dollars, toute somme accordée à court terme pour permettre à Athènes de respecter ses prochaines obligations financières sera perdue. Autrement dit, tout dollar alloué par le FMI, Berlin et Paris va partir en fumée.

Dans cette histoire, il y a évidemment un calcul politique. Plus précisément, celui de Merkel. Voilà, d'ici trois semaines, les électeurs du land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie se rendront aux urnes. Si la formation de Merkel, la CDU/CSU perd cette manche, alors celle-ci devra rebattre les cartes de la coalition au pouvoir. Et alors? Actuellement, Merkel colle à une opinion publique qui refuse comme jamais que l'Allemagne délie les cordons de la bourse pour un pays qui a bâclé ses devoirs financiers comme économiques pendant des années.

Même si elle l'emporte, elle ne sera pas au bout de ses peines. Il se trouve en effet que des élus des partis formant la coalition envisagent de porter plainte auprès de la Cour fédérale parce qu'ils estiment que toute aide serait une «trahison» des traités européens en général et des exigences arrêtées par la Cour suprême allemande dans les mois antérieurs à la création de l'euro.

Parallèlement aux scénarios évoqués, une idée fait son bonhomme de chemin qui en dit long sur l'exaspération des Allemands. Certains se posent la question suivante: si l'Union européenne soutient la Grèce aujourd'hui, l'Espagne, le Portugal et peut-être l'Italie demain, bref si on aide les canards boiteux et que, ce faisant, on alimente une dévaluation de l'euro, pourquoi l'Allemagne de quitterait-elle pas l'euro? On répète, il s'agit d'une idée parmi d'autres. Mais sa simple formulation confirme à elle seule que l'UE tangue dangereusement.
3 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 27 avril 2010 04 h 21

    Quand l'Huissier frappe à la porte...

    Comme le disait Lucien Bouchard, quand l'huissier frappe à la porte, il ne reste pas beaucoup de temps pour discuter. Il n'a peut-être pas pris les bonnes décisions, mais il n'avait pas le choix, il fallait faire quelquechose de conséquent.

    Il est bien évident que dans le cas qui nous intéresse, ici, le fardeau des décisions conséquentes repose sur les épaules de la Grèce, de son gouvernement et de ses citoyens. Et on ne peut pas blâmer le citoyen Allemand, qui a accepté de retarder l'âge de sa retrait de 65 à 67 ans, pour maintenir la santé de l'économie allemande, et qui proteste devant la possibilité que son gouvernement utilise ses impôts pour renflouer financièrement ses amis Grecs, qui eux ont obtenu de leur gouvernement le cadeau d'une diminution de l'âge de la retraite de 65 à 63 ans. Évidemment sans que l'État n'ait le moindrement les moyens de faire de telles largesses.

    S'il faut envisager un scénario catastrophe, c'est probablement en Grèce qu'il va se dérouler, pas en Allemagne.

  • Ernest Boudreau - Abonné 27 avril 2010 14 h 17

    Grècè-Québec Québec-Grèce

    Plusieurs commentateurs "lucides" et autres "conseillers" du patronat ne manquent pas une occasion d'associer les finances du Québec à celles de la Grèce. Demain, comme sous Lucien Bouchard, l'huissier frappera à notre porte si nous mettons pas la tronçonneuse dans tous nos services sociaux et dans le projet actuel de société du Québec. Ce que l'on se garde bien de nous dire cependant, c'est que l'argent des impôts ainsi épargné permettra à l'État de diminuer davantage les taxes des investisseurs et des entreprises qui nous ont menés dans la pire crise financière depuis celle de 1929. Le Québec n'était pas en faillite en 1996 pas plus qu'il ne l'est aujourd'hui. Lisez bien The Shock Culture par Naomi Klein (traduit en français) de la page 324 à 326. Ni le Canada, ni le Québec n'étaient en faillite en 1995, mais tous les "lucides" de ce monde auraient bien aimé qu'il le soit afin de mieux le dépouiller de ses services sociaux, spécialement en éducation et en santé.
    Pour Standard's and Poor, la dette actuelle du Québec est de 138 milliards,et non pas de 220 quelques, et est tout à fait gérable.

  • olamerreip - Inscrit 27 avril 2010 19 h 14

    Mise au point... M. Boudreau

    Je crois qu'il s'agit de 260 milliards, notre dette provinciale et fédérale misent ensembles.